LA SCULPTURE DÉCORATIVE
A BELLE parole de Ruskin est plus juste que jamais : que ce n'est pas la matière qui est noble, mais qu'elle doit sa noblesse au travail humain. La décoration réalisée par Émile Gaudissard
dans les nouveaux magasins du Bon Marché n'est pas sculptée dans un marbre rare ni dans la pierre au grain serré, mais dans le ciment durci. Méconnaître son intérêt serait écarter du répertoire de la sculpture décorative moderne une des œuvres les plus dignes d'y figurer et dont l'exécution vaut l'invention. Sur de vastes panneaux, de beaux feuillages hypothétiques, mais vraisemblables, peuplés d’une faune chimérique, mais plausible, s’entremêlent avec un art ingénieux et subtil. Comme ils sont vus d’en bas, l’artiste les a taillés flans un esprit purement décoratif, abattant les saillies qui masqueraient les éléments supérieurs, accusant, par Contre, celles qui doivent projeter des ombres ou limiter la vue. C’est là la véritable tradition du Moyen Age. Les vieux maîtres ne procédaient pas autrement lorsqu'ils opposaient, sculptant quelques feuillages, un plan d'ombre au plan de lumière.
Le xix° siècle avait trop oublié cette excellente méthode. Dans sa fureur de réalisme, il s’attardait au détail, perdant le souci de l'effet général. Hormis quelques exceptions remarquables, les œuvres qu'il nous a laissées, lorsqu'elles ne se conforment pas aux conventions d'un certain académisme, relèvent de la ciselure plus que de la sculpture. L'art d’un Carpeaux lui-même, tout charmant, sensuel et même sensible, n’est pas sculptural, au sens plein du terme. Il est, à la grande statuaire d’un Rude, d’un Barye, d’un Constantin