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CHAPITRE XV LA MANUFACTURE DE BEAUVAIS

La première direction d'Hynart; celle de Béhagle. — Le rôle qu'y joua Boucher

comme décorateur.

La fondation de la manufacture royale de Beauvais avait suivi de très près celle des Gobelins. Au commencement de 1664, un marchand tapissier, Louis llvnart, qui possédait à Paris rue des Bons-Enfants, et en Flandre, de nombreux ateliers, destinés à alimenter ses magasins de la rue de Richelieu, adressait à la municipalité de Beauvais, dont il était originaire, une proposition tendant à l'installation d'une manufacture de tapisseries de haute lisse. La chose n'était pas pour déplaire à Colbert, car elle répondait à son système économique d'établir sur tous les points de la France des industries nouvelles. Aussi en août 1664, faisait-il signer à Louis XIV un édit pour l'établissement des manufactures nivales de la

' Un livre excellent, paru Irop tard i»>in- que nous l'utilisions, vient de paraître, consacré par M. Badin, son administrateur, à l'histoire de la Manufacture de Beauvais. Documents d'archives ■ '! planches seronl consultés avec fruit.

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tapisserie « de haute el basse lisses en la ville de Beauvais et autres lieux de Picardie ». Le Roi payait les deux tiers de l'achal du terrain et du prix îles constructions nécessaires à la manufacture, jusqu'à concurrence de 30.000 livres. Une somme égale était avancée à l'entrepreneur pour acquisition île laines, suies, étoffes el tentures nécessaires, mais remboursable dans un délai île six années.

En échange île t'es avantages Hynarl promettait de son côté d'employer la première année 100 ouvriers, 21)0 ouvriers la seconde, et ainsi de suite, de manière à arriver en six ans au chiffre de 600.

En possession de ledit roval, Hvnart se mit à l'œuvre pour organiser son établissement dit « la manufacture royale de tapisserie ». Mais les travaux ne marchèrent pas rapidement. Il ne possédait ni l'activité, ni les ressources nécessaires pour mener une aussi lourde entreprise'. Au lieu de s'employer tout entier à la prospérité de la nouvelle manufacture, il continuait à s'occuper d'un atelier de 12 métiers, qu'il possédait à Paris, rue des Bons-Enfants. Colbert avait beau le presser. Les avances qui étaient faites à Hynart déliassaient toujours les fournitures qu il pouvait livrer.

Les tentures en possession desquelles le Uoi put entrer, figurent dans les comptes pour 73.000 livres. Elles étaient au nombre de 28, et représentaient des verdures peuplées d'animaux et de petites ligures.

Ce genre demeura l'apanage à peu près exclusif de la manufacture de Beauvais Un article des dépenses de 1669 nous apprend qu'elle comptait alors 11)2 apprentis; nous sommes loin des y ou 600 qui lui étaient imposés.

Après une expérience de \ingï années qui lurent actives, car plusieurs centaines de tapisseries sortirent de l'atelier provincial, dont la suite des Jeux d'enfants d'après les modèles de Corneille, par suite de la négligence d'Hvnarl el de son fils, la manufacture périclitai!, el il fallait aviser.

En l(i8i le Roi y appelait Philippe Béhagle, issu d'une bonne famille de tapissiers d'Audenarde, fixé lui-même à Paris, depuis quelque temps déjà. L'activité du nouveau directeur ne tarda pas à relever l'établissement : il lit reprendre et poursuivre les travaux de construction, que le Roi vint visiter en personne en 1686. En 1694, lors de la fermeture des Gobelins, sa situation était assez florissante pour lui permettre de recueillir et d employer une partie des ouvriers renvoyés des Gobelins, par suite de la pénurie du Trésor

LA DIKKi'.TION DE BKIIAGLK

Il semble bien que Béarnais, sous Béhagle, ait cherché à se hausser aux grandes décorations à personnages dans l'esprit de Le Brun suite des Conquêtes de Louis le Grand), et M. J.-J. Marquet de Vasselot a pu attribuer à cette manufacture, d'accord en cela avec Darcel, Champeaux fi Fenaille, deux belles pièces de la collection Martin Le Roy [Mars et Apollon), d'une série des douze dieux dont une suite de huit pièces appartint jadis à la famille de Yallière, au château d'Alaincouft (Oise). Ces

Bacchus et Ariane, d'après Boucher,

tentures, qui sont du style de Béràin, dérivent certainement d'une estampe signée de lui que M. Marquel a citée, et dénotent une lois de plus l'influence que ce grand décorateur continua à exercer à Beauvais (tenture des Triomphes marins, dont la belle suite de quatre pièces au baron de Hirscb, tissée pour le comte de Toulouse et à ses armes, portait la signature de Béhagle).

A l'initiative de Béhagle, la manufacture dut la création d'une école de dessin, dont un artiste nommé Lepage eut la direction jusqu'à sa mort.

Quoique la supériorité des Gobelins ne soit pas discutée, il convient de remarquer que la production de Beauvais avait alors atteint une perfection relative.

En 1698, la manufacture travaillait, pour le compte du roi de Suéde, à

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