CHAPITRE II LA BRODERIE EN OCCIDENT
Les ateliers monastiques. — Les divers vêtements sacerdotaux. — L'étroit rapport décoratif entre les broderies et les miniatures ou la sculpture. — L'inspiration de la llore de nos pays au xnr siècle. — Les tendances réalistes. — L'art laïque au xvii'-' siècle.
En Occident, il semble bien que nous voyons l'art de la broderie pratiqué, de façon volontaire et continue, dès les premiers temps du haut moyen âge, et il paraît probable qu'il s'organisa dans les grands monastères. Comme l'a dit Mignet, dans ses Eludes Historiques : « les monastères étaient des ateliers où s'exerçaienl les métiers, et où se pratiquait ce qui restait des arts du Vieux .Monde ». Dans les grandes Abbayes se perpétuait l'art d'écrire les manuscrits et d'y insérer ces belles enluminures dont les couleurs et l'or allaient offrir aux brodeurs des modèles séduisants. A Saiut-Gall, par exemple, un îles plus considérables, d'importants ateliers de tisseurs et île brodeurs d'étoffes précieuses travaillaient pour l'ornement de l'Eglise et 1rs besoins du culte, ce qui n'empêchait pas les bourgeoises et même les femmes de qualité de travailler de leur côté à parer les autels, et. à enrichir les sacristies. Les textes relatent que sainte Wiborade, à Saint-Gall, faisait de sa main de belles chemises brodées pour envelopper les livres saints du monastère. Richlin, sœur d'un abbé, avait, brodé un voile, et la fille d'Henri, due de Souabe, offrait souvent à L'abbaye des chasubles et des ornements brodés. — La femme d'Hugues Capet offrit à l'église Saint-Martin de Tours une chasuble d'une décoration très riche, et à Saint-Denis une autre chasuble et, le célèbre ornement connu sous le nom d'( h'his terrarum. Les évèques et les abbés encourageaienl la fabrication des tissus ornementés, qui rehaussaient l'éclal des cérémonies religieuses. Grégoire de Tours en mentio très fréquemment. Les vêtements des évêques étaienl de plus en plus ornés, pour
110 LES VETEMENTS GULTUELS
attirer le respect, et donner de l'importance aux cérémonies qu'ils présidaient.
L'emploi des divers ornements avail été fixé par les Conciles. La chape étail le vêtemenl extérieur pour les processions ; munie d'abord d'une sorte de capuchon, elle s'est appelée le pluvial, parce qu'elle était destinée à garantir de la pluie. Le prêtre portait la chasuble pour célébrer le Saint sacrifice, pendant que le diacre était revêtu de la dalmatique. La tête de l'évêque était couverte de la mitre, dont la bande horizontale, ou circulas, forme une sorte de courpnne où 1 on enchâssait souvent des pierres précieuses dans la broderie. Au milieu s'élevait une autre bande qu'on appelle le titulus. En signe d'investiture, à sa consécration, l'évêque recevait des gants, que la broderie marquait d'emblèmes religieux en couleurs ou en or. La chaussure même est le plus souvent brodée, ainsi qu'on le voit dans bien des spécimens conservés dans les Trésors de cathédrales.
On peut dire qu'en général les broderies précieuses du xi" et du mi siècle étaient en or et en perles. La soie n'y jouait qu'un rôle secondaire dans les fonds. Pendant la première moitié du xn" siècle, l'ornementation est conventionnelle; pendant la seconde, elle se rapproche de l'imitation île la nature, et cette tendance ira en se développant de plus en plus. Le dessin se perfectionne : les rinceaux assouplis et les feuillages acquièrent une fermeté et une grâce toutes particulières. Les Heurs ne se montrent pas encore, elles qui vont s'épanouir librement au siècle suivant ; on leur préfère des rinceaux ou îles ornements faciles à saisir de loin, et à une échelle aussi grande que possible. Les animaux, imités des tissus orientaux, sont aussi de grande taille, comme on les rencontre sur les manteaux impériaux de \ ienne et de Metz. Ailleurs ce sont des lions ou des dragons au milieu d'un cercle formé d'un double filet, rangés symétriquement; on voit aus>i des animaux axant deux ou trois corps pour une seule tête, comme nous en axons vu dans les tissus de soie décorée. On peut remarquer que l'artiste avant à représenter un personnage, ne vise guère à l'imitation de la nature; ce sont toujours les mêmes types byzantins à l'air grave et solennel. Si la figure est isolée, on la place ordinairement sous une arcature : le nom est brodé sur le cintre qui lui sert d'encadrement, ou autour de la tête, comme on peut le voir dans les broderies du Trésor d'Halberstadt. S il s'agit de compositions à plusieurs figures, le brodeur les dispose dans des compartiments cari'és ou ronds, autour desquels M trace des inscriptions explicatives.