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LXXIV. MÊME LORSQUE LE ROLE DU DECORATEUR SE

BORXE A COUVRIR LA MURAILLE d’uNE TEINTE UNIE, A LA REVÊTIR d’uN PAPIER OU d’uN TISSU, LE CHOIX DES COULEURS DEMEURE IMPORTANT. l’aRTISTE, DANS LA PRÉ- FÉRENCE qu’il accorde a certaines d’entre CES COU- LEURS AUSSI BIEN QUE DANS LA DISPOSITION DE LEURS MASSES, NE DOIT JAMAIS PERDRE DE VUE QU’eLLES ONT POUR MISSION DE FORMER UN CADRE HARMONIEUX , CHARGÉ DE METTRE EN VALEUR LES PERSONNES ET LES OBJETS QUI SE TROUVENT DANS LA PIÈCE.

Une prescription que certains artistes ont une tendance fâcheuse à oublier, c’est que nos habitations doivent être avant tout façonnées, accommodées et décorées pour la plus grande satisfaction de ceux qui y demeurent. Il est donc indispensable d’apporter le plus grand soin dans le choix et l’assortiment des couleurs destinées à former le fond de la décoration ; car c’est un procédé assez peu aimable que de faire paraître, grâce à d’imprudentes colorations, le teint d’une jeune femme rouge comme une pivoine ou, au contraire, livide et terreux.

Pour ne pas commettre de ces fautes malencontreuses,

il est nécessaire de bien connaître les qualités particulières qui distinguent les couleurs, et l’effet que chacune d’elles produit. Pour cela, un peu d’observation suffit. Personne, en effet, n’ignore qu’au point de vue du sentiment, on divise les couleurs en trois grandes catégories, à savoir ; 1*^ les couleurs chaudes, qui sont celles où le jaune et le rouge dominent; par exemple l’orangé, le cerise, l’écarlate, les bruns roux, le vert mousse, etc. ; 2® les couleurs froides, qui sont celles où le bleu joue le rôle principal, comme l’azur, le vert glauque, le vert d’eau, le gris de perle, le violet clair, le gris cendré, etc., etc.; et enfin 3® les couleurs neutres, qui sont le blanc, le noir et les diverses sortes de gris.

Dans la décoration, excepté quand il s’agit de cérémonies ayant un caractère funèbre, le noir est peu employé, — par grandes masses du moins. La contemplation de cette négation de toute couleur est morose. Même dans le mobilier, où il est utilisé parfois pour de petites surfaces, la présence du noir exige , pour être supportable , l’adjonction de rehauts très éclatants, rouges, jaunes d’or, etc. Le blanc pur n’est guère plus usité. Son seul avantage est de bien s’éclairer ; mais son éclat froid et monotone fatigue les yeux et noircit par le contraste les étoffes les plus claires et les carnations les plus fraîches. En outre, employé comme repoussoir, le blanc ne se contente pas d’assombrir les surfaces; il les épaissit. Le noir boit les contours; le blanc, au contraire, les alourdit et les empâte L Les diverses sortes de gris, par contre, s'éclairent bien et, nous l’avons dit plus haut ( proposition LXXI ) , s’harmonisent avec toutes les

1. On ne cite guère, au surplus, qu’un seul exemple de blanc pur employé comme décoration. En 1782, lors de l’inauguration du Théâtre français (aujourd’hui l’Odéon), l’architecte de Wailly, pour donner plus d’éclat à la salle, l’avait fait peindre en blanc. Nos aïeules ne manquèrent pas de protester contre cette innovation malencontreuse. « Les femmes, écrit Bacliaumont, se plaignent que l’éclat du blanc qui règne généralement dans la salle affadit les traits et les éclipse tout à fait. » [Mémoires secrets^ tome XX, p. 210).

nuances. C’est ce qui a fait choisir cette nuance au xvii® et au XVIII® siècle pour la décoration de ces magnifiques lambris qui font encore notre admiration. Car il convient d’observer que les décorai ions qualifiées « blanc et or « et celles aussi qu’on désignait jadis sous le nom de « blanc des carmes », sont des gris parfois très montés, mais que le défaut de points de comparaison fait paraître blancs.

Les nuances froides s’éclairent bien, elles aussi. Le bleu, en outre, donne aux carnations blanches un reflet rosé. Aussi dit- on de lui qu’il est le « fard des blondes ». Le vert, par contre, exalte les visages colorés, au point de leur communiquer les apparences de la couperose. Les couleurs chaudes pâlissent le teint ; c’est pourquoi les personnes très brunes portent volontiers de l’orangé et du jaune. Quant au rouge, surtout lorsqu’il est monté de ton, il convient à la plupart des carnations, et, agissant d’une façon harmonique, il leur donne à la fois de l’éclat et de la blancheur L Enfin le rouge est encore la couleur d’apparat, la couleur officielle par excellence^.

Ces rapides observations suffiront à faire comprendre toute l’importance qui s’attache au bon choix et à l’heureuse association des couleurs. iNIais riiarmonie qui résulte de ce choix et de cette association dépend d’une telle variété de rauses, souvent imprévues, parfois même en apparence con-

1. La constatation de cette qualité ne laisse pas que d’ètre ancienne. Boui'sault, il Y a plus de deux siècles, écrivait dans son Mercure galant (acte scène ni) :

Il est vrai, le gros ronge est une couleur sombre Qui détache la chair par le secours de l’omlire.

C’est un lard innocent sans pommade ni drogue.

Et voilà la raison qui l’a tant mis en vogue.

2. Sous l’ancien régime, le ronge était réservé au roi. En 1688, Louis XIV ayant l'ait remeubler à neuf les appartements de Marly : « Ils n’etoient que de damas, écrit Dangeau, en ])arlant de ces appartements ; ils sont présentement de velours et de brocart. On a seulement conservé les couleurs : le rouge pour le roy, le vert ])our Monseigneur (le Dauphin), le bleuet l’aurore pour Monsieur et Madame. »

tradictoires, qu’il est impossible de tracer un ensemble de règles fixes, s’appliquant à la multitude des cas qui peuvent se présenter. Notre but doit donc être uniquement d’éveiller l’attention de nos lecteurs sur ces complications aussi nombreuses que variées, et qui expliquent comment on a dit et répété de tout temps, qu’il était imprudent de disputer des couleurs.

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