Perrault, Parallèle des anciens et des modernes
siècles, « les personnes les plus riches et les })lus distinguées par leur rang et par leur naissance vivoient en famille ; de façon que le maître, la maîtresse, les enfants et les domestiques se trouvoient réunis dans une même chambre, qui servoit à la fois de cabinet d’étude, de chambre à recevoir, de chambre à coucher, de salle à manger et meme de cuisine^ «.Jusque dans les palais et les maisons royales, la confusion la plus grande régnait entre les diverses pièces du logis. Louis XIV recevait les ambassadeurs dans sa chambre à coucher, et dînait en public dans son antichambre.
On voit, par ces quelques constatations, combien il serait imprudent de prétendre combiner une installation, une décoration, un ameublement, dans un de ces styles lointains qui répondent à un état social si différent du nôtre. Ce serait, en effet, s’exposer non seulement à de cruels mécom])tes, mais à des discordances singulières ; car, en admettant qu’on pût restituer une pièce intégralement, celle-ci jurerait avec ses voisines, et même, si l’on pouvait assurer à toutes les pièces d’une habitation un caractère d’archaïsme parfait, à moins d’adopter une tenue de carnaval, nos vêtements modernes produiraient la plus singulière impression dans ce milieu d’une exactitude rigoureuse^.
Les copies trop fidèles ne peuvent donc, au point de vue des convenances, que produire un fâcheux effet. Au point de vue de l’art, leur résultat ne saurait être meilleur ; car les copistes se laissent presque toujours séduire par les défauts de ceux qu’ils imitent, et cela s’explique aisément. Les grandes qualités étant généralement communes aux grands artistes, ce sont surtout leurs incorrections per-
1. Mémoires dans lesquels on cherche à déterminer <iuelle influence les mœurs des François ont sur leur santé^ par M. Marct ; Amiens, 1762 ;
2. Il faut bien comprendre, en effet, que les habits bariolés de nos ancêtres, qui servaient de premier plan aux décorations de leurs hôtels et de leurs palais, donnaient à ees décorations une tout autre valeur que nos habits lugubres.
sonnelles qui constituent leur principale originalité. « En imitant un maître, écrit Reynolds, on est insensiblement amené à copier ses particularités et à }>rendre ses défauts mêmes pour des beautés, quoique le modèle qu’on s’est choisi soit le meilleur et qu’on ait le talent de distinguer les véritables beautés qui se trouvent dans ses ouvrages^ «. Ce que Reynolds écrit d’un maître dont on imite la manière, s’a])plique encore bien mieux à un style dont on prétend s’inspirer exactement.