JEAN VEBER. — CHAISE EN TAPISSERIE
PER RE re PURÉE NT rée du travail et le prix de revient.
En même temps on abandon-
nait, pour l'indication des passages, le battage apparent, sous forme de hachures, assurant de façon progressive la pénétration des tons, procédé qui conférait à l'ensemble un aspect puissant, construit, etlargement décoratif; on amollissait la facture dans la vaine préoccupation de faire de véritables tableaux astreints au respect des modèles et de la perspective.
On en arriva à perdre la mémoire des ressources réelles du métier, à commettre des œuvres dont l'expression n’est qu'un mensonge, et dont la jJoliesse banale ne peut s’apparenter qu’au chromo.
Depuis que les artistes s'intéressent à nouveau à l’organisation de l'existence, quelques hommes se sont donné pour tâche de remettre en action les saines techniques des maîtres tapissiers de la période médiévale. M. Marius Martin, directeur de l’École nationale d'art décoratif d'Aubusson, s’est particulièrement dévoué à cette tâche.
Lesdirectivesqu'ilanettementétablies, les résultats qu'il a obtenus ont déjà modifié la situation. Ona pu s'en rendre compte au musée Galliera,au début de 1923, lorsque M. Clouzot y organisa une exposition de modèles pour tapisseries de basse lisse. On a gardé de cette manifestation collective l'impression qu'il existe un groupe de créateurs susceptibles d’apporterànosmanufactures et à des industriels éclairés une collaboration compétente.
La majorité des projets exposés, loin de chercher à se présenter à la manièredetableaux,constituaient de réels cartons de tapisserie. La plupart avaient compris que dans une époque de crise pécuniaireetde raréfaction de la main-d'œuvre, il fallaitavanttout trouver le moyen d'abréger la durée etlecoûtde la fabrication. Or ce point de vue coïncide tout à fait avec un retour aux plushonnètespratiquesd’autrefois.
Revenir à la palette réduite, JEAN VEBER. — CHAISE EN TAPISSERIE. aveclaquelle furent composées, du MANUFACTURE NATIONALE DE BEAUVAIS. xrauxv'siècle, lestenturesles plus célèbres qui nous soient connues; abréger l'exécution par l'emploi d'une chaîne espacée et d’une grosse trame, ce qui peut se faire sans diminuer en rien la qualité d'art des œuvres, voilà le programme que se sont imposé quelquesartistes, enfin revenus d’une erreur deux fois séculaire.
Je sais que certains industriels combattent une façon de faire wénératrice de la baisse marchande. Ils ont tort. Ils trouveraient
avantage à augmenter le nombre des débouchés, et d'autre part ils seront victimes de leur résistance, le jour où un confrère intelligent et audacieux saura, en s’adaptant aux conditions contemporaines du commerce, s'emparer de tous les marchés. |
Seul le coût trop élevé de la tapisserie a fait écarter celle-ci de la garniture de nos sièges, car les autres tissus sont loin de présenter les mêmes garanties d'usage. Aucun n’apporte dans un ameublement cette joie de la couleur, cette diversité reposante de la tapisserie. Cette dernière reprendra rapidement sa place, le jour où, grâce à des cartons adroitement préparés, elle sera devenue moins coûteuse, tout en conservant, par de chantants contrastes, le rayonnement nécessaire.
C’est un reproche que l'on pourrait en effet adresser à nombre de créateurs de modèles, celui de ne pas tenir compte à l’avance de l’action du temps. En général la tapisserie doit être éclatante. Si les harmonies sombres s’écrasent sur la muraille, l’éteignent et la bouchent, les couleurs trop claires ou trop atténuées passent vite. Les tapisseries anciennes, qui nous charment par leurs nuances éteintes, furent jadis brillantes. Si l'on cherche à obtenir prématurément cet effet, on encourt un proche évanouissement.
Des œuvres de maîtres, récemment exécutées dans nos manufactures nationales et déjà méconnaissables, apportent, hélas! à mon dire une indiscutable confirmation. Si quelques lustres ont réussi à tuer en elles des colorations et des formes, on devine ce su en pourra rester dans quelques centaines d'années. La tapisserie qu’on détache du métier doit pouvoir affronter la lumière des siècles, et ses accords chromatiques doivent être solides et chaleureux.
À ce point de vue, en notre ère chimique, génératrice d’anilines aussi radieuses que fugaces, la teinture des laines a une importance primordiale. C'est une question qu'il m'est impossible de traiter ici, mais dont il faut cependant signaler la gravité.
Les remarques que j’ai exprimées au sujet de la tapisserie pourraient être répétées en ce qui concerne les tapis, à ceci près qu'il n’est point désirable, par crainte d'usure trop précipitée, de rechercher ici l’espacement des points.
Artistiquement parlant, la fabrication des tapis a été splendidement renouvelée, en ces dernières années, par une cohorte de décorateurs modernes, au premier rang desquels il est juste de placer M. Paul Follot. Nul mieux que lui n’a su enclore dans des œuvres originales une architecture et une orchestration dans lesquelles se marient, avec la plus juste mesure, l’ordre et la fantaisie. (
YVANHOËÉ RAMBOSSON.