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L'ARCHITECTURE PUBLIQUE

ES NOMBREUX monuments publics qui font la gloire de l'architecture

française témoignent de la force du génie de nos ancêtres :

majestueuses cathédrales, palais, châteaux, hôtels de ville, modestes églises de campagne, couvents et hospices réalisent des concepts et présentent des aspects infiniment variés. Dans tous POUAANCSS CRTC EOUMentMlesSCAracréres der l'époque tous furent construits; leurs vieilles pierres fournissent les témoignages irrécusables de la vie qu'elles abritèrent et révèlent les mœurs, les coutumes, les besoins de leurs premiers occupants.

Si prenant que soit le charme de ces monuments, ils appartiennent au passé; ils ne correspondent plus aux nécessités actuelles.

Si la vie moderne exige une maison nouvelle, elle réclame aussi une nouvelle conception de la cité tout entière. Nos villes ont été construites et se sont étendues pendant des siècles où rien ne faisait prévoir les progrès de la science et de la technique modernes : modes de construction transformés et amplifiés par l'emploi des machines, matériaux nouveaux mis à la disposition des constructeurs, moyens de chauffage, d'éclairage, inconnus jadis.

Cependant, les conditions mêmes dans lesquelles se sont développées toutes les grandes agglomérations ont créé un état de choses qui fait obstacle aux innovations et entrave les meilleures volontés et les talents les plus entreprenants : le prix du terrain oblige à ménager l’espace, les cours des maisons sont exiguës, les dégagements des édifices publics insuffisants, les rues trop étroites pour une circulation décuplée quant au nombre et à la rapidité, les larges avenues trop rares. La création de garages publics pour les automobiles est devenue nécessaire, puisque les garages particuliers ne trouvent point de place dans les maisons anciennes. Et combien de problèmes que nous soupçonnons à peine vont se poser demain!

Dans la cité future, pour ne prendre qu'un exemple, ne faut-il pas dès maintenant prévoir les terrains d'atterrissage des avions, dont l’usage tend rapidement à se généraliser ? Et quelles transformations imposeront à l'architecture les applications nouvelles de l'électricité qui chaque jour nous apporte des surprises!

Dans sa marche rapide, la science a bouleversé les conceptions anciennes de l’architecture et en a renouvelé complètement le programme. Î[l s'étend à présent à toute la cité; il doit s’adapter aux diverses conditions sociales dont les rapports sont profondément modifiés; il doit former, d’une infinité d'éléments hétéroclites, un tout harmonieux : l'urbanisme est né, science nouvelle dont les lois sont formulées et ont déjà reçu d’intelligentes applications dans nos régions dévastées.

Ces larges réalisations de l'urbanisme dans les cités nouvelles sont malheureusement difficiles dans les villes de construction ancienne.

De nouvelles conceptions des édifices publics devraient répondre aux besoins exigés par la vie moderne; or, au x1x° siècle, l’architecture publique a été retardée dans son développement par trop d’édifices anciens à usages périmés. Les forces créatrices de nos architectes se sont épuisées à transformer palais et châteaux en musées défectueux, vieux hôtels en mesquines bibliothèques, anciens couvents en lycées et collèges. On prit ainsi l'habitude des solutions médiocres, des arrangements ingénieux... et stériles. La routine prévalut : les architectes dévoyés résistèrent au progrès, en maintenant dans les constructions neuves les aspects et ordonnances de nos vieux édifices, en contrariant les programmes rationnels et en entrant en lutte avec la demande.

Le mal, né de la pérennité du monument ancien, fut aggravé par l'éducation professionnelle. Formés en ateliers d'écoles et académies, les architectes s’accoutumèrent à rester à l'écart de la vie et des mouvantes réalités. Au lieu de devenir des créateurs, ils furent d'habiles pasticheurs, appliquant avec verve des formules creuses. Leur dextérité tint lieu de logique : ce ne fut plus le besoin qui créa l’organe, ce fut l'organe; le monument, qui imposa ses exigences à la vie.

Il serait cependant tout à fait injuste de condamner en bloc toutes les œuvres architecturales édifiées pendant le xix° siècle. Les travaux considérables réalisés par Haussmann, le percement du boulevard qui porte son nom, l'extension et l'aménagement des bois de Boulogne et de Vincennes ont assaini et embelli Paris. Des monuments parfaitement appropriés à leur destination furent construits avec l’aide des matériaux nouveaux: la Bibliothèque Sainte-Geneviève par Labrouste, les Halles centrales par Baltard, le collège Chaptal

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par Train, le Muséum d'Histoire naturelle par Dutert, l’église Saint- Pierre de Montrouge, les lycées Lakanal et Buffon par Vaudremer, et, à l'Exposition de 1889, la Galerie des Machines, dont les fermes en fer avaient plus de 100 mètres d’écartement, était alors une œuvre particulièrement hardie.

Qu'il s'agisse de la construction d’un palais ou d’une maison de campagne, le principe de la composition architecturale, commune à toutes les belles époques, est le même. Il est dicté par un sentiment de la convenance, par le souci de l'appropriation de l’œuvre à sa destination. L’évidence nous dispense d'’insister : le plan d’un casino, avec ses vestibules spacieux, ses galeries promenoirs, ses salles de spectacles et de jeux, ses jardins, est essentiellement différent du plan d’un hôpital ou d’une banque.

En architecture, le plan et la coupe ont une importance primordiale. Logiquement établis pour répondre à la destination de l'édifice, non seulement ils déterminent l’organisme même, mais ils en régissent les aspects extérieurs.

Pour les concevoir, l'architecte ne doit pas composer suivant de mystérieuses lois ou en usant de formules établies, mais il doit tout d'abord scruter son programme pour en discerner les éléments constitutifs, en étudier toutes les bases d'utilité qui forment son départ, se pénétrer des besoins moraux et matériels auxquels il doit répondre, puis avoir la connaissance parfaite des matériaux qu'il emploiera. [Il découvre ainsi des parties, des espaces, des cellules; il groupe des éléments par affinité, crée des systèmes de circulation verticale et horizontale.

Quand il à pris pleine autorité sur tous ces éléments, il les ordonne et les organise; après le travail de l'intelligence vient le travail de l’artiste guidé par sa vision. Il domine alors toutes ces difficultés,

il les résoud et il conçoit son ensemble avec d’autant plus de liberté

qu'il a plus de génie.

Il ne suffit donc pas à l’architecte de posséder des connaissances scientifiques étendues, d’être au courant des plus récentes découvertes; son goût et son imagination doivent être éclairés par une solide éducation artistique. C'est ici que peut intervenir, comme source de progrès, et non plus comme cause de routine, l’action de l'École, telle que la conçoit Louis Bonnier : « l'École amplifiant de plus en plus son programme d'investigation dans les réalisations du passé, en même temps que ses études dans les nécessités et les moyens d'action du présent, l'École répudiant le placage inintelligent des clichés périmés sur des besoins modernes pour montrer la science,

la sincérité, le génie des maîtres disparus s’adaptant étroitement et magnifiquement aux civilisations dont ils ont fait la gloire. »

Ainsi les exemples du passé pourront cesser d’être un obstacle à l'innovation nécessaire. Avec les ressources d’une science plus profonde et d’une technique mieux armée, l’architecte créera des monuments publics qui seront des organismes adaptés, dont l’aspect dira la destination et le but. Le programme et la construction imposant leurs volontés constitueront une source vive de renouvellement et de création. L'œuvre de l’architecte, qu’elle soit édifice public ou cité entière, sera un total rythmé et régularisé, une harmonie de toutes les forces maîtrisées.

Cette conception de la composition architecturale, soumise à une discipline nécessaire, exige au départ un acte d'humilité devant les besoins, mais après l'effort elle offre à l’architecte le noble orgueil de la création.

L'œuvre basée sur la logique et la raison ne sera pas impersonnelle; elle portera l'empreinte d’une pensée et d’une sensibilité individuelles, c’est dire qu’elle sera œuvre d’art.

Ainsi naîtront une nouvelle esthétique et une architecture publique aux vivantes et larges conceptions, répondant aux besoins matériels et moraux de notre démocratie moderne, dispensant la beauté, qui, selon l'expression de P. Boncour, «est le refuge et la consolation des civilisations sans mysticisme ».

Roux-SpPirz.

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