LA MANUFACTURE ROYALE HES MEUBLES DE LA COURONNE
nant son assentiment à cette création, n'avait pas d'autre but que d'augmenter par le luxe des ameublements et la richesse dos décorations intérieures le faste traditionnel de la Royauté, en y fabriquant depuis les boulons ciselés et dorés des portes et fenêtres, et les sièges en bois dorés, jusqu'aux tapisseries et groupes de bronze.
Pour Colbert, l'entreprise était autrement grande et devait être plus profitable au pays. Il s'efforçait de créer une industrie artistique, nationale, supérieure à relie des pays voisins. En liant tous ces efforts, en réunissant toutes ces bonnes volontés sous une direction commune, il allait pouvoir obtenir d'artistes travaillant sous le même toit, clans les œuvres les plus différentes, cette unité de vue et de conception, cette concordance d'esprit el de formes, cette subordination qui sont les éléments essentiels de toute décoration parfaite. Seulement, pour imprimer aux travaux de ce grand atelier l'unité nécessaire, il fallait mettre la main sur un directeur qui seconderait ces grands desseins. Colbert eut la main heureuse. 11 choisit Cli. Le Brun, qui, déjà, au château de Vaux, avait donné <\rs preuves de son goùl et de son autorité. Il fallait en effet quelqu'un qui sût imprimer à tout ce qui allait sortir de ce laboratoire artistique le cachet île grandeur et de majesté que Louis XIV recherchait pardessus tout, et en même temps quelqu'un qui, par sa supériorité artistique indiscutée, la précision de ses vues et la justesse de ses idées, sût en imposer à tout ce monde d'artistes susceptibles et jaloux groupés sous ses ordres.
La lâche qu'assumait Cb. Le Brun était énorme. Non seulement on le vit travailler ,i\rr une surprenante ardeur à la décoration et à l'embellissement des palais royaux, peindre la grande galerie de Versailles. déployer ses dons de décorateur dans la composition et l'exécution des Batailles cl 'Alexandre, mais il devint aussi l'inspirateur de tous les artistes qui I entouraient. Sun activité était sans exemple, et son autorité put maintenir celle cohésion, cette unité qu'on peut constater pendant trente ans dans les œuvres d'artistes si divers, donl les tempéraments s'étaient fondus si bien que la pari de chacun est impossible à discerner. Son influence dominatrice, unique dans l'histoire de l'art, lui a permis de créer un style '.
Les lettres patentes de llili" avaient récrié définitivement l'organisation intérieure de la manufacture, placée sous la surveillance immédiate île
' On trouvera dans li livre île M. Henry Havard Les Manufactures Nationales te détail de toutes ces collaboj ation -
Portière des Renommées, d'apn Charles Le Brun
L ORGANISATION DES ATEUERS DES GORELINS
Colbert. Des privilèges el des exemptions identiques aux avantages concédés par Henri IV aux premiers flamands venus à Paris, étaient accordés aux ouvriers des meubles de la Couronne. Ils recevaient un logement dans les dépendances de l'hôtel, avec un petil jardin, el cela a toujours été, el est encore de nos jours une réelle cause d'attachement des ouvriers à la manufacture, en dépit de la modicité de leurs traitements. Ils ont toujours vécu là dans une sorte de communauté et de solidarité, où l'intérêt commun porté à la prospérité de la maison formait le lien de toutes ces lionnes volontés. Protégés contre l'importation de produits similaires, ils étaient assurés de ne pas manquer do travail ni de salaire. Soixante apprentis devaient être formés dans chaque atelier, el y demeurer en cotte qualité pendant six ans, puis pendant quatre ans comme compagnons. Après quoi, sur un simple certificat du surintendant, ils recevaient le titre de maître. Ils étaient alors libérés de toute taille ou imposition, et avaient « la sauvegarde », c'est-à-dire qu'aucun agent de police ne pouvait, sans ordre spécial, franchir le seuil de leur maison. Enlin, pour la distribution des salaires, le mode de paiement adopté par Henri IV continua d'être en usage. Les chois d'atelier étaient à leur compte : sous la dénomination d' « étoffe ». la Couronne leur fournissait les matières premières, soies, laines, lils d'or et d'argent, dont elle retenait le montant sur le prix des tapisseries qui lui étaient livrées, d'après un tarif établi à l'avance. Mais les maîtres tapissiers n'étaient pas fournisseurs exclusifs de la Couronne, el avaient toute liberté d'accepter les commandes qui leur étaient faites soit par des marchands, soit par de riches particuliers. Les prix de la façon étaient réglés entre les chefs d'ateliers et leurs ouvriers, d'après un tarif assez compliqué qui variait selon la difficulté du travail. II y avait un atelier spécial de teinture, et aussi un atelier de rontraiture.
Les quatre ateliers dos Goholins contenaient à peu près 230 ouvriers, non compris les apprentis. Beaucoup de ces noms d'ouvriers nous ont été conservés. Bien que leur œuvre technique les fasse passer au second plan, il serait injuste que soiontvoués à l'oubli les noms des excellents collaborateurs d'oeuvres admirables : Henri Laurent, Jean Vavoque, Jean Souet, Claude Simonnet.
Cli. Le Brun était chargé de fournir les dessins des tapisseries, comme tous les projets d'embellissemenl dos châteaux royaux. C'est à lui, ii son influence et à son goût que nous devons les belles tentures exécutées pendant la première partie du règne de Louis XIV. Pour une œuvre pareille il lui fallul de nombreux collaborateurs, au premier rang desquels