LES PREMIÈRES IMPORTATIONS DE SOIES CHINOISES
s'affrontent, avec un fleuron étoile à l'articulation de l'épaule; sur une aiguière d'argent du temple d'Horiuji au Japon, un cheval ailé galope: et ces représentations, avec les détails particuliers qu'elles nous offrent, se retrouvent semblables, ou légèrement transformées, dans des tissus nombreux du même art. ou des arts postérieurs qui s'en sont emparés.
Nous savons que la Chine, productrice de la soie, était longtemps demeurée fermée et mystérieuse pour l'Occident, grâce à sa constitution, mais aussi grâce aux Partbes. qui en fermaient soigneusement les accès pour se réserver le bénéfice des transactions commerciales. El cependant le tissu de soie, nécessairement chinois, était déjà connu sous Alexandre, puisqu'on sait que son général Nearchos s'en vêtait. 11 n'est pas douteux que plus tard, les Turcs qui occupaient les Marchés du centre asiatique et qui furent (ainsi que l'a si bien montré M. Cabun) les intermédiaires entre la Perse et le Céleste Empire, avaient l'ait des villes sassanides, Samarkande et Bokkara, les grands marchés de la soie où les caravanes venaient s'approvisionner, pour satisfaire aux demandes des empires grec ou romain. Sous l'empereur Wu-ti, le général Cban Pieu, en 114 avant l'ère, avait ouvert la route fortifiée des caravanes parle désert de Gobi, le Tarim et le Pamir, dont M. Bonin a retrouvé la direction, et il est bien curieux de constater, par la présence d'une aiguière sassanide et d'un tissu chinois avec deux cavaliers de style sassanide chassant le lion (au temple d'Horiuji. près Nara, au Japon, Lessing IV , apportés en 022 par ambassade coréenne, l'influence réciproque de l'Orient sur l'Extrême-Orient. Premières étapes dans ces transports de la matière non ouvrée, ilesl vraisemblable qu'avec le goût du luxe qu'eurent les cours des souverains sassanides, leurs cités possédaient des métiers où la soie précieuse était tissée selon les pratiques empruntées à la Chine. La Perse dut connaître cette industrie deux siècles au moins avant Byzance.
Aucun texte précis ne nous renseigne sûrement sur tous ces points, et nous n'avons que ceux qui nous disent l'engouement de Rome lunules broderies de Ctésiphon, dont 1rs représentations semblent avoir été empruntées plutôt à la mythologie grecque, et devaient plaire plutôt au goût hellénique.
Dans la quantité d'étoffes de tout genre que les temps anciens nous ont léguées, et. dont le travail de classement, très difficile, ne date que de quelques années, nous rencontrons un certain nombre; de morceaux dont le. caractère décoratif s'accorde bien avec celui des monuments sassanides
lu LES FORMULES DECORATIVES SASSANIDES
dont nous notions plus haut l'esprit. Nous y retrouverons ce goût pour les figurai ions animées, pour les scènes mouvementées que nous avions remarquées sur les monuments de la sculpture et de l'orfèvrerie. Les scènes de chasses y sonl fréquentes, où apparaissent ces cavaliers lancés au galop, tirant de l'arc contre îles fauves ou des antilopes, dans ce mouvement qui deviendra traditionnel, qui les fait se retourner sur leurs selles et tirer derrière eux. Il est important de noter que le fait de diriger le cheval et de tirer en même temps l'arc des deux mains est typique des Mèdes, des Parthes et même des Turcs. Et voyez comme les formules décoratives v'en se modifiant selon les mœurs et le génie des peuples) ont une étrange puissance de durée, puisque ce même thème, sommeillant au fond de la mémoire des hommes, reparaît, bien des siècles plus tard, quand il s'agira de décorer, à 3Iossoulou en Perse, des cuivres incrustés d'argent, à ïspahan ou à Ghiraz, plus tard encore, des velours ou des pages de manuscrits. .Mais chez le Sassanide le motif conserve une grandeur el uni' noblesse dont il s'est un peu dépouillé plus tard, le mouvement a é'té observé, rendu dans la vérité, mais la scène conserve toujours quelque chose d'héroïque, de hiératique aussi. Le cavalier, roi ou prince le plus souvent, dans ce fait de tirer de l'arc, semble encore exécuter un rite, tandis que ces représentations seront autrement vives et familières à l'époque musulmane.
Un détail important à noter dans les tissus sassanides est la disposition des roues ou cercles enfermant le décor, que nous retrouverons plus fréquente encore dans les tissus byzantins. C'était ce que les anciens auteurs appelaient « circumrotata ». Slrygowski a fait ingénieusement remarquer que l'origine en était peut-être dans les mosaïques de pavement de type syrien dans lesquelles Home n'avait l'ail qu'imiter l'Orient.
Un autre fait remarquable est l'épanouissement d'une formule décorative que le Sassanide n'a pas inventée, mais dont il a fait quelque chose de définitif, et où il a mis le plus de grandeur simple, je veux dire L'affrontement ou l'adossement, répétition identique et symétrique d'un même mol if.
Deux motifs lurent entre autres appelés à jouer dans l'art sassanide un rôle capital, et nous en retrouverons la trace dans tous les arts qui l'on! suivi : ce sonl, V Autel du feuou Pyrée, et V Arbre de VieouHom. On sait que les disciples de Zoroastre adoraient le feu, et en Perse des tours élevées tenaient lieu de temples; à leur sommet brûlait le feu sacré