ATELIERS DE BRUGES. LA TENTURE DE SAINT ANATOILE DE SALINS
Des métiers existèrent encore à Enghien îles Flandres, dont MM. Pincharl el Wauters el surtout M. Destrée ont parlé: h. Lille, don! M. Houdoy s'esl occupé, à Douai, à Yprcs, à Mous el à Courtrai.
Ceux de Bruges semblent avoir eu un peu plus de notoriété. Ils sont mentionnés entre autres dans un compte de 1302. En 1 i 3 ( > , le roi d'Ecosse fait une commande à un atelier de Bruges. Bien après, en 1440, le dinde Bourgogne achetait des tapisseries à un fabricant de Bruges, Richard llouis ou Danis. En 1172, le seigneur de Gruthuyse donnait à Notre-Dame de Bruges de belles tapisseries représentant la vie et le martyre de saint Boniface, el elles y existaient encore au siècle dernier; on peut supposer qu'il les avait fait faire à Bruges. ■ — En 1478. l'archiduc Maximilien et .Marie de Bourgogne faisaient un gros achat de tentures à Philippe Sellier tle Bruges. C'était l'époque où Bruges avait atteint sou plus haut degré de splendeur, où les cortèges, les réceptions grandioses, les processions éblouissantes se succédaient sans cesse; dans la moindre de ces fêtes les tapisseries jouaient un très grand rôle. C'est seulement au commencement du xvie siècle que la corporation des tapissiers hauts lissiers fut organisée dans la ville; ses statuts datent de 1506. Les comptes nous ont transmis quantité de travaux de tapisseries qui v furent exécutés au coins du xvi8 siècle. Le peintre Lancelot Blondeel, entre autres, recevait de nombreuses commandes. Bruges avait une marque, une broche de tisserand avec la lettre 15 en gothique, couronnée. Trois pièces de l'histoire de Scipion à M. Galantin portaient celle marque. Bien déchue au commencement du règne de Charles-Quint, Bruges restait encore un centre de commerce considérable, et sa renommée était vivace encore, et voici qui le prouve bien.
La plus ancienne des églises collégiales de Salins (Jura) possédait axant la Révolution une suite de quatorze tentures, du commencement du xvi° siècle, représentant la vie et les miracles de saint Anatoile, son patron, ainsi que l'indique un inventaire du mobilier de l'église de ltiïli; chaque tenture portait une légende de son sujet et un numéro d'ordre. La quatorzième portail ceci : « Ces quatorze pièces de lapis furent à Burges (?] faits et construits à l'hostel de Jehan Sauvage en incarnation à nostre usage l'an 1501 — et furent pour saint Anatoile, évêque de Constanlinohle, lils du roi d'Ecosse ». De cet te précieuse suite, deux tapisseries ont été sauvées; la huitième et la douzième eonsen ées au musée de Salins. trouvées en IX'.'A> dans le clocher, les autres furent détruites en 1793. — Elles oui élé plusieurs l'ois étudiées, par Castel, Wauters, Boyer de Sainte-
218 LA TAPISSERIE DU BARON DAVILLIER, DATÉE 148."i, AU LOUVRE
Suzanne, mais avec bien des inexactitudes; Pincharl el surtout Bernard Prosl mit remis les choses au point. On avait prétendu qu'elles avaient été données à l'église Saint-Anatoile par Philippe le Beau. Le vrai est qu'elles furent exécutées par ordre et aux Irais des chanoines, qui, par délibération capitulaire du 22 décembre 1501, donnèrent mission à ileux île leurs collègues « d'aler en Flandres marchander la tapisserie qu'ils entendent faire à faire pour la dicte église ». Que furent ces négociations? toujours esl il qu'un tapissier bruxellois vint à Salins, pour se charger de la commande, et passa le ï février 1502 un marché pour la fabrication d'une première tenture, d'après « un pourtrait modèle fourni par les chanoines » archives du Jura). Ce marché ne semble pas avoir été suivi d'exécution, car les deux premiers mandataires repartaient en Flandre, pour y faire contrat avec une atelier de Bruges, celui de Catherine Hasselot, femme de Welde. La fabrication des quatorze pièces subit des vicissitudes, arrêt de fabrication, gène du fabricant, saisie, nouveau voyage des chanoines, enfin le tout était livré en 1506. L'arrêt de compte permet de reconstituer le prix de revient total, y compris les voyages, qui s'éleva à 1829 livres, soit plus de 36.000 lianes.
Le musée du Louvre possède une tapisserie fameuse que lui a léguée le baron Davillier, et que M. Pinchart a cru pouvoir attribuer aux ateliers de Bruges. Mlle représente un rétable divisé en trois compartiments avec colonnettes el pilastres, arcatures, pinacle, galeries, en style ogival d'une étonnante élégance. Au centre, la Vierge avec l'Enfant Jésus sur ses genoux : deux anges soûl iennent une couronne au-dessus de sa tête el en bas deux autres anges jouent des instruments de musique. A gauche, Moïse iail jaillir l'eau du rocher, el des femmes et enfants viennent s'y désaltérer. A droite, la piscine probatique, qui guérit les malades. Des deux côtés, dans la parlie supérieure, les bustes de quatre prophètes
Au-dessous, dans la honlure. deux lignes île textes latins tirés de la
Bible. La première se termine par les mots ACTV A" 1485. Le style des ligures, d un arl achevé, ne pennel pas de douter que l'auteur du carton n ail été un des grands maîtres flamands de l'époque. L'attribution qu'en Iail Pincharl aux ateliers de Bruges se défend par certaines analogies que les figures présentenl avec l'arl d'un Memling, la date de 118.") offrant d'ailleurs avec la vie de Memling une heureuse concordance, alors que nous ne saurions prononcer le nom de Thierry Bouts mort eu 1475, ni celui d Hugo \ an der Goes morl en I i82.
Peut-être pourrait-on encore attribuer aux ateliers brugeois deux