LA TAPISSERIE DES JOUTES DE SAINT-DENIS
de Ripemonl — ■ et de la splendide tenture tir l'Arbre de vie faite pour la chapelle du Duc), — nous ne pouvons que déplorer la perte de tant de tentures si intéressantes par la représentation de sujets légendaires el littéraires.
Avant sa mort, Nicolas Battaille avait reçu commande d'une tenture dont l'importance égalait presque celle de ['Apocalypse, « toute à ymagerie d'or et de fin fil d'Arras», et qui offrirait aujourd'hui un très grand intérêt. Il devait v représenter avec une scrupuleuse exactitude et un souci d'y introduire des portraits, un fait contemporain, les joutes el réjouissances
Cliché <iu musée <ta Bruxelles.
La Vierge présentant l'Enfant Jésus au grand prêtre. Tapisserie, ateliers de Paris \i\ siècle, (Musée du Parc <lu Cinquantenaire à Bruxelles).
•qui eurent lieu à Saint-Denis en 1389, lors de la réception du frère du Roi, et de son cousin Louis II d'Anjou, dans 1 ordre de la chevalerie Battaille avait dû prendre pour ce travail un collaborateur, Jacques Dourdin, qui aura terminé seull'œuvre entreprise en commun. Cette tenture, malheureusement, n'eut sans doute qu'une durée éphémère, car elle ne figure sur aucun inventaire postérieur à Charles NI, mais du moins M. (iuilfrev en a retrouvé le détail dans l'inventaire des tapisseries de Charles VI qui lui dressé à lJaris pendant l'occupation des Anglais.
Ateliers d'Arras. — Si le nom de Battaille apparaît dans les comptes ■comme celui du tapissier le plus célèbre du \i\ siècle, il avait alors des
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concurrents, qui travaillèrent surtout pour un des princes les plus fastueux et 1rs plus épris de belles tapisseries, le duc de Bourgogne, Philippe le Hardi. Grâce à sou mariage avec la fille du comte Louis de Mâle, il avait réuni à son duché les provinces de la Flandre et de l'Artois, et se trouva ainsi amené à donner une vive impulsion aux métiers d'Arras. Bien des tentures commandées par lui servirent à ses libéralités. Les Anglais en reçurent, quand il chercha à ménager une trêve entre Richard 11 et Charles VI. El quand après la bataille de Nicopolis, en 1396, il paya une partie de la rançon du due de Nevers et des seigneurs faits prisonniers par Bajazet, ce lut en tapisseries de haute lisse représentant l'histoire d'Alexandre. L'envoyé chargé de négocier la mise en liberté avait rapporté que « le sultan prendrait grande plaisance a veoir dras de hautes liées ouvrés à Arras en Piquardie, mais qu'ils fussent de bonne histoire anchienne ». L'anecdote a été racontée par Froissait, dans sa ( ihronique.
il eut ;i employer fort peu Nicolas Battaille, qui était surtout au service du due d'Anjou, et auquel en 1393 il commandait néanmoins G tentures. Mais il s'adressa surtout à Jacques Dourdin qui, dans l'espace de douze années ^1380-1397,, ne lui fournil pas moins de 17 tentures, commande su!' le détail de laquelle M. Guiffrey s'est longuement étendu. Le même Dourdin travailla entre 1393 et 1407. année de sa mort, pour le due d'Orléans de nombreuses commandes ont été retrouvées par M. Thomson à la Library du British .Muséum et pour la reine Ysabeau. Le fait est certifié par une inscription du Charnier des Innocents relevée jadis par Gaignières. Parmi 1rs sujets qu'il aimait à représenter, la plupart étaient empruntés à des romans de chevalerie, ou à des chansons de gestes populaires. Les tableaux rustiques étaient à la mode. Il ne nous en est malheureusement pas resté', alors que nous en avons tant conservé du xv' siècle, d un pittoresque m décoratif.
M. Guiffrey a relevé dans le détail les noms de bien îles tapissiers parisiens en vogue sous Charles V et sous Charles VI. et qu'on trouvera dans son ouvrage Parmi ces noms, celui de Jean Cossel d'Arras, apparaît comme un des plus éminents. Il dut travailler au château de Hesdin a la tenture de l'histoire du roi de France et des douze pairs.
Le nom de Michel Bernard reste attachée à l'une des tentures qui
eurent le plus de célébrité a la lin du \l\' siècle, celle de la bataille de
Rosebecke, dans laquelle, chose assez rare à l'époque, était représenté un événement contemporain.