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LA PEINTURE DÉCORATIVE

N DIT couramment : « La peinture décorative, » et l’on croit avoir désigné une certaine forme d'art. Mais chacun donne au terme une acception différente. Chacun identifie la peinture déco-

rative avec l'œuvre du peintre qu'il tient pour le plus complet : Maurice Denis, pensent les uns ; Pierre Bonnard, Antoine Bourdelle, René Piot, Desvallières, Albert Besnard, pensent les autres. Il n'y a donc pas La, mais des formules de peinture décorative. Au grand siècle, on pouvait préférer Mignard à Le Brun: c'était choisir entre deux talents également éminents, mais non pas entre deux conceptions. Au xvur° siècle, Boucher, Lemoyne, Taraval, Natoire, Hallé, Coypel avaient leur sensibilité particulière, mais la formule de style leur était commune. Nous avons changé tout cela.

C’est entre des esthétiques différentes qu'il nous faut décider.

Les choses de l’art sont devenues compliquées. Elles sont troublées d'inquiétudes nouvelles. Il ne suffit plus au peintre d'évoquer, sur un plafond, de beaux dieux et des déesses potelées, et il ne nous suffit plus d'admirer leur séduisant cortège. Il faut que la peinture, de connivence avec l'architecture, présente à notre intelligence d'intéressantes inventions. Toute une science est en formation : science d’ailleurs tout expérimentale et positive.

La composition même est l'objet d’une revision. Chose curieuse,

l'initiateur, Delacroix, n'en a pas la responsabilité. L’inventeur de la

Lee

MAURICE DENIS

technique moderne est en même temps, par son respect de la composition « centrée », le dernier des grands classiques. C’est une autre formule qui est la moderne; elle s’est élaborée sous la double influence, apparaît-il, de Puvis et des Japonais. Elle bannit la convergence des lignes, des formes et des tons. Elle répartit l'intérêt sur toute la surface à couvrir; elle le divise, et continue ainsi les effets propres à l’architecture. D'autre part, elle peint mat, estimant cette austérité plus conforme au caractère de la décoration. Faut-il retrouver encore ici l’influence de Puvis, qui ne manquait jamais, avant sa séance quotidienne au Panthéon, de prendre le ton de la pierre ?

Les décorateurs, avant lui, recherchaient l'éclat et la somptuosité. Delacroix lui-même, aussi bien dans ses plafonds du Sénat et de la Chambre que dans celui du Louvre, prodigue les richesses de la palette : c’est un orchestre

qui donne à pleins moyens, conduit par une

baguette magistrale. Depuis Puvis, et probablement à son exemple, on amortit les vivacités du coloris, on éteint son brillant. Sans être plus essentiellement décorative, cette formule est plus murale. Elle compte moins, elle attire moins notre attention. Ses arabesques simples, ses figures calmes, sa tonalité neutre, satisfont un besoin profond de notre sensibilité. Malmené, violenté, surexcité par le tumulte extérieur et surtout par la brutalité des impressions qui le frappent, par la cruauté des éclairages à éclipses, par la rapidité des perceptions de toute nature, notre cerveau demande aux compositions élaborées pour lui un apaisement et une douceur.

De même que, dans l’organisation du logis, les éclairages se font discrets, que les tentures et les papiers dépouillent leur ancienne importance pour affecter une extrême sobriété de tons ou de décor, que les meubles eux-mêmes s’ingénient à se faire aisément lisibles pour épargner à l'esprit tout effort d'identification, la grande peinture décorative, appliquée à l'architecture

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