LXXIII. DANS LA CONCEPTION COMME DANS l’exÉCU
TION DE DÉCORATIONS COMPLIQUEES, l’aRTISTE NE DOIT PAS AVOIR SEULEMENT EN VUE LA PARTIE QU’iL EST CHARGÉ DE TRAITER ; IL DOIT SE PRÉOCCUPER AUSSI DE CRÉER AVEC LES PARTIES AVOISINANTES DES ENSEMBLES HARMONIEUX, ET NE JAMAIS S’EFFORCER DE SUBORDONNER
l’effet général a l’Éclat de son œuvre particulière.
« Rien n’est beau sans unité, écrit Diderot, et il n’y a point d’unité sans subordination. » C’est là une vérité que le décorateur ne doit en aucun cas ^Jerdre de vue. Le groupement des couleurs dont il revêt une muraille, un appartement, etc., ne constitue jamais qu’un décor, souvent même qu’une fraction de décor, et ne saurait être autre chose. Il ne suffit donc pas, pour que son œuvre soit parfaite, qu’elle ne contienne en soi aucun effet discordant ; il est encore indispensable qu’elle s’accorde avec toutes les parties qui l’entourent, et que de cet accord résulte une de ces har-
1. « Voici la Bataille de Constantin^ écrit M. Taine ( Voyage en Italie^ tome L'*', p. 216), dessinée par Raphaël et peinte par Jules Romain avec de la brique pilée, je suppose ; probablement aussi il a plu dessus, et la couleur, détrempée, s’en est allée par places. » — Cet aspect sing’ulier des carnations provient plus probablement du mauvais éclairage de la pièce.
monies captivantes qui sont le charme des belles décorations. Il faut, en outre, que l’ouvrage reste à son plan, c’està-dire qu’il ne sollicite l’attention que dans une mesure discrète. Comme le chœur antique, il doit soutenir l’action, l'expliquer parfois, mais ne jamais se substituer à elle. Une belle décoration bien comprise doit nous révéler, au premier coup d’œil, le lieu où nous pénétrons et sa destination habituelle. Elle ne doit jamais, par l’éclat excessif de sa coloration, absorber notre attention d’une façon exclusive, et usurper le premier rang dans nos préoccupations. Sa mission est de faire valoir tout ce qu’elle enveloppe, et non pas de l’écraser par une splendeur exagérée.