XXXII. lorsqu’un artiste compose un PRO.TET d’édi
fice, ou LE dessin d’un MEURLE DONT LA RASE REPOSE DIRECTEMENT SUR LE SOL, IL NE DOIT EMPLOYER Qu’aVEC REAUCOUP DE CIRCONSPECTION LES LIGNES COURRES DANS LE SENS VERTICAL.
Pour des raisons analogues à celles que nous venons d’exposer dans la précédente proposition, les décorateurs apportent généralement une certaine réserve dans l’emploi des lignes courbes disposées v^erticalement. Ces lignes, en effet, par suite de leur naturelle souplesse et de leur apparente flexibilité, semblent peu propres à supporter quelque cliose de pesant. Or, dans la décoration aussi bien que dans l’architecture, les lignes verticales limitent presque toujours les masses portantes ; et il sernlile indispensalde que la force de résistance des supports et des appuis apparaisse d’une façon bien visible. Aussi les décorateurs et les architectes, lorsqu’ils veulent ajouter quelque grâce à leur dessin, et quand ils croient, pour cela, devoir recourir à l’usage de lignes courbes disposées verticalement, ont-ils soin de rejeter ces lignes courbes en dehors du nu de leur construction, ou tout au moins des perpendiculaires indiquant leurs aplombs. C’est ainsi, par exemple, que, trouvant les ordres classiques trop austères et voulant enlever à leurs colonnes une partie de leur rigidité, certains architectes anciens ont eu l’idée de tenir celles-ci « plus grosses, vers le milieu et de les diminuer vers les deux extrémités,.
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c’est-à-dire vers la base et vers le chapiteau, ce cpii leur fait avoir comme un ventre qu’on appelle renflement ^ « (voir fig. 24). Par contre, il ne leur serait jamais venu à l’esprit d’élégir ces colonnes vers leur milieu, de façon que le fût, au lieu d’affecter un contour convexe, présentât un profd concave (voir lîg. 25).
Les lignes courbes , en effet, ne sont vraiment à leur place dans le sens vertical, que lorsqu’elles semblent renforcer les lignes d’appui , comme font , par exemple, les consoles renversées servant de contreforts, ou les diverses moulures, ou anneaux, etc., dont on orne le fût des colonnes.
Encore les Anciens , nos maîtres en ces matières, avaient-ils grand soin, lorsqu’ils combinaient leurs entablements, d’aligner ceuxci avec le fût meme de la colonne, sans tenir compte
des courbes gracieuses dé-
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crites par les enroulements du chapiteau ionique, ou par les feuilles d’acanthe du chapiteau corinthien.
Dans la construction des meubles, les mêmes précautions sont à prendre. Les dessinateurs habiles, quand ils emploient des courbes dans le sens vertical, ont toujours soin
1. Perrault, Ordonnance des cinq espèces de colonnes selon la méthode des anciens’ Paris, 1G83, p. 20.
de développer ces courbes en dehors de leurs lignes d’aplomb. Même au xviii® siècle, où l’on abusa des contours assouplis, où les pieds de biche firent en quelque sorte fureur, on respecta ces prescriptions fondamentales, dont l’inobservance produit le plus fâcheux effet, car elle enlève au mobilier cette apparence de stabilité et de solidité, qui est une de ses qualités primordiales. Un seul exemple pourrait être cité, qui semble contrevenir d’une façon en quelque sorte systématique, à la règle indiquée dans cette proposition. C’est l’emploi des colonnes torses; mais on remarquera, d’une part, que ces sortes de colonnes n’ont guère été usitées qu’aux époques de décadence C et, d’autre part, qu’elles ont toujours été sévèrement condamnées par ceux qui ont écrit sur les Beaux-Arts. « N’est-ce pas le comble de la déraison, dit très sagement M. Charles Blanc, que de prêter une image serpentine à ce qui doit être l’image de la solidité ? Donner l’apparence d’une spirale à ce qui représente un support! La seule idée en est effrayante, car il n’est pas de stabilité possible là où les supports cessent d’êtres rigides et verticaux. Il suffit même qu’ils cessent de le paraître pour que les principes soient violés ».