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LA BIJOUTERIE

E MOUVEMENT général qui sest manifesté avec tant de force

depuis quelques années dans toutes les branches de l'Art

décoratif a eu, ainsi qu'il fallait s'y attendre, une répercussion considérable dans la bijouterie.

Il n'est pas inutile de rappeler que l’origine de ce mouvement remonte à plus de trente ans et que c'est dans la bijouterie qu'il fut le plus remarquable. En effet, à cette époque déjà lointaine, quelques novateurs — dont Lalique, alors joaillier, fut le principal — voulurent réagir contre les habitudes routinières de la clientèle et des producteurs de modèles qui se contentaient, pour la plupart, de pasticher les styles anciens et de les accommoder à leur manière.

C'est au prix des plus grands efforts que cette réaction finit par triompher de l'indifférence, sinon de l'hostilité dont elle fut longtemps l'objet, et ce n'est qu'à l'Exposition universelle de 1889 et surtout à celle de 1900 que le succès devint indiscutable.

L'influence que ces bons artisans avaient exercée sur leurs contemporains et sur leurs confrères était devenue très grande et continua dès lors à progresser rapidement. Les idées nouvelles mûrissaient, s’amélioraient, elles se propageaient dans toutes les branches de l’Art décoratif et le terrain se trouvait en fort bon état de culture au moment où la guerre vint tout interrompre.

Après ces terribles années, on se trouva en présence d’une autre génération d'hommes jeunes, hardis, à l'esprit inventif, dégagés de toute formule apprise, bien décidés à faire du nouveau sans l’emprunter à personne. Après quelques tâätonnements et des exagérations inévitables, ils coordonnèrent leurs efforts et montrérent, en maintes circonstances, des œuvres originales incontestablement intéressantes.

Ces nouveaux créateurs, assagis par l'expérience et instruits par l'étude, ne se contentèrent pas tous d’une spécialisation limitée. Un certain nombre d’entre eux élargissant leur pensée fournirent

des modèles, simultanément pour les industries les plus diverses, et en devinrent en quelque sorte les « Maîtres de l'Œuvre », les véritables architectes. Ce qui permit de présenter aux derniers Salons et aux Expositions d’Artistes décorateurs plusieurs « ensembles » complets dont toutes les parties, — meubles, tissus, céramique, bronzes, tapis, etc., — étaient de la même famille et s'harmonisaient parfaitement entre elles. Le but était atteint ou, du moins, semblait sur le point de l'être.

Le Bijou, bien que plus indépendant, fut sensible aux mêmes influences et suivit tout naturellement la même voie. Son rôle étant de parer la femme, il doit, par là même, s'adapter aux exigences du costume et le compléter. Ce n’est pas toujours facile, car il est manifeste que de nos jours les Modes ontété radicalement modifiées. C'est un bouleversement complet.

En effet, voyez comment la femme s'habille aujourd’hui et quelle transformation rapide s’est accomplie dans son aspect général, dans son maintien, dans son attitude. La forme même de son corps n'est plus la même : il faut qu'il soit long, mince, souple, libre.

Voyez ses robes courtes et étroites, ses bras nus qui attendent des bracelets, ses cheveux coupés qui, eux, refusent toute parure. Le temps des peignes, des fourches, barrettes de nuque, épingles de coiffure, est loin; les diadèmes ne s harmoniseraient plus avec une coiffure « à la garçonne ». En revanche, les longues et sveltes boucles d'oreilles ont retrouvé leur vogue d'antan et se balancent, gracieusement suspendues sous les touffes légères des cheveux bouclés. De nouvelles formes de bijoux sont nées, qui s’harmonisent avec les toilettes nouvelles et les nouvelles habitudes. Les réceptions, les thés ne sont plus selon le rite d'autrefois, les danses mêmes sont transformées et le libre sans-façon de la nouvelle génération, dont le charme naturel supplée à tout, s accommoderait mal des volumineuses parures, souvent compliquées, des générations antérieures.

Actuellement, c'est le règne de la simplicité. Simplicité relative assurément et plutôt simplicité de lignes. De plus, si les bijoux sont moins nombreux, ils sont plus beaux, plus raffinés aussi, exécutés avec un art exquis, une perfection technique telle qu'il semble qu’on ne pourra jamais la surpasser.

C'est le triomphe des larges bracelets plats et souples qui enveloppent le poignet d'un éblouissement de pierreries; ce sont aussi, en des formes rajeunies, les bracelets-montres tout endiamantés ou rehaussés de pierres dures ou d’émail; les broches, dont la place n’est plus limitée à la poitrine, mais qui, très variées de formes, d'aspect, de matière, sont devenues broches d'épaule, broches de ceinture ou de chapeau; la femme d'aujourd'hui sait fort judi-

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