‹ Les arts décoratifs modernesChapitre 65 sur 83 · MAURICE DENIS. APPARTIENT À M. MOREAU NÉLATON · texte numérisé non relu

MAURICE DENIS. APPARTIENT À M. MOREAU NÉLATON

monumentale, cherche ses effets dans la juste pondération des masses et dans un heureux balancement des formes juxtaposées. Elle élide le détail accidentel et particulier, elle cesse de représenter telle déesse ou telle entité pour combiner d’agréables formes. Aussi bien certaines méthodes, qu'on a crues théoriques et géométriques, et qui sont uniquement fondées sur la sensibilité, paraissent-elles appelées à d'intéressantes applications. Déjà l'art du vitrail, celui du papier peint, celui du tissu, leur doivent de charmantes et spirituelles fantaisies; déjà les peintures à l'encaustique, de la nouvelle église de Suresnes, œuvre d’Angel Zarraga, de même que les fresques exécutées à l’Institut catholique de Toulouse par M. Marcel Lenoir, attestent leurs possibilités.

Elles ne sont autre chose que la division d'une surface en figures inégales, mais de mêmes proportions; elles sont l’organisation d'un effet. Or le tableau lui-même, d’après un maître, M. Maurice Denis, n'est-il pas « d’abord une surface couverte de couleurs en un certain ordre assemblées », et, selon Tainc, « une surface colorée, dans laquelle les divers tons et les divers degrés de lumière sont répartis avec un certain choix » ? Voilà, poursuit l'illustie analyste, voilà «son être intime. Que ces tons et ces degrés de lumière fassent des figures, des draperies, des architectures, c’est là, pour eux, une propriété ultérieure, qui n'empêche pas leur propriété primitive d’avoir toute son importance et tous ses droits ». L'être intime de la peinture décorative ressemble fort à celui du tableau. Seulement la décoration réclame une franchise de parti, une clarté d'écriture et une vigueur d’accent dont n’a pas besoin celui-ci, et elle ne peut se contenter d’indications charmantes, mais superficielles, dont il s'accommode.

Comme lui, la peinture décorative est une surface animée de formes expressives. Les seules règles qui la gouvernent sont donc des

ARTS DÉCOR. FRANG.

règles de bon sens. II n’est aucun secret, aucune recette, aucune routine, aucun procédé pour faire de bonne peinture décorative. Les contemporains réprouvèrent l'introduction du vêtement moderne dans les compositions de l'École de Pharmacie, chef-d'œuvre d'Albert Besnard, comme ils l'eussent réprouvée dans l’œuvre de Seurat si le grand artiste eût pu manifester, sur d'’amples surfaces, la véritable conception de l’art moderne qu'il portait en lui. Mais pourquoi le peintre détournerait-il délibérément les yeux des spectacles de la vie? Pourquoi ne s'appliquerait-il pas à traduire leur caractère et leur unité ? Ce n’est pas la représentation de l'Olympe qui confère à la peinture un caractère décoratif : c'est l'esprit selon lequel elle est traitée.

Un goût de couleur extrêmement personnel et aigu prête aux œuvres d’un Georges Desvallières un charme raffiné; mais c'est de leurs grandes lignes énergiquement affirmées, projetées en verticales pathétiques, ou barrant l'horizon d'obliques éloquentes, qu'elles tirent leur ardente et prophétique beauté. C'est au contraire la savante combinaison de formes subtilement simplifiées qui détermine le caractère décoratif des compositions de M. Maurice Denis. Niles méthodes, ni la conception même des deux maîtres n'ont rien de commun. Celles de M. Bourdelle sont différentes et des unes et des autres : décorant à fresque une galerie de ce même théâtre des Champs-Elysées, dont M. Maurice Denis a peint le plafond et M. Vuillard le foyer, ce sont des indications de volumes et de mouvements qu'ordonne le maître sur les murs. Mais ces signes, tout discrets, possèdent une telle autorité, qu'ils évoquent les peintures antiques.

Décorative par l'ordonnance et le caractère des lignes, ou par la composition colorée, ou par la stylisation du dessin, la peinture peut l'être aussi d'une autre manière; il y a la formule qu'on pourrait appeler du tableau décoratif : témoin les peintures du salon d'attente de la Direction des Beaux-Arts, œuvre de Lebasque, ou les peintures d'un hôtel parisien, œuvre de Pierre Bonnard. Un esprit particulier les inspire : elles ont pour objet de créer une atmosphère sympathique, elles inscrivent aux murs une certaine harmonie comme un contrepoint suggestif.

De telles œuvres obéissent à des disciplines sévères. Ce ne sont pas seulement des tableaux de grandes dimensions, ni des illustrations agrandies, n1 des affiches. Aussi bien y en a-t-il très peu qui vaillent quelque étude.

GUILLAUME JANNEAU.

PUVIS DE CHAVANNES. — ( L'ENFANCE DE SAINTE GENEVIÈVE }. PEINTURE MURALE, PANTHÉON. CL. BULLOZ.

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