LA TAPISSERIE EN FRANCE ET EN FLANDRE AU XIV SIÈCLE
PARIS ET AKKAS
Lutte de [jré-apparition entre archéologues. — Les ateliers de Paris; celui de Nicolas Battaille, auteur de la tenture de l'Apocalypse d'Angers : sa parenté avec «les manuscrits contemporains. — Les ateliers d'Arras : leurs travaux pour la cour de Bourgogne. - Les tapisseries faites pour Charles V el pour Philippe le Hardi
Nous avons vu qu'avec le \i\" siècle, nous nous trouvions eu face de documents d'archives qui ne nous permettaient [dus de douter que la fabrication des tapisseries avait pris dans le nord-ouest de l'Europe, et plus précisémenl en se localisanl sur les frontières de la Flandre et de l'Ile
de France, un développement tout à t'ait surprenant, et que la célébrité des ateliers d'où sortaient ces belles tentures historiées allait se répandre dans les pays civilisés, où les besoins de luxe n'allaient pas tarder à en trouver l'emploi.
Le nom de <■ Arazzi > sous lequel vont dorénavant être désignées au moyen âge les tentures les plus précieuses, semble bien une constatation décisive de l'incontestable supériorité des tapissiers d'Arras. De nus jours encore, c'est sous ce vocable que sont désignées dans la langue italienne les tapisseries de liante lisse arazziere, arazzieri). Et nous verrons bientôt quelle merveilleuse floraison eut à Arias celle industrie, dès le début du \i v siècle. Mais des documents écrits nous prouvent qu'à la même époque les tapisseries de Paris (''(aient grandement appréciées elles aussi, et que les ateliers des deux provinces se firent alors une redoutable concurrence.
Disons en passant que celle discussion de priorité (s'il s'y est mêlé parfois une pointe de patriotisme, et si elle a pu enflammer l'opinion de <|iieli|iies archéologues belges ou français) ne saurait vraiment nous pas-
LES ATELIERS DE l'AItlS AU XIV SIÈCLE 1S5
sionner, et nous semble bien vaine. 11 suffit de se rappeler que la Flandre et l'Artois sont demeurées provinces françaises jusqu'au traité de Madrid, c'est-à-dire en 1526. et que par conséquent, nous pouvons, même Français, tirer quelque juste fierté de la glorieuse fabrication des Arazzi, sort is des ateliers d'Arras.
Les recherches de M. Pinchart et du chanoine Dehaisne nous on! d'ailleurs appris que la comtesse Mahaut d'Artois, épouse du dur de Bourgogne, s'approvisionnait aussi bien dans les ateliers parisiens que dans ceux de l'Artois, ainsi qu'il appert de mémoires de dépenses de 1 30'.> et de 1313; et quand on sait quel goût cette princesse professait pour les tapisseries, il n'est pas indifférent de noter son éclectisme.
Sans que la priorité que nous leur donnons ici prétende indiquer leur supériorité, nous nous occuperons tout d'abord des ateliers parisiens à l'aube de ce xiv" siècle qui allait être pour eux une ère de prospérité.
Ateliers de Paris. — Il est intéressant de compulser les registres de la taille de la Ville de Paris; ceux de 1292 signalent déjà vingt-quatre maîtres tapissiers établis dans la ville, et dix autres sont nommés pour l'année 1302, ce qui indique assez quelle activité commençait déjà à régner dans celle industrie. C'est dans un acte daté du 13 octobre 131 H qu'on rencontre pour la première fois le mol « haute lisse » appliqué à une tapisserie. « Ysabiaus Courrée drapière qu'on ditde Halenne Somme) donne quittance à Mathieu Cosset, receveur d'Artois, de la somme de 39 livres 16 sols parisis pour V draps ouvrés en liante lisse ». (les tentures étaient destinées à l'hôtel de Robert d'Artois, lils de la comtesse Mahaut.
Des mentions dans d'autres actes d'un tapissier de Valenciennes en 1325, d'un autre de Saint-Omer, Jehan Herenc. en 1327, finis d'un autre encore, Nicolas de Reims, en 132cS, indiquent bien que celle indus trie se répandait peu à peu dans les provinces.
Sous le règne du roi Jean L350-1364] trois noms reviennenl fréquem ment dans les comptes royaux; Clément le .Maçon. île 1551 à 1355, ne livre pas moins de 170 lapis de décoration très simple, semis de Heurs de lis ou armoiries de personnages : Jehan du Trembla) en livre 32 et enfin Philippe Dogier 37.
Dans les derniers temps du règne de Jean II. apparaît le nom d'un tapissier qui va jouer un grand rôle dans l'histoire de cel arl en France au xive siècle, c'est Nicolas Battaille; il figure sur les listes d'imposition