CREVEL
PAUL VÉRA. — ( BAIGNEUSES Y. cit DES ARTS FRANÇAIS.
Vie
CHR IN BŸE WS =
AN
EXPISSEREES RES IEPIS
pacifique qui s'est imposée au monde pendant tant de siècles,
celui de la tapisserie est un de ceux qui ont été le plus anciennement pratiqués sur notre sol, et dans lesquels nos créateurs se sont imposés au premier rang. |
Dans cette admirable époque qui vit la floraison des plus purs dons de la race, dans ce Moyen Age qui fut le creuset dans lequel se fondait la figure de la France, la tapisserie fut dès le début l’objet d'une faveur exceptionnelle. Elle comptait parmi les plus précieux hommages que l'homme püût rendre à la divinité : les églises et les couvents sen ornaient.
Au cœur de notre pays, à Saint-Florent de Saumur, s'installa un des plus anciens centres de fabrication, une véritable manufacture. Les tapisseries représentèrent le luxe suprême. Toutes les grandes cérémonies religieuses, civiles ou militaires, s'embellissaient de leur richesse. Elles furent le décor rutilant des tournois, et dans les fêtes royales leur splendeur éclatait jusque sur la place publique. On les trouvait même dans les camps pour marquer la place du prince ou du chef.
Nous sommes en présence d'une industrie nationale au premier titre. Nous avons le devoir de ne pas l'oublier à l'heure où la France semble vouloir reprendre le rôle de grande décoratrice de la vie, qui fut presque exclusivement sien pendant si longtemps. Pourtant, malgré la persistance de nos manufactures d'État, jamais la tapisserie-ne connut de plus mauvais jours qu’au xix*° siècle. De récentes bonnes volontés s'efforcent de l’extraire des régions désertiques où elle s'enlisait lentement depuis le xvur siècle. Faisons-leur confiance.
On ne peut se rendre compte du sauvetage à accomplir qu'en étudiant la cause de la décadence. L'année 1734, dans laquelle Oudry reçut les lettres patentes qui l'installaient administrateur de la manu-
P: tous les arts appliqués auxquels nous devons une gloire
facture de Beauvais, marqua pour la tapisserie le début d’une ère néfaste. De là commence, par la volonté d'Oudry, l'abandon des principes de probe exécution. À partir de ce moment, au lieu de persévérer dans les méthodes adaptées aux matériaux employés et inscrivant avec simplicité une franchise décorative, on s’efforça vers lé trompel'œil et la reproduction intégrale des tableaux.
Ilogisme et contresens! Chaque métier a ses lois organiques, imposées par la matière et par la fabrication. Il est absurde de demander à qui œuvre au moyen de /lütes ou de broches garnies de fils de laine ou de soie, de dépenser des mois ou des années pour obtenir exactement le résultat auquel le peintre est arrivé avec ses pinceaux en un temps bien moindre.
La conséquence des instructions données par Oudry fut que les auteurs de cartons se désintéressèrent de la technique de la profession pour laquelle ils travaillaient. Ils prirent la néfaste habitude delivrer à la fabrique une composition peinte à leur gré, sans nul souci des difficultés de la traduction. Les exécutants avaient la charge d'interpréter les œuvres confiées, et devaient tendre le plus possible vers le fac-similé. Pour atteindre ce but, on arriva à multiplier à l'infini les nuances. Un artisan de Beauvais, par exemple, sera fier d'en avoir utilisé trente-deux sur un centimètre carré. Ainsi se sont augmentés dans des proportions considérables, sans nul bénéfice esthétique, au contraire, la du-