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VI. — Chromolithographie

L impression des chromolithographies est naturellement soumise aux mêmes lois que l'impression des pierres lithographiques, mais avec les difficultés de repérage en plus, bien entendu.

De même aussi que dans le tirage des vignettes typographiques en couleur, le lavage des rouleaux et de la table à encre sont des précautions indispensables à prendre.

Quant aux encres de couleurs, elles doivent être préparées

avec le plus grand soin, et les teintes un peu foncées sont quelquefois additionnées de .vernis qui leur donne du ton.

L'inconvénient de ces additions est de faire parfois des oppositions trop vives entre les parties encrées de teintes foncées et celles encrées de teintes légères. De plus, ces vernis, très longs à sécher, collent fort longtemps après le tirage.

Le tirage des pierres en couleur doit toujours être calculé de façon à ne pas ternir les teintes fraîches, et de façon aussi à ne pas faire loucher les tons en les atténuant par des superpositions qui, au lieu de les rendre plus vigoureux, ne donneront au contraire que des tons gris et sales. Ainsi, par exemple, si sur un dessin brun, — indiquant le modelé d'un objet, — on imprimait un à-plat jaune clair, le ton opaque du jaune atténuerait complètement en certains endroits l'effet de modelé donné par le brun. Là où on avait une vigueur, on n'aurait qu'un ton gris manquant absolument d'intensité. Par contre, il faut aussi calculer l'effet définitif produit par une pierre en noir, appliquée sur des à-plats colorés, et si le noir pur est trop dur, il faut en atténuer la tonalité.

L'impression des pierres chromolithographiques, indépendamment de ces difficultés, exige aussi de minutieuses précautions quant au repérage ; mais c'est là surtout une question qui regarde tout particulièrement l'imprimeur. Quant aux papiers, ils demandent aussi à être choisis avec discernement.

Quand on tire des lithographies en couleur sur des papiers sans colle, on obtient toujours des tirages beaucoup plus moelleux que sur les papiers collés, qui donnent des tons secs et prennent inégalement l'encrage. Pour les affiches en cou-

leur, on tire sur des papiers mélangés de plâtre et de qualité plus que médiocre, mais très bon marché; néanmoins, on obtient encore des tons assez frais.

Mais dans les tirages lithographiques en couleur, — comme dans les tirages en noir, — la nécessité de produire beaucoup et à bon marché oblige à recourir aux tirages à la machine. Les presses à bras, trop lentes, ne peuvent être utilisées, et cependant elles donnent des épreuves bien supé rieures à celles obtenues k la machine. Par contre, toutefois, les tirages en couleur sont quelquefois plus réguliers à la machine qu'à la presse à bras, parce que l'encrage, mieux mélangé, — et mieux étendu parce qu'il est plus homogène, — couvre mieux la pierre.

L'évolution vers la couleur, c'est le trait dominant de l'histoire de la gravure dans ces dernières années, a remarqué avec raison Henri Béraldi dans son coup d'oeil d'ensemble sur l'Estampe en i889. La gravure est entraînée vers le pittoresque et la liberté, la gravure en tailles libres est préférée et de beaucoup aux autres genres. L'amour des croquis de peintres, reproduits tels quels sans le secours d'intermédiaire aucun, a fait le succès des procédés de photogravure. Dans le Livre, l'estampe noire ne suffit plus : le lecteur aime à rencontrer de-ci de-là dans les marges des aquarelles vivement enlevées ou des sanguines légères.

Sans doute, a dit M. Béraldi, V estampe et la vignette, — et cette multiplicité d'illustrations reproduites par interprétation ou par tant de procédés divers, dirons-nous, — jouent un rôle modeste à côté des grandes manifestations de l'Art : tableaux, statues, monuments; à vouloir exalter outre me-

sure leur importance dans le présent, on passerait pour un original n'ayant qu'une case au cerveau. Mais vienne le temps, quelle revanche! Tout passe, casse, s'efface, disparaît; et la feuille imprimée demeure plus durable que l'airain. En somme, avec le cours des années, que restera-t-il de nous de la société dans laquelle nous vivons? des estampes.

Si nous applaudissons Béraldi quand il déclare qu'un grand graveur est un autre personnage qu'un petit peintre, mais que, dans l'ensemble des choses, la Peinture prime la Gravure, parce qu'elle emploie une matière supérieure, que la lithographie vient au-dessous de la gravure et que le bois est encore un moyen d'expression inférieure, nous le trouvons un peu sévère quand il déclare que, pour lui, les « pro cédés » et paniconographies diverses ne comptent pas.

Sans doute, cette opinion est aussi celle de Bracquemond. Voulez-vous compter dans l'Art? a dit souvent le célèbre graveur à plus d un néophyte : usez d'un moyen d'Art, et la paniconographie et le report n'en sont pas.

Hélas! nous les avons fait ressortir, les défauts de ces pauvres procédés si malmenés; mais ne peut-on avoir foi dans l'avenir?

Il faut être éclectique, répétons-le, et ceci dit encore une fois, applaudissons sans réserve à ces dernières lignes par lesquelles H. Béraldi a terminé son Dictionnaire [des gravures du xixe siècle. Plus approche l'an 1900,, plus nous attachons d'importance aux estampes documentaires sur notre temps, parce que nous sentons que c'est encore ce qui restera de plus durable et de plus explicite sur nos mœurs.

Et les procédés ne sont-ils pas utiles, voire même pré-

cieux pour ces reproductions documentaires, pour ces reproductions d'anciennes estampes, aussi bien que pour la reproduction de ces mille et un croquis enlevés au jour le jour, près desquels nous passons distraits aujourd'hui, et que l'avenir regardera avec curiosité ?

Et notre siècle finissant se met à recueillir, à vulgariser avec passion tout ce qui le représente; c'est un nonagénaire qui, sentant sa fin prochaine, rassemble tous ses portraits et les fait reproduire pour les léguer à tous ses enfants.

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