‹ Les arts décoratifs modernesChapitre 29 sur 83 · SUR L'ORFÈVRERIE · texte numérisé non relu

SUR L'ORFÈVRERIE

l’orfèvrerie française.

Il y a quelque quarante ans, les orfèvres s’inspiraient des œuvres charmantes et magnifiques du xvur siècle, alors très en vogue, et les pastichaient à l’envi, fort habilement d’ailleurs, ne faisant guère, en général, d'autre effort que d’innover le style Régence lorsque le Louis XV était devenu trop commun. Cette routine néfaste, qui ne laissait aucune initiative à l'imagination, régnait d’ailleurs dans la plupart des branches de l’Art décoratif.

Cela répondait, il est vrai, au désir d’une clientèle prétendant qu'on ne pouvait rien faire de mieux que ce qui avait été fait jadis par des Maîtres. Mais, de ce fait, les orfèvres s’enlisaient dans une producuon#stérile dépourvue. devie propre et, par :làa même, condamnée à périr.

Une stagnation aussi dangereuse finit par provoquer une réaction. Des concours furent organisés par l’Union des Arts appliqués à l'Industrie, pour secouer la torpeur des fabricants et stimuler leur esprit inventif. L’orfèvrerie y prit une part active et produisit des œuvres remarquables, originales, nouvelles, pleines de promesses pour l'avenir. Cependant, malgré ce réel et durable progrès, on se lassa, non sans raison, des surcharges et des anomalies de décor, qui faisaient passer l'adresse du sculpteur et la virtuosité du ciseleur avant la recherche de la forme d'utilité, et l’on cessa d’admirer des femmes nues, en haut-relief ou en ronde bosse, ornant des cafetières ou des sucriers. Il fallut chercher autre chose.

Après cette étape malgré tout digne de louanges et peut-être aussi sous l'influence des arts du Japon, si délicieux dans leur fantaisie, on se tourna vers l'étude de la plante, mine inépuisable et toujours nouvelle, et c'est à corps perdu qu'on se jeta dans l'ornementation

P* de métiers se sont renouvelés aussi complètement que

florale. Mais cette végétation devint bientôt luxuriante, envahissante, et l'excès du décor, la surabondance des détails empêchaient à nouveau de voir la qualité des formes et nuisait à l'ensemble. On l'abandonna peu à peu, tout en restant dans l'attente de formules nouvelles, que l'on désirait ardemment, sans savoir encore les réaliser.

En 1891, le Salon de ia Société nationale, puis celui des Artistes français ouwmratentele/urs portes aux industries d'art, au premier rang desquelles se place l'orfèvrerie.Ce fut un événement mémorable.Quelque temps après se manifesta avec une force nouvelle ce grand désir d’inédit, qui fermentait depuis longtemps. Il en résulta, vers 1895, un mouvement important qui, sous la dénomination d’ «Art

nouveau », causa une véritable surprise. Un certain nombre d'industries artistiques

créèrent des œuvres, qui se ressentaient assurément du manque d'expérience de leurs auteurs et de la hâte avec laquelle elles avaient été improvisées, mais qui, malgré leurs défauts, s’imposèrent à l’attention des esprits impartiaux par l'attrait de leur nouveauté. L’engouement fut prodigieux, malgré quil eût ses détracteurs. On crut avoir enfin trouvé, bien qu'incomplet encore, le style de notre époque que l'on prétendait vouloir créer de toutes pièces. Malheureusement, en raison de leur diversité d'origine et de nationalité, ces productions manquaient d'unité entre elles. De plus, rapidement et maladroitement pastichées par des gens sans scrupule ni talent, ignorant tout métier, ceux-là même qui dès l’abord s'étaient le plus chaleureusement ralliés au mouvement, sur lequel on fondait

les plus grandes espérances, furent décontenancés et ne le considérèrent plus que comme un essai.

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