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LES CARACTÈRES DECORATIFS DES PREMIÈRES BRODERIES UV MOYEN AGE

Nous savons quel usage on faisait de grandes pièces de tentures brodées, dans les l'êtes, pour décorer, par exemple, les rues de Gènes en 1227, en 1244, en 12*34 (lors de l'entrée d'Innocent IV) ; on parle souvent de soies brodées dans les inventaires de Boniface VIII (1295).

Lès spécimens authentiques de broderies appartenant au xin" siècle, sont assez rares aujourd'hui. Mais on peut dire que la peinture à l'aiguille suivit pas à pas celle des manuscrits et les formes de l'architecture, de plus en plus envahissantes dans toutes les brandies du mobilier. L'ornementation végétale se développe; les bourgeons que nous avons vus à peine formés; aux tiges des rinceaux de la mitre de saint Thomas, à Sens. deviennent des Heurs à trois pétales. Comme dans la sculpture des chapiteaux, les graines viennent enrichir la feuille du cresson, la grappe de raisin se modèle et fait tache brillante, à côté de la feuille si joliment découpée, mais [date de la vigne; les fleurs apparaissent, lis ou roses, à cinq ou six pétales.

Plus on avance dans le xiii' siècle, plus la flore s'inspire de la nature. L'artiste se détourne des types conventionnels venus jadis de l'Orient et arrivant jusqu'à lui desséchés par tant d'interprétations successives. Il regarde autour de lui, interroge les Meurs de son jardin, ou les arbres de la forêt voisine. La vigne, le chêne, l'érable, le lierre, et bien d'autres se retrouvent à chaque instant dans l'ornementation ; si le règne végétal ne lui fournit pas le thème exclusif de son ornementation, il lui donne le cadre de ses personnages ou de ses compositions, comme ces arbres de Jessé, motifs de tant de vitraux, dont les rameaux enveloppent la composition à personnages. Après \2'M). les manteaux étaienl décorés de cercles renfermant des scènes bibliques ou des Légendes des saints, puis ensuite de quadrilobes tangents ou entrelacés avec sujets analogues, pour aboutir au xiv" siècle par la disposition des sujets en trois rangées concentriques de fenêtres d'ogives. Le brodeur demande souvent aussi à l'architecture les tracés géométriques les plus variés et adaptés à toutes les formes. On rencontre, dans certaines broderies, des édicules à plusieurs étages, comme on en voit dans l'Album de Villard de Honnecourt, ou bien des arcatures polvlobées, couronnées d'ogives et de pignons hérissés de crochets. L'artiste se rappelait aussi d'autres lois les merveilleuses roses étincelantes de vitraux des façades d'églises du xiii1' siècle, comme dans la chape magnifique du musée civique de Bologne; ailleurs il empruntait ses motifs à l'art de la Ferronnerie, comme dans la dalmatique d'Ilalberstailt, ou la splendide chasuble de la cathédrale de Reims,

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