L'or des saisons : les treilles
couverles de raisins dorés couleur d'ambre.
5. L'automne, comme font souvent les peintres, est comparée à une femme qui aurait des cheveux roux, couleur des feuilles, des vètements fauves et la chair haälée, brunie, dorée par le soleil qui à müri.les fruils
@& LA RONDE DES SAISONS D. — VIGNETTES DÉCORATIVES POUR UN LIVRE D'ENSEIGNEMENT, PAR L. LAFORGE ET CHADEL. LAROUSSE, ÉDIT.
guerre, au Pavillon de Marsan, par l’Union centrale des Arts décoratifs, et au musée Galliera, attestent que le souci fondamental de l’architecture des livres domine davantage les efforts des artistes et artisans.
Sans doute, le décor précieux, raffiné, tout à fait dans l'esprit du texte, ajoute beaucoup d'agrément au volume. Et nous sommes de ceux qui l’apprécient fort, à la condition qu'il reste strictement subordonné aux règles typographiques et que, loin de détraquer par sa fantaisie l'harmonieux équilibre d’une page, il en devienne, par la couleur et le dessin, partie intégrante et complète.
De tels ornements, qu'il est assez rare de voir réalisés, ne sont possibles que pour des ouvrages de haut prix, tandis que la belle architecture d’un livre ne nécessite aucuns frais supplémentaires, peut être mise à la portée de tout le monde. II n'y faut que du goût et du soin et une certaine connaissance des immuables lois typographiques.
La beauté d’une page dépend avant tout de l'équilibre des noirs et des blancs, de l’heureuse proportion des marges et du texte, de l'espace artistement combiné entre les paragraphes et le titre. Évidemment, si une jolie lettrine, très lisible sur le champ de ses entrelacs; si une tête de chapitre, écrite avec précision et délicatesse; si un cul-de-lampe, d’une fine arabesque, ajoutent leur parure à cette sobre beauté, plus vif encore est le plaisir. Mais que de livres d’autrefois et d'hier nous donnent une impression de sécurité et de contentement, sans la moindre illustration, par la seule harmonie d’un texte bien disposé | Cette beauté élémentaire et sans frais, résultant de la seule manière dont le travail est conduit et exécuté, le livre d’un prix modeste peut l'offrir à la vaste foule aussi bien que le dispendieux volume à son public restreint d'amateurs fastueux. Il suffit que l’éditeur s’en préoccupe, que le maître imprimeur en ait la tradition, que le goût du compositeur soit formé. Hélas! aujourd'hui, assez peu nombreux sont les ouvriers capables de disposer harmonieusement une page de texte, à plus forte raison une couverture ou un titre de livre!
En outre, les vilains caractères dont, sous prétexte de « faire moderne », nos imprimeries françaises se sont souvent approvisionnées ces années dernières, leur ont donné l'habitude de caractères barbares ne s’accordant pas du tout à la physionomie des mots français. Or, dans l'architecture d’une page et d’un livre, le caractère typographique a un rôle essentiel. C’est aussi un des éléments constitutifs de sa beauté. Malheureusement beaucoup d'amateurs n’en ont cure. Ils tolèrent que certains prétendus livres de luxe soient composés avec des caractères laids, grèles, sautillant sous le regard, ou bien
mous et de forme vulgaire, mal proportionnés à la longueur des lignes. Il n’est cependant pas plus coûteux d’avoir de belles lettres qu'un vilain caractère. Et, par cela seul qu'un imprimeur de goût aura fait ce double effort n'augmentant pas son prix de revient, il aura répandu de la beauté dans la foule.
Et si, à ce moment, l'éditeur veut bien à son tour intervenir, lui donner du papier un peu meilleur pour l'impression et consentir un léger sacrifice pour que l'imprimeur ne se serve pas d’un caractère trop usé et pour que l’encrage soit toujours suffisant, les volumes les plus courants deviendrontsans grands frais des volumes bien construits, d'une lecture aisée Let d'un maniement agréable.
C'est seulement à cette minute-là, comme dans un édifice en construction, que ledécorasonrôle, ou du moins qu'il devrait avoir son rôle, dans la préparation d'un livre de luxe comme d'un livre ordinaire. Loin de nous l’idée de prétendre qu'il faille ne se préoccuper de l’ornement qu'après la structure! Les deux choses, qui se complètent et dépendent l’une de l'autre, doivent être étudiées ensemble. Mais par là nous entendons que, comme dans l'établissement d’un édifice, le décor doit toujours être subordonné à l'architecture, n’y jamais prendre une importance disproportionnée et s'inscrire rigoureusement dans ses lignes.
Qu'on nous préserve d’ornements jetés à la diable — et parfois horribles — empiétant sur les marges et dérangeant leur équilibre, se continuant en dégradés sous le texte et empêchant de le lire, pour réapparaître ensuite dans la marge inférieure.
Pour les beaux livres à bon marché, aucun risque d'une telle débauche d'illustrations. Si l’on en peut mettre, qu'elles soient expressives, harmonieuses, en accord non seulement par leur dessin avec la pensée ou l'émotion du texte, mais par les valeurs de leurs noirs avec sa typographie. Ce qui suffirait pour le livre de prix modeste auquel nous souhaitons une large diffusion, ce serait qu'à l’heureuse disposition des pages, de la couverture, du titre, qu'au caractère vigoureux, net, bien membré, qu'à un papier prenant bien l'encre, vint s'ajouter un agréable décor de lettres ornées, de têtes de page,