V. — Coloriage au patron
Il existe un moyen fort économique et très curieux de meltre en couleur, — nous ne disons pas d'imprimer, — les vignettes sur zinc. Plusieurs journaux humoristiques usent depuis longtemps de ce procédé, et dans certains volumes de Robida, d'abord : Rabelais, le XXe siècle, puis, entre autres, de Ch. Garnier, les Jeux du cirque, on a su tirer un excellent parti de ce mode de coloriage, auquel on donne le nom d'enluminure au patron.
Le dessin au trait étant achevé, on l'imprime en noir, — ou en bistre, — et on remet une épreuve a l'artiste. Sur cette épreuve, l'artiste exécute, non pas une aquarelle à grands renforts de modelé, mais il applique franchement quelques teintes plates ou très légèrement fondues qui indiquent bien l'effet voulu. En principe, plus les teintes sont légères et aqueuses, et moins elles seront nombreuses, plus le résultat définitif sera bon. Les noirs étant fournis par le dessin déjà tiré, les blancs devant être réservés, toutes les teintes plates ne doivent avoir pour but que de servir de demi-teintes ; seules, quelques touches de couleurs vives, posées çà et là, sont parfois nécessaires pour éviter un aspect trop monotone, mais les grandes teintes doivent loujours être très légères et très transparentes.
Une épreuve ainsi coloriée est alors remise à un spécialiste qui calque avec soin les contours de chaque teinte et reporte ces calques, soit sur des feuilles de bristol bien satiné ou verni, soit sur des morceaux de bazin, sorte d'étoffe à côtes saillantes et assez raide. Il découpe ensuite ce carton ou ces morceaux d'étoffe suivant les contours tracés, et obtient ainsi des vides correspondant exactement, comme surface et comme
Croquis théorique indiquant le mode de découpage des patrons pour colorier une vignette.
contour, aux teintes du modèle. Il prend soin seulement de relier par des points d'attache les parties trop faibles ou détachées d'une partie principale, et il cherche à dissimuler le plus possible ces points d'attache, et en même temps il ménage dans la découpure un point de repère qui lui permettra de toujours placer de même tous ses patrons.
Il obtient ainsi une sorte de découpure semblable à ce que l'on appelle des vignettes , c'est-à-dire semblables à ces feuilles de laiton au centre desquelles est découpée la silhouette d'une lettre, que l'on imprime à l'aide d'une sorte de grossier pinceau.
En répétant cette opération, on obtient autant de patrons qu'il y a de couleurs sur le modèle. On applique la couleur, soit à la brosse plate, soit à l'éponge, sans excès de teinte, pour éviter les bavures. On laisse sécher entre deux teintes consécutives pour que les couleurs ne se mélangent point. Si cependant on veut obtenir des teintes fondues, on peut, — mais avec les plus grandes précautions, — poser quelques touches sur des fonds humides. En posant ces touches à un moment précis, lorsque la teinte formant dessous ne sera ni trop humide ni trop sèche, on obtiendra ainsi de curieux effets. Mais, pour éviter parfois le mélange désagréable de deux teintes, qui pourraient ne donner que des tons sales, on peut aussi obtenir ces teintes fondues plus sûrement et d'un ton plus frais en posant les touches à fondre sur des teintes d'eau pure.
Le coloriage au patron, lorsqu'il est bien manié, peut donner des épreuves en couleur d'un aspect très gai, et qui, même dans certains cas, ne sont pas sans charme.