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CHAPITRE V LA TAPISSERIE EN FLANDRE AU XV SIÈCLE

Les ateliers d'Arras. — Représentations de faits contemporains pour Charles VI eLles Ums de Bourgogne. — Les tentures du inusée de Renie. — Les ateliers de Tournai, de Bruges et d'Audenarde.

Jusqu'ici nous avons vu l'ait de la tapisserie demeurer l'apanage de quelques villes du nord de la France, groupées autour de deux grands centres : Paris et Arras, Mentions sont laites de métiers ayant travaillé au xive siècle à Tournai, à Valenciennes, à Douai, à Lille, niais dès le premier quart du xvc siècle, nous voyons le procédé de la haute lisse se répandre dans les pays voisins de la France, en Navarre, en Italie, à Avignon et jusqu'en Hongrie.

La réputation de Paris subit une éclipse, pendant les sombres jours de l'occupation anglaise ; sur les rôles de la taxe imposée aux Parisiens par le roi d'Angleterre en 1422, figurent seulement 2 tapissiers, Jehan Deschamps el Pierre Renardin.

Pendant tout le règne de Charles Vil, les désastres suhis par la Fiance mil éteint plus encore toute activité artistique. D'ailleurs Paris délaissé, à partir de Charles VU, par ses rois, au prolit de Bourges d'abord, et des villes de la vallée de la Loire sous Louis XI, Charles VIII et Louis XII, vit décroître sensiblement sa production.

Tout allait alors à la ville privilégiée, dont les manufactures devaient au xvc siècle éclipser toutes les autres. C'est Arras qui trouva grand prolit dans l'alliance du duc de Bourgogne avec l'Angleterre. D'Angleterre ses ateliers liraient leurs laines à hou compte, et ils vendaient leurs tapisseries comme ils voulaient aux cours d'Henri V el d'Henri VI.

La dominai ion de la Maison de Bourgogne sur la Flandre, ouvrit pour la ville d'Arras une ère de prospérité, dont elle ne connut à aucune autre

LES ATELIEMS L> AIlliAS 197

époque l'équivalent. Cette brillante période s'étendit sur bien près de cent ans (1383-1417).

Les comptes des Ducs de Bourgogne sont une source inépuisable de renseignements qui viennent nous apprendre quels objets de haut luxe entraient dans leurs palais, quels autres leur servaient de présents à des souverains, ou bien étaient offerts Iules villes ou à des églises.

Ateliers d'Arras. — Les sources certaines qui auraient pu nous renseigner sur les origines de l'industrie d'Arias, t'ont presque totalement défaut. Les comptes communaux du xi\ siècle ont tous disparu, et les registres des bourgeois ne commencent qu'en 1422. Mais heureusement d'autres dépôts que ceux d'Arras sont venus apporter une contribution de documents d'une abondance très suffisante pour qu'on puisse arriver aune lueur de vérité, (archives départementales du Nord, et de la Côte d'Or. Archives de Paris et de Bruxelles, dépouillements d'archives de M. Pincharl .

La plus ancienne mention de tapisserie de haute lisse fabriquée à \rras est consignée dans le compte communal de Lille de 1367, sans que cela puisse infirmer la croyance à une fabrication artésienne antérieure à cette date : le magistrat de Lille avait résolu de faire au roi Charles V radeau « de 2 dras de Cambre de l'œuvre d'Arras » ; il envoya donc quelqu'un en celte ville, pour en faire commande ; nous ignorons le nom du dessinateur de carton, mais le tapissier fut Vincent Boursette, qui devait travailler aussi pour Philippe le Hardi.

Aucune tapisserie, pour le xve siècle, ne porte de marque de fabrique ou de nom d'ouvrier : toutes sont anonymes, sauf une. qui, par un heureux hasard, nous donne un nom de tapissier avec la plus ancienne date certaine pour Arras. C'est la tenture qui appartient à la cathédrale de Tournai, représentant la vie et les miracles de saint l'ait et de saint Eleuthère et qui, quoiqu'incomplete, offre encore quatorze scènes, six pour la légende de saint Piat, huit pour celle de saint Eleuthère. Un auteur du xviie siècle a fort heureusement noté l'inscription qui se trouvait alors sur un des panneaux aujourd'hui disparu. « Ces draps furent faicts et achevés — en Arras par Pierot Frères— l'an mil quatre cent et deux — en décembre mois gracieux — Veuillez a Dieu tous saincts prier — pour 1 âme de Toussaint Prier ». Celui dont le nom servait à ce naïf jeu de mois, était aumônier du duc de Bourgogne, et chanoine de la cathédrale de Tournai, à laquelle il offrait celte belle tenture sortie des ateliers de Pierre Féré

LA IKMTltE DE LA CATHÉDRALE IlE TOURNAI

d'Arras La couleur en est aujourd'hui bien passée : 1rs bleus et les rouges qui dominent sont devenus un peu gris sous l'action du temps. L'influence réaliste, les ligures d'aspect un peu trivial, les mouvements raides, dénotent une origine bien plutôt flamande, que réellement française. L'abondance îles détails, la naïveté, l'entassement des personnages, rappellent encore beaucoup Le xiv° siècle, et l'école des miniaturistes qui, avec évidence, inspirèrent encore l'auteur des cartons, et ne lui permirent ni liberté d'inspiration, ni hardiesse d'exécution. M. Destrée a rapproché de la tenture de Tournai les plaques en argent repoussé et ciselé du Kunstgewerbe Muséum de Hambourg, où se trouve retracée la légende de saint Gervais, el qui proviennent, selon toute vraisemblance, du trésor de Maestricht. Très voisines de l'art de Van Eyek, elles sont d'ailleurs très supérieures par le style et la dignité des attitudes, aux scènes de la tenture de Tournai.

Bien que la fabrication des tapisseries de haute lisse se soit considérablement développée dans la première moitié' du W' siècle, il ne nous est guère resté- plus de tapisseries de cette époque que du xiv siècle. Et nous n'en connaîtrions pour ainsi dire rien, si les comptes ne nous renseignaient pas, et particulièrement les inventaires îles ducs de Bourgogne. L'inventaire îles objets mobiliers de Philippe le Bon, fait à Dijon en 1420, publié par Léon de Laborde, ne mentionne malheureusement que les tapisseries conservées en ses châteaux, et M. Pinchart, dans son histoire des tapisseries flamandes, a fait observer que bien d'autres encore se trouvaient en maints endroits. Il a cherché à en dresser un état, sans l'affirmer définitif ni complet.

Charles VI possédait un certain nombre de tapisseries à sujets contemporains, tels que la conquête de l'Angleterre, — les Joutes de Saint-Denis — l'histoire de Duguesclin, -- la bataille des Trente — les Joutes de Saint-Inglevert. Il n'y axait pas seulement des sujets historiques, il y avait aussi des sujets familiers et rustiques, des chasses à courre, îles danses île bergers et île bergères, îles cavalcades.

I ne merveilleuse tapisserie île ce dernier genre, une des plus parfaites de goût, de style et d'art que le moyen âge nous ait transmises, se trouve heureusement conservée dans un rare état au château de Ripaille, près Thonon, dans les collections de AI. Engel. C'est une très grande bande environ 3 m. 50 de large, sur I mètre de haut . représentant cinq sujets civns, absolument du même espril que ceux qu'on rencontre sur les valves de miroirs ou les côtés de coffrets en ivoire du xiv" siècle, et qui

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