L ATELIER PARISIEN DE NICOLAS BATTAILLE
mises sur les métiers de Paris, pour payer la rançon du roi de France. En 1375. il semble attaché à la personne et à la fortune du duc d'Anjou, l'aîné des frères de Charles Y. L'inventaire du mobilier de Charles V qu'a publié Labarte, rédigé en 1380, nous apprend avec quelle passion le roi recherchait les tapisseries. Il en possédait 130 à armoiries, 33 grandes étaient au Louvre, où elles décoraient les murs. Les ducs d'Anjou, de Berri et d'Orléans, ses frères suivaient son exemple.
L'aîné, le duc d'Anjou, passe pour avoir été un amateur d'art tout à fait raffiné. Nous possédons l'inventaire détaillé de ses joyaux ; celui de ses tapisseries nous fait malheureusement défaut; et il devait en posséder uni' remarquable collection. Dès 1375, Nicolas Battaille est installé à la petite Cour d'Angers jouissant d'une évidente faveur, et portant le titre de \ulei île chambre du duc, et dès le début les paiements qui lui sont faits sont fréquents et considérables. Entre temps il put même travailler poulie duc de Savoie, Amédée VI. Mais l'œuvre capitale de Nicolas Battaille, celle qui rend sa mémoire immortelle, c'est la merveilleuse suite de tentures de Y Apocalypse, conservée à la cathédrale d'Angers.
C'est à M. Guilliev que revient l'honneur d'avoir retrouvé le nom de l'auteur de cette œuvre admirable, et toutes ses recherches et leurs résultats ont été consignés dans un opuscule paru à Paris en 1877.
Mais bien avant M. Guilfrey, d'autres archéologues s'étaient déjà occupés de cette suite si importante. L'éminent chartiste, M. Giry, avait même déjà fait à leur sujet quelques trouvailles bien intéressantes qu'il est utile de résumer. Dans le catalogue des livres de Charles V dressé en 1373 par Cilles Malet, on trouve « Apocalypse en français, toute figurée et historiée, et eu prose ». En 1380, dans le recolement de la bibliothèque fait par Jean Blanchet, se trouve cette mention : « le Roy l'a baillée à M. d'Anjou pour faire son beau tappis >>. M. d'Anjou c'est Louis Ie', roi de Sicile et duc d'Anjou, aïeul du roi René, et le beau tapis n'est autre que la tapisserie de Y Apocalypse. Si nous constatons par les comptes que la dernière pièce ne parait avoir été faite qu'en 1490, il semble qu'il fallut un siècle pour arriver à bout de ce bel ouvrage. Le manuscrit dont s' agi! porte le n" 403 du fonds français de la Bibliothèque Nationale, et Paulin Paris et .M. Léopold Delisle l'ont identifié comme étant bien X Apocalypse de Charles V. L'histoire de ce manuscrit (détail amusant) prouve que le prêt des livres fut toujours très chanceux : le duc d'Anjou ne le rendit pas au Roi : il passa plus tard par les mains d'un seigneur flamand de la Gruthuvse qui v apposa ses armes, et dont Imite la bibliothèque entra