VIGNETTE DÉCORATIVE PAR L. LAFORGE. LAROUSSE, ÉDIT
taine. Trente-huit millions de lecteurs et d’écoliers français pourraient avoir sous les yeux et entre les mains d’affreux volumes, inexpiables attentats au bon goût et aux saines traditions, tandis que, seuls, quelques centaines d'amateurs fortunés se délecteraient de beaux livres et feraient l'éducation de leur goût en les feuilletant.
Enfin, si magnifique que soit une reliure, si éclatantes et harmonieuses que soient ses fanfares, elle n’est en somme qu’une parure extérieure. Pas plus que l'habit ne fait le moine, le vêtement de maroquin avec ses mosaïques et ses fers ne fait le livre. Ce n'est pas seulement un dos mordu d’un joli fer à dorer, aux rayons d’une bibliothèque, ou un « plat » resplendissant derrière une vitrine! Chez certaines personnes, il arrive parfois que ce livre reste réellement un livre, c'est-à-dire qu'on l’ouvre, qu’on le regarde et même qu'on le lise. +
Voilà pourquoi il est bon de l'aimer pour lui-même, pour ce que nous appellerons sa beauté constitutive.
Et afin que l’universalité des citoyens français puissent s’instruire, s'émouvoir, se distraire de leurs chagrins et de leurs soucis dans des volumes agréables à la vue et à l'esprit, nous considérerons surtout, dans les éditions précieuses et rares de notre époque, les beautés fondamentales — lorsqu'elles en offrent — en essayant, dans la mesure du possible, de les faire descendre, si l’on peut ainsi parler, dans les éditions à bon marché.
Cessant d’être des bibliophiles égoïstes pour ne penser qu'à la formation intellectuelle de la foule, disons-nous que le plus vivifiant chef-d'œuvre de notre littérature aura plus de bienfaisance sur la pensée de son lecteur, s'il l’atteint par une typographie clairement et harmonieusement disposée. Car, en même temps qu'il l'exalte par de nobles idées et par des personnages d’un haut relief humain, il Iui met par sa beauté matérielle de l’ordre, de la clarté et de la logique dans l'esprit. Par la leçon d'équilibre et d'harmonie qu'il lui donne,
sans même que le lecteur en ait conscience et sans même qu'il en jouisse, ce livre bien édité forme son goût. Je suis convaincu, pour ma part, que la lecture d'un beau texte dans une édition soignée fait plus de bien au lecteur que s'il arrive à son cerveau par le moyen de caractères vilains, usés et tassés, mal répartis et sans marges, crevant un papier de rebut.
Le beau livre, il faut que nous arrivions à le mettre entre les mains de la foule. Et il n’est pas impossible de l’établir à bon compte, car la beauté primordiale d'un volume n'est pas d’un raffinement dispendieux.
Cette essentielle beauté, qu'il s'agisse d'un ouvrage de 100 louis ou d’un bouquin de 3 fr. 50, c’est l'architecture de ce livre, la toute simple architecture avant l'ornement. Et c'est de la beauté qui, n’'exigeant qu'un peu de soin et de goût, ne coûte pas cher. Souci qui semble élémentaire et dont pourtant peu de constructeurs de livres sont hantés.
Cependant, les intéressantes expositions organisées depuis la
GALenNérrer.
Les fruits mûrs croulent au verger.
Au verger bourdonnant d'abcilles Nous avons cueilli les groseilles : Et nos mains sontloutes vermeilles (1) [ox 4 38. Il ACIDE ‘. D'avoir froissé les fruits légers.
Il neige tristement sur la campagne blanche. ÿ Le cicl pâle en petits lambeaux blancs s'effiloche (4), Et le silence est silencieux (2)... C'est dimanche, Mais ne s'éveille encor — frileuse — nulle cloche.
(J ce Fraîcheur exquise et printanière Des jeunes fruits tout embués (2) De rosée et d'aurore claire!
Rire des cerisicrs parés
Il neige. Et peu à peu le village s'exile (3)... ; 4 De cerises dans la lumière !
— Toits blancs : tombeaux avec le clocher pour calvaire. — Les flocons en essaim tourbillonnent tranquilles
Dans l'immobilité du ciel et de la terre, Viens ! L'or des saisons (3), goutte à goutte, Coula dans le cœur parfumé
Des treilles d'ambre (4) et des pêchers "\ Que l'automne aux doigts roux veloute (5).
— Les fruits mûrs croulent au verger. if Cécile Pénix.
Vivre! (Revue de Paris et de Champagne).
Il neige. Tout est blanc et la vice est enclose (4). Sous le plafond silencieux du ciel, les heures dorment, Dorment.. Le songe pâle emmitoufle les formes (à). Et la cloche.se meurt sans réveiller les choses. .Francis Yan».
A l'Image de l'Homme (B. Grasset)
4. On voit de pelits fragments de ciel tout blancs qui le font ressembler. à une éloffe qui se déchire et s'en va en lambeaux.
2. D'ordinaire le silence n’est pas l'absence complite de bruits. Il y passe loujours des rumeurs élouffées.
Mais quand il neige, twule vibration de l'air est suspendue, et le silence est plus profond qu'il n'est jamais à aucun autre moment,
3. La neîge isole le village des autres villages et même des champs.
Les maisons elles-mêmes, séparées parla neige, semblent moins proches.
, 4. La vie est relirée aû fond'des
maisons. On ne voit plus personne dehors.
5. Tout a l'air recouŸerl d'un manteau épais de fourrure blanche et semble songer, puisque règne seul le silence épais.