LA DESTRUCTION DES TENTURES CAUSÉE PAU LEUR DIMENSION
Un autre artiste, Pierre Baumetz, quine ligure sur aucun compte royal, semble avoir joui d'une assez grande renommée, et travailla activement pour le duc de Bourgogne. Dans l'espace de quinze années, il avait livré à son riche client les splendides tentures dont la Recette générale des Finances de Bourgogne nous a fourni la nomenclature. Presque toutes sont mentionnées « tissées de lin (il d'Arras, de soie et d'or », connue celles de Dourdin. Ce sont [des tentures de style héroïque et religieux, dont les sujets étaient empruntés à la Bible el à la mythologie; Beaumetz faisait aussi des tapisseries plus modestes, avec des ligures de chevaliers et de dames, des champs verts avec îles brebis blanches.
Comment expliquer que de tant de tapisseries que les comptes mentionnent pour le xiv° siècle, un si petit nombre soit parvenu jusqu'à nous '.' Les déplacements si fréquents de la cour et des seigneurs, l'habitude d'emporter dans ses bagages toutes les garnitures de chambres, l'incurie des hommes qui en avaient la surveillance et le soin, furent autant de causes de destruction. Ne sait-on pas que certaines tentures comme celle de la Bataille de Rosebecke, furent après livraison, et vu leur énorme dimension, coupées en morceaux par les valets qui ne pouvaient les tendre. Le programme était d'y représenter une notable partie de la noblesse de France, de Flandre et d'Artois, qui avait suivi Charles VI, et aussi, sans leur donner trop d'importance, les milices flamandes, bourgeois et gens de métier, qui s'étaient soulevées à l'appel de Philippe Artevelde. Il y avait là des difficultés à représenter des personnages vivants, à établir les contrastes entre les armures des nobles et le pauvre équipement des flamands, à remplacer en un mot la fantaisie par la vérité, et c'était évidemment un grand honneur pour .Michel Bernard d'avoir été choisi pour exécuter cette œuvre, qui fut achevée en 1387, cinq années après la bataille. C'était une tenture si énorme [2H0 mètres carrés), si peu maniable, que quinze ans plus lard en 1402, le duc de Bourgogne qui l'avait commandée, prenait le parti de la faire couper en 3 morceaux', puis plus lard chacun en -. C'est ainsi en li pièces qu'on la retrouve en L536 dans l'Inventaire île Charles-Quint dans un état lamentable, « fort vieille et trouée ». C'est la. dernière fois qu'elle fut signalée.
Les comptes sont là encore pour nous éclairer à ce sujel ; de i:îcS8 à 1415, un certain Jean de Jandoygne y apparaît constamment comme reulraileur ; le malheureux ne pouvait suffire aux demandes de réparations de tapisseries qu'on lui adressait, el souvenl on voil figurer comme
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soumises à ses soins des tapisseries qui n'étaient sorties que depuis dix uns à peine de l'atelier du tapissier. Bien d'autres que Jandoygne sont cités, et L'on se rend compte que leur métier ne devait pas être une sinécure
Une autre tapisserie du xiv' siècle, infiniment précieuse en laines et soies, nous a été conservée, aujourd'hui au musée du l'arc du Cinquantenaire à Bruxelles, après avoir appartenu au peintre espagnol Escosura. Le sujet en est la Présentation au temple: à droite un vieillard à barbe blanche, pieds nus, s'avance vers la Vierge qui tient l'Enfant Jésus debout sur un coffre que recouvre un tapis. Derrière la Vierge se tiennent un vieillard et une jeune femme tenant des cierges allumés. Les personnages se détachent sur un fond violacé, décoré de vignettes ou de branches de vignes chargées de feuilles et de grappes. Des lignes ondulées, dans la partie supérieure, figurant le ciel ou les nuages, ou bien des festons de grosses Meurs ornementales y sont des éléments décoratifs assez nouveaux: à gauche au-dessous du grand piètre on distingue encore des fragments d'une bande inférieure décorée de feuilles stylisées représentant la Teire. L'aspect simple et sculptural des draperies, l'expression calme et religieuse des ligures rappellent les statues du temps des Valois, ou les miniatures et les vitraux exécutées vers 1340. On reste frappé des analogies de la Vierge de cette tapisserie avec la Vierge des Heures du duc de Berri. dont l'auteur est André Beauneveu, de même qu'avec certaines figures de Y Apocalypse d'Angers. C'est un rapprochement qu'a fort ingénieusement proposé M. Désirée.
Ainsi nous sommes très pauvres en tapisseries du xi\ siècle encore existantes, mais nous sommes très riches en textes. Et les deux documents les plus précieux que nous axons conservés sont certainement les Inventaires de Charles V et île Philippe le Hardi.
Dans l'Inventaire de Charles V (1381) publié par Labarte, les tapisseries figurent sous les n°s 3671-3703, ce sont celles à sujets: un autre chapitre, sous la rubrique de tapisseries d'armoiries, contient rémunération de 130 pièces à verdures et autres. Bien peu de ces pièces reparaîtront dans l'inventaire des tapisseries de Charles VI, dressé en ]i'2'2 par les Anglais, quand ils se préparèrent à les emporter ou à les vendre : et il faut bien supposer qu'elles avaient déjà été anéanties.
L'état des tapisseries trouvées dans les châteaux de Philippe le Hardi après sa mort en 1404, comprend "•"> tapisseries de haute lisse, et elles se retrouvent dans 1rs inventaires de ses successeurs. Sans doute Phi-