LVIII. LORSQUE LA FIGURE HUMAINE APPARAÎT DANS
UNE DÉCORATION, c’eST ELLE GENERALEMENT QUE l’œIL CHOISIT COMME ÉCHELLE. IL IMPORTE DONC DE NE l’y INTRODUIRE QU’aVEC PRÉCAUTION ET DANS LA MESURE OU ELLE PEUT FAIRE VALOIR l’eNSEMBLE.
Si la hauteur d’un balcon , la taille d’un prie-Dieu , la dimension d’une chaise, fournissent, par induction, une
échelle permettant de juger l’étendue d’un édifice, la figure humaine, à plus forte raison, lorsqu’elle se rencontre dans une décoration, est, de suite, choisie par notre œil comme terme de comparaison avec ce qui l’entoure ; et cela s’explique aisément. La décoration, le moliilier, les pièces, les objets sur lesquels nous avons un iugement à porter étant
conçus, édifiés ou exécutés par nous-mêmes ou par nos semblables; grâce à une disposition toute naturelle de notre esprit, c’est nous-mêmes ou nos semblables que nous sommes enclins à prendre spontanément comme échelle. Mais la comparaison entre un être mobile et agissant, — qu’on est forcé de considérer tantôt debout et tantôt assis, et qui par son instabilité, présente des dimensions variables, — et un objet fixe, immobile, inerte, réclame un certain effort intellectuel et offre, par conséquent, quelque difficulté. C’est pourquoi, dès que la figure humaine joue un rôle dans une décoration, par une espèce de compromis en quelque sorte fatal, notre œil s’en empare, et elle devient le point de repère qui fournit l’échelle, le critérium du jugement que nous portons. Aussi les décorateurs expérimentés ne la font-ils intervenir qu’à bon escient, c’est-à-dire dans la mesure où elle est utile pour faire valoir le reste.
Une statue transformée en lampadaire, une cariatide de proportions exagérées , peuvent réduire considérablement les dimensions apparentes d’un escalier dont elles marquent le départ. Il suffit d’un buste placé sur une cheminée étroite ou d’un portrait en pied accroché dans une pièce de grandeur moyenne, pour écraser tout ce qui entoure , et faire paraître cette pièce étriquée ou basse de plafond. En outre, pour ce qui concerne les portraits, les figures de grandeur naturelle qu’ils représentent étant, par suite de la disposition même du sujet, rejetées au second ou au troisième plan et se trouvant ainsi dans un éloignement relatif, ces figures, disons-nous, semblent grandir à proportion, et, par conquaraison, diminuent d’autant les dimensions de la paroi qui les porte.
Remarque intéressante ; même dans l’ornementation des vases, des cadres de miroirs, des meubles de toutes sortes, la taille qu’on donne aux représentations humaines n’est ])as indifférente. Deux vases exactement de même hauteur et de même forme, paraîtront de dimensions sensiblement
différentes, suivant l’échelle des personnages choisis pour leur décoration (voir fîg. 79 et 80).