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PAPIERS D ESPENTURE
*ATTRIBUE à la couleur du papier de ma chambre mes tristesses, mes dégoûts, mes déséquilibrements d'aujourd'hui ; c’est un papier horrible, d’un brun sale, d’un brun de sauce brûlée,
quelque chose d’un jaune terreux, n’'évoquant que des idées abjectes et d'ignobles comparaisons. »
Cette virulente boutade d'Octave Mirbeau condamne sans appel les affreux papiers, causes de spleen et fauteurs de neurasthénies.
Tous, hélas, n’ont pas disparu. Cependant la verve des décorateurs se manifeste en plaisantes inventions dans de nombreux modèles; le souvenir des anciennes toiles de Jouy se retrouve, mais rajeuni et modernisé par la représentation de scènes, de jeux, de sports, de costumes à la mode du jour, ou par de nouvelles interprétations des spectacles naturels.
Si charmantes que soient la plupart des créations récentes, beaucoup d’entre elles gagneraient à être plus discrètes. Les dessinateurs sacrifient souvent à l'aimable fantaisie de la composition les qualités particulières propres au papier de tenture. Destiné à donner à l’ensemble d’une pièce une tonalité agréable, son décor doit être assez discret pour laisser en valeur les gravures et les tableaux auxquels il fait fond. Or, combien de papiers sont dépourvus de cette honnête discrétion. Parmi les nouveaux venus, certains sont à la décoration ce que les airs de jazz-band sont à la musique : tapageurs, violents, agressifs, ils motiveraient encore les amères doléances de Mirbeau!
Déformations systématiques, outrances de couleurs, même présentées avec talent, lassent vite, car elles s’écartent de la conception rationnelle.
Dans cette modeste partie de la décoration intérieure, la bienséance et la distinction sont de règle et les papiers de tenture dignes d’éloges sont précisément ceux dont on goûte le charme sans qu'ils
forcent l'attention.