LES TAPISSERIES A LÉGENDES EXPLICATIVES
nous font attribuer au plus tard cette tenture aux toutes premières années du w siècle, si ce n'est même à la fin du xiv" siècle. Aucun mol ne saurait rendre le charme et la grâce de ces conversations d'amoureux, de ces groupes jouant aux échecs ; l'élégance des personnages, d'un dessin si pur, la beauté des costumes et des coiffures, l'ornementation du fond sans perspective, où une haute toile déploie ses pampres et ses grappes (pue picorent des oiseaux, la bande inférieure où ces petits animaux courent au milieu de touffes d'herbes et de Heurs, font de cette tenture une pièce incomparable, très typique d'un genre que cultivèrent à l'infini les ateliers du xvc siècle, mais plus jamais avec cette grâce exquise, ni cette préciosité si fine d'exécution, à fils très serrés et à polychromie franche et harmonieuse. (On peut rapprocher de ce pur chef-d'œuvre un morceau bien plus grossier, mais d'un style tout analogue, qui se trouve au musée de Colmar.) Eugène Mùntz avait eu connaissance de celte tapisserie quelque temps avant sa mort, et lui avait consacré une notice demeurée inédite, qu'utilisera M. Engel dans le catalogue illustré de sa collection qu'il prépare. Mùntz, je le crois, n'avait pas osé faire remonter cette tapisserie plus haut que le xv° siècle, n'ayant pas été frappé, comme je le fus, de l'analogie qu'elle présente avec les ivoires français du xiv* siècle; c'est ce qui m'incline aussi à y voir une tapisserie bien française, ou si l'on préfère franco-flamande.
Les tapisseries à légendes explicatives, « à érrilaux «comme on disait alors, paraissent avoir joui au xv' siècle d'une grande faveur. Il reste plusieurs exemplaires d'une série appartenant à ce type si prisé, La représentation des Amours de Gombaul et de Macé, dont l'origine remonte sans doute au xvc siècle, a été reproduite pendant deux cents ans par les plus célèbres ateliers de Bruxelles, d'Aubusson et de Paris. On en retrouve des versions différentes jusque sous Louis XIII. S'il ne nous est pas possible de citer une seule pièce du type originel, on peut admettre que toutes celles du \\i'. jusqu'au commencement du xvn° siècle, en sont des reproductions assez fidèles.
Les légendes explicatives se trouvaient aussi dans les pièces à sujets religieux ; nous les avons déjà rencontrées dans l'apocalypse d'Angers, et dans la tenture de Tournai; il arrive même au xv6 siècle que la légende prend une place si importante, que les ornements et les personnages mêmes liassent au second plan, ne sont plus que l'accessoire. Ce l'ail esl remarquable dans la suite de la cathédrale d'Angers, représentanl les Anges portant les instruments de la Passion.