LE COMMERCE DES SOIES ÉTRANGÈRES EN FLANDRE
dans des tableaux de Mabuse ou de Gérard David ne paraissent pas autres que des (issus de la fabrique de Tournai. Dans la démonstration fort longue de M. Kalf, il a pris comme un des exemples les plus éclatants la variété de tissus qu'on voit ilans le triptyque de l'agneau mystique îles livres Van Eyck à Garni.
Si l'on contrôle ensuite les inventaires et les comptes, il se trouve que les descriptions qu'ils renferment de tissus, confirment tout à fait les conclusions qu'on peut tirer de l'étude directe du sujet. Les actes émanèrent constamment des étoffes d'origine arabe, italienne, sicilienne, et jamais ne laissent entrevoir l'existence d'une industrie flamande, que ce soient les Inventaires de Philippe le Hardi (1404), de Marguerite de Flandre (1405). de Y -D.de Courtrai (1407) et la série des comptes de la Maison de Bourgogne, depuis 1412 jusqu'en 1455. Et si l'on étudie les étoiles elles-mêmes que le temps a épargnées, la chape de saint Liévin à Saint-Bavon de Gand, les nombreuses chapes ou chasubles des cathédrales de Bruges, de Tournai ou de Liège, on ne peut reconnaître à aucune une origine flamande.
Les tissus de luxe dont on faisait si large usage dans les Pays-Bas, du \in" au xvi" siècle, provenaient d'Orient et d'Italie, et étaient l'objet d'un commerce d'importation très étendu. Leur origine est attestée par les noms sous lesquels ils sont désignés à l'époque : « draps de soie de Venise, tiretaine de Florence, drap rayé vermeil de Lucques, drap d'or de Lucques, drap d'or de Chypre, drap sarrasinois, baldekin d Alexandrie, drap de Damas ».
D'autre part, le commerce des étoiles précieuses était alors presque exclusivement aux mains des marchands italiens, lombards, génois, lucquois, florentins, vénitiens. Deux grands peintres flamands ont immortalisé les traits de deux de ces marchands d'étoffes : Van Eyck a peint Arnollini, e! Hugo \ au der ('mes a peint Portinari. Les rares marchands flamands dont on rencontre les noms vendaient toujours en même temps d'autres marchandises. De ce que ce commerce des étoiles était alors aux mains des étrangers, on peut déduire qu'avant le xvie siècle, il n'y avait pas de tissage d'étoffes de luxe dans les Pays-Bas, autrement on aurait pris des mesures de précautions pour en réserver le profit aux nationaux. En 1497, Philippe de Bourgogne rend un édit somptuaire défendant de porter la soie et le velours, ceci dans l'intérêt de l'industrie drapière; s'il y avait eu une industrie nationale de la soie, on ne l'aurait pas ainsi sacrifiée.