L'ART DES JARDINS
USQU'A la fin du xvur° siècle, l’art des jardins obéissait à des règles analogues aux lois de. la composition architecturale. Le jardin était ordonné; son plan, développé autour de la maison, était
conçu pour la mettre en valeur; il faisait partie d’un tout dont l'habitation, maison ou château, était la partie capitale.
À partir du xix° siècle, les amateurs de jardins ont consommé la ruine d'une tradition, vieille en France de plusieurs siècles, que des civilisations antérieures nous avaient transmise. Avec elle, le sentiment de l'ordonnance régulière du jardin composé a disparu. Cette ordonnance, devenue peut-être un peu poncive et fatigante pour les gens de la fin du xvur° siècle, avec les répétitions banales qu'ilsvoyaient faire des grands jardins du temps de Le Nôtre, n allait pas cependant sans des lois de la raison qui réglaient avec justesse l'imagination des artistes jardiniers et tempéraient les exagérations et les manques de ‘ goût qui, même en ce temps-là, étaient inévitables.
Ce sentiment si français de la chose régulière, mesurée, bâtie, en un mot, a fait place à un besoin diamétralement opposé, celui de tirer de la nature même et de ses éléments l'inspiration qui a donné naissance aux jardins dits paysagers.
Tout le monde sait faire la différence entre les productions de l’école nouvelle et celle de nos vieux maîtres français; les principes en sont trop opposés, les aspects trop différents pour que les caractères essentiels n’en sautent pas de prime abord aux yeux de l'observateur le moins autorisé.
L'architecte paysagiste cherche son inspiration dans la nature même ; il lui emprunte tels qu’elle les lui donne les éléments qui feront les frais de sa composition, arbres, massifs de rochers, rivières, lacs, et en compose un paysage truqué, un décor ingénieux parfois, élégant même, mais, en fait, sans logique ni ordonnance.
Il semblerait que la liberté et la fantaisie permises ici dussent
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avoir sur la géométrie l'avantage de multiplier à l'infini les solutions : il n'en est rien; sous toutes les latitudes, essences à part, tous les jardins paysagers sont semblables et sans caractère. C'est que leurs éléments, toujours les mêmes, restent tributaires d’arrangements tendant invariablement au même but: celui de faire un tableau et non de sertir l'édifice en adaptant le caractère du jardin qui l'entoure à la dimension, à l’âge, au style, à la situation; autant de conditions en vertu desquelles un jardin à la française ne ressemble pas à un autre.
De ces sommaires observations, une conclusion se dégage, c’est que le jardin doit participer à l'ordonnance générale de l'habitation, dont 1l est, en quelque sorte, la ceinture décorative.
Une recherche ordonnée, géométrique, du plan est en réalité la condition indispensable pour réaliser une œuvre harmonieuse. Le plan étant bien établi, on peut se permettre d'ajouter sur les grandes lignes de la composition, et sans nuire à la simplicité, toutes les fantaisies de détail qui viennent à l'esprit de l'artiste.
Que le programme comporte le dessin d'un modeste jardin ou celui d'un vaste parc, il est soumis à la même logique; le caractère de l’œuvre, intime ou grandiose, sera toujours rationnel. Et, dans ce jardin bien conçu, le spectateur, après avoir suivi avec intérêt le tracé d'ensemble, s'arrêtera complaisamment aux sous-détails, bancs, vases, terrasses, bassins, statues, etc., en un mot à tous les agréments de richesse ajoutés pour le plaisir de l'œil et de l'esprit.
ADOLPHE: l'HIERS.