TENTURES EXECUTEES POUR JEAN SANS PEUR
Il y avait môme des auteurs de légendes pour tapisseries, des poètestapissiers, el J. Quicherat a naguère tiré de l'injuste oubli un de ces lit— térateurs de la traîne, maître Henri Baude, et a publié une série de ses courtes poésies.
Quelqu'efforls que cei tains pays comme l'Italie aient faits au x\" siècle pour v organiser l'industrie de la tapisserie, Arras demeura sans rivale. Jean sans Peur avait hérité de son père Philippe le Hardi le goût d'embellissement de ses demeures. Parmi les tapisseries qu'il lit exécuter dans les ateliers d' Arras comme dans ceux de Paris, beaucoup passèrent la mer, distribués en Angleterre pour se ménager des alliances. Quand il dul réduire la ville de Liège en 1408, il eut à se louer de l'assistance des bandes anglaises et voulut commémorer par une commande de tapisseries ce l'ait intéressant, comme son père avait fait pour la bataille de Rosebecke. .Nous avons conservé des mentions de cette suite célèbre, dont le travail avait été confié à Rifflard Flaymal, tapissier d'Arras, pour 3.080 lianes d'or, boni Plancher, l'historien de la Bourgogne, nous a laissé une description de ce monument disparu, composé de cinq pièces, qui furent livrées au duc en 1411. On les retrouve dans l'inventaire de Philippe le Bon, en 1420, en six pièces, l'une d'elles ayant peut-être été
COUpée en deux.
Les archives de Dijon et de Lille ont fourni des quantités de documents sur les travaux exécutés pour les ducs de Bourgbgneau xv" siècle. et l'on y voit cités les noms de Guy de Ternois et de Jean Largent d'Arras, de Jean Walois, ainsi que celui île Jean Arnulphin (sans doute l'A rnollini que Van Eyck devait pourtraiturer dans un petit tableau célèbre de la .National Gallery), auquel le duc achetait à Bruges en 1423 six pièces de la \ ie de la Vierge, pour les envoj er en don au pape Martin \ .
Une question qui tout naturellement se pose est celle-ci : y avait-il quelque différence entre les tapisseries de Paris el celles d'Arras? on a pu juger par l'Apocalypse d'Angers de ce que pouvait être, en plein \i\ siècle, la fabrication d'un des meilleurs ateliers de Paris, celui de Battaille. Gomment s'expliquer la surprenante réputation acquise par les ateliers d'Arras, dont les mentions dans les comptes apparaissent inliuimenl plus nombreuses au xv' siècle que celles de Paris? on ne peut se l'expliquer que par l'excellence du tissu lui-mèmeet les qualités des teintures. Le lin lil d'Arras est l'expression qui revient constamment. Il ne semble pas douteux que cette expression servait à désigner les tapisseries les plus fines el les plus coûteuses, el qui dans bien des cas étaient
TEMTRES EXECUTEES I'Ol'R CHAULES LE TEMERAIRE
rehaussées de lils d'or et d'argent, dils lils de Chypre. Il est fort possible que les pratiques îles ateliers parisiens aient été à peu près semblables; mais certainement les ateliers artésiens, grâce aux conditions avantageuses de leur organisation municipale, et du développement com-
AdoruLion des Muges. Tapisserie. Ateliers d'Arras, première moitié du xv« siècle (Musée historique de Berne).
mercial du pays, eurent 1res vite fait de distancer leurs concurrents
parisiens.
Tentures c.récuiées pour la maison c/e Bourgogne an XVe siècle. — Philippe le Bon tirait gloriole de ses suites de tapisseries, el ne manqua jamais de les montrer dans les circonstances importantes de son règne. 11 en avait tendu tous les murs de l'Hôtel il Artois, quand Louis XI Ql son entrée à Paris, en 1461. La tenture des douze Travaux d'Hercule, ornait