LA CHAMBRE A COUCHER
A CHAMBRE à coucher contient une alcôve : réaction à l'École de 1900, rebelle à la contrainte, aussi bien prosodique que décorative, et docile à l'hygiène, nouvellement née. Le principe est
repris, mais les rideaux sont abandonnés ; et dans la pièce, l’alcôve devient base architecturale.
Le chevet est pris entre deux grands volumes, dirait un jeune architecte. L'un de ces tambours renferme l'entrée, avec le passage entre deux placards pour le linge de corps. L'autre est un vestiaire pour les vêtements, serrés par des appareils.
La disposition est continuée par la cheminée, puis par des montants formant cadre aux fenêtres et dissimulant le bord extérieur des deux grands rideaux. Cet arrangement en catégories est réalisé en bois contreplaqué, peint avec soin de tons qui seront la basse de l’orchestration. Auprès sont en valeur couleurs et matières des meubles en bois d’ébénisterie : lit, tables, chaises, fauteuils, haute glace-coiffeuse, où l’on suit sa forme au cours d’un exercice, au cours d’un bain d'air ou d’une friction. Ils sont plaqués, vernissés, afin d’être lisses et que le chiffon glisse, afin de résister aux variations de température : la fenêtre, en hiver, est ouverte la nuit, et de jour le chauffage.
Ces meubles sont simples : les superfluités de l’ameublement comme du vêtement accablent les gens, qui, dès le matin, nettoient, aèrent, exercent leur corps. Nos contemporaines n'ont-elles pas déjà coupé leurs cheveux ? Et si renouvelée est l'actuelle vie ! Par les expositions et les magazines, ne jouit-on pas de tout? On ne veut chez soi, par crainte du dégoût, que des schémas. L’imagination doit être mathématicienne. Grâce, pureté, sont attendues de la géométrie. Mais davantage encore : carré, double carré, proportion diagonale, devant des sportifs, vous êtes leurs icones. |
ANDRÉ VÉRA
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