‹ Les arts décoratifs modernesChapitre 48 sur 83 · LE LIVRE FRANCAIS · texte numérisé non relu

LE LIVRE FRANCAIS

OMBIEN de fois n’avons-nous pas remarqué, les uns et les autres, que, si l’on parle de beaux livres, beaucoup de personnes pensent tout aussitôt et exclusivement aux livres de luxe — ou

prétendus tels — et d’autres, en bien plus grand nombre encore, à leur seule illustration ou même rien qu’à leur reliure.

Pour elles une exposition du Livre semblerait complète, à la condition qu'elle réunit un certain nombre d'ouvrages fastueux, copieusement illustrés, tirés à peu d'exemplaires, vendus à gros prix, un choix de gravures et de dessins originaux, et quelques chefsd'œuvre de notre admirable reliure française.

De tels amateurs, dont je m'empresse de proclamer d’ailleurs que le goût et le zèle ne sont pas négligeables en bibliophilie, n'oublient malheureusement que l'essentiel.

Ce n'est certes pas nous qui méconnaissons l'intérêt et l'heureuse influence de certains livres de luxe — lorsque ce ne sont pas seulement des ouvrages coûteux et rares, mais réellement de beaux livres — sur une fabrication meilleure d'éditions plus ordinaires. Comme à toutes les époques et dans tous les arts, ce sont les chefs-d'œuvre harmon'eux, originaux, significatifs, qui peu à peu éduquent le goût d’une époque et, par les innovations qu'ils suscitent dans la production courante, créent un style. Tout au moins, ces livres, édités avec soin, peuvent rendre le service de rappeler les règles éternelles d'équilibre, de goût, d'harmonie, sans lesquelles il n’est pas de beau livre.

Ce n'est pas nous non plus qui diminuerons l'importance d'une fraiche et somptueuse reliure, exquise par son ordonnance simple et noble, malgré toute la richesse et la complexité de son ornement.

Maislelivre de luxe est seulement plaisir de prince. Son enchantement ne va qu'à un petit nombre de privilégiés. Sa leçon pour l'établissement des volumes destinés à la foule n'est qu'indirecte et loin-

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