LES TISSUS A SUJETS DE QUADRIGES
L'un des plus importants est au musée du Pare du Cinquantenaire à Bruxelles ; c'est une Longue bande de soie pourpre décorée de trois roues tangentes renfermanl chacune un quadrige. L'Empereur couronné, un fouet dans chaque main, se tient debout sur un chai' auquel sonl attelés quatre chevaux qui se cabrent dans des directions divergentes. De cha-
Tissu de suie byzantin (Musée de South-Kensington; Musée de Cluny; Musée des tissus de Lvon).
que côté de l'Empereur vole un petit génie qui présente une couronne. Le sujet est très analogue dans un splendide tissu du musée de Clunj . provenant du Louvre, el qui appartinl jadis au Trésor d'Aix la-Ghapelle, avant que M. de Vielcastel l'en rapportât. Etoile à fond pourpre, couleur que Théodose, en 424, interdisait de porter de Façon absolue, que Justiiiien permit seulement aux femmes. La disposition en roues avait l'ail donner à ces étoffes le i loi 1 1 île « rotata », alors qu'on nommail <■ scutulata » 1 étoffe ornée de carrés. Le conducteur tienl les rênes îles chevaux prêts
] .1 > SL'jr.TS \)E COMBATS DE CIRQUES
à s'élancer dans le cirque, pendant que deux serviteurs présentent le fouet fl la couronne, el que deux personnages précèdent le quadrige, en portant îles cornes d'abondance, d'où ils déversent des monnaies sur un autel, sujet qu'on retrouve sur quelques diptyques d'ivoire consulaires. Il est curieux de voir comment l'artiste byzantin a osé aborder el présenter le sujel de face. Calner ri Martin IV Venturi I .
II. Les représentations de combats de cirque. — Au musée de Cluny est un petit morceau pourpre où un guerrier couvert d'une cuirasse foule
,aux pieds un lion, le tout entouré d une bordure blancbe à fleurs.
Sur une étoile de l'ancienne collection du chanoine Bock, partagée entre les musées de Kensington, île la Chambre de commerce de Lyon et de Cluuv. l'on voit îles personnages lui tant avec des lions dont ils forcent la gueule. Ils sont vêtus de tuniques courtes, les jambes nues el chaussées de sandales.
Ils portent des éebarpes vertes.
Les chairs sont jaune chamois, les lions d'un ton orangé.
Cela rappelle les scènes qu'on voil dans les catacombes des premiers chrétiens. (Cahier II. Lessing Vil).
Même sujet sur un beau l issu pourpre du Trésor de Coire dont l'analogue est au musée de Nuremberg, où il se présente par zones alternant avec des bandes de rinceaux fleuris sur tond blanc. On a discuté s'il fallait voir dans ce sujet une scène de cirque ou une représentation de la légende de Samson. E. Molinier. Trésor de Coire, pi. XXII).
Un sujet d'origine antique semble bien être celui qu'on rencontre sur un tissu du Trésor de Saint-Servais de Maestriclit, qu'on voil au musée de Crefeld, avec les Dioscures cl un holocauste de taureaux.
III. Sujets i lue II eus — Le plus beau lissu de soie de ce genre, et d'un
style vraiment admirable, est l'étoile de pourpre à grands médaillons
Tissu de soie byzantin provenait de saint Servais de Maëstrich (Musée des Arts Industriels de Crefeld).
LES SUJETS r.HUKï'IENS
renfermant une Annonciation, qui se trouve auTrésor du Sancta Sanctol'iiin du Latran à Home. Lu Vierge esl assise sur un siège élevé, un tabouret devant ses pieds, entre deux paniers d'osier tressé d'où elle tire et où elle rejette la laine qu'elle file; et devant elle s'avance un ange en tunique talàire, les cheveux couronnés de la bandelette. Les personnages ont des yeux dilatés et la bouche à peine indiquée. Aussi bien pour le
le il I
Tissu de soie byzantin à sujet chrétien (Trésor du Sancta Sanctoruui ii Saint- Jean-de-Latran, Rome).
style que pour les détails des costumes ou des meubles, ce lis.-u rsl capital. — Un autre tissu du même trésor représente la Nativité Lauer, pi. XV.)
Ce sont là les représentations donl .M. Beissel avait relevé les mentions dans le Liber Pontiflcalis (Zeitschrifl fur cbristliche Kunst, 1894, (i annonciations, 19 nativités sur les étoffes .
Il semble que nous rencontrons encore un sujel chrétien dans deux tissus donl l'un appartient au Trésor de la cathédrale de Sens, el l'autre fut jadis à l'abbaye de Sainte-Walburge d'Eichstœdl [Bavière . Dans .1rs
Ji TISSUS A SUJETS CHRETIENS
médaillons elliptiques, un personnage à longue chevelure, vêtu d'une tunique courte, à plastron quadrillé comme un gilet de breton, repousse îles deux mains deux lions qui se dressent contre lui. tandis que deux autres lui mordent 1rs pieds. Dessin en bleu, en blanc et jaune sur fond chamois. Le tissu de Sens, dit suaire de saint Victor, martyr de la légion thébaine, passe pour avoir été apporté d'Agauhe à Sens, avec le corps du martyr. Villicaire, archevêque de Sens, en aurait fait don à la cathédrale de Sens en 750. Dans le tissu de Sainte-Walburge d'Eichstœdt, que Gabier et .Martin ont attribué, je ne sais pourquoi, au xiC siècle, alors que tous ses caractères le rapportent expressément aux premiers siècles de l'ère chrétienne, vi" ou vu' siècle au plus tard, le personnage apparaît nimbé, et les mouvements des lions, qui effleurent à peine ses bras étendus en croix, semblent bien indiquer un saint martyr exposé dans l'amphithéâtre. 11 est possible que ce soit là une représentation de Daniel dans la fosse aux lions, symbole familier de la primitive église, quand dans la profondeur des catacombes elle s'appuyait sur le Dieu « qui muselé la gueule des lions ». (Linas. Son rapport 11. — Montaiglon. Trésor de Sens. — Chartraire, Inventaire de Sens .
IV. Tissus à inscriptions, et tissus pseudo-sassanides. — Nous connaissons quelques tissus qui, par les inscriptions qu'ils portent, nous permettent de les authentiquer et de les dater, éléments de certitude inestimable.
Au Trésor d'Aix-la-Chapelle, un tissu magnifique décoré d'éléphants (comme ceux dont parle Anaslase;. porte une double inscription grecque, aux noms de Michel, prirnicier de la Chambre Impériale, sorte de grandmaître du Palais, et île Pierre, gouverneur de Nègrepont (un Michel fut chef des chambellans de Nicéphore Phocas au \' siècle). L'étoffe fut trouvée enveloppant les ossements de Charlemagne dans sa châsse (Cahier II et Lessing V).
C'est dans des cercles très analogues que se trouvent enfermés de grands coqs Iris stylisés, sur une belle soie du Trésor de Latran (Lauer, pi XVII),
Dans l'église de Siegburg se trouve un grand tissu de soie pourpre violacé, décoré de lions passant et portant une inscription grecque : « E-t. Ptojjiavoù y.y.i xpwroawpôû tcov slXoxsittcov Sssttotwv ». Celle étoffe aux noms des deux empereurs romains Lecapène et Christophe, son lils (-919-944), lut trouvée dans la châsse de saint Annoll, archevêque de Cologne, à