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LES BRODERIES ANGLAISES DE THOMAS BECKET

C'esl peul être aller trop loin : car si l'on prend I Inventaire du Trésor du Saint-Siège, publié par Emile Molinier, sur 21 pièces dites « de opéré anglicano », il y en a trois seulement ornées de perles. D'autres, de provenances différentes, sonl désignées comme en ayant. On peul dire que l'usage des perles dans le travail de broderie était alors général.

Le D' Rock, dans sou Catalogue du Kensington Muséum, prend pour type la chape de Syon, H en étudiant la technique, la donne comme constituanl l'opus anglicanum. Avec une critique un peu plus étendue, il aurail retrouvé ces mêmes points fendu et de chaînette pour les personnages, et le couché rentré pour 1rs fonds, dans 1rs broderies de France et d'Italie.

Je crois que les meilleurs éléments de critique sonl encore l'étude du style de l'ornement et des figures, les détails de l'architecture, et quelquefois les sujets particuliers à des saints plus spécialement honorés dans le pays. Pour le style des ligures eL de l'ornementation, il y a un élément de comparaison très sûr, ce sont les miniatures des manuscrits anglo-saxons dont le nombre est relativement grand, el qui ont si fort inspiré les brodeurs. Il y aurait là, je pense, les éléments d'une (''Inde très neuve et très intéressante à faire sur les rapports très étroits des deux arts, étude pour laquelle il faudrait tout d'aboi d posséder admirablement la question des miniatures des manuscrits anglo-saxons.

Les plus anciens monuments île broderie d' <> opus anglicum » sont sans doute deux orfrois de chasubles conservées à Ratisbonne, l'un au nom de saint Wolfgang, évoque mort en 994, l'autre donnée par l'empereur saint Henri a saint Emmeran, de Ratisbonne (973-1024), dont les bandes de pourpre sont ornées de rinceaux de perles : il semble bien qu'à celte date du xe siècle on ne faisait pas de broderie en Allemagne (Cahier I. pi \Y-\YI .

Parmi les plus importants de ces travaux sonl assurément les ornements liturgiques de Thomas Becket, conservés au Trésor de la cathédrale de Sens Archevêque de Cantorbery et ministre du roi Henri 11, Thomas Beckel avail dû s'exiler, sur les menaces de son souverain, et il vint en 1163 demander asile à l'abbaye de Saint- Berlin, d'où il se rend il à Sens II v résida de lllitià 1170, el ne retourna en Angleterre que pour \ subir le martyre C'esl ensuite que les maisons religieuses qui l'avaient accueilli vénérèrenl connue reliques les objets donl il s'était servi. Les ornements pontificaux conservés à la cathédrale de Sens comprennenl : un amicl el une aube, une ceinture, un manipule, une étole, une cha-

I i I. OPUS ANGLICOM DU XIIIe SIÈCLE

subie el une mitre. Les morceaux subsistants de l'amict montrenl qu'il étail ilf toile de lin : el la broderie figure sepl cercles enlacés sur fond de taffetas cramoisi : deux galons d'or, brodés de léopards affrontés, sonl posés aux extrémités. L'aube i-s t une ample robe de Qne toile de lin. élargie par le lias au mo> en de pièces en éventail : 1rs manches sont garnies d'une bande de drap d'or décoré de léopards, comme l'amict. La manipule el l'étole sonl aussi de toile de lin couverte d'une broderie où des cercles d'or entrecoupés forment des losanges, avec au milieu une croix fleuronnée el de gros boutons d'argent. La mitre, 1res basse, esl en suie blanche brochée avec de grands entrelacs brodés en or; l' entre-deux esl semé de puis et de croissants brodés en or; les fanons ont de même des entrelacs brodés d'or.-- Celle mitre très souvent étudiée, dessinée par Viollet-le-Duc, publiée par Linas et par Farcy [pi. XI qui la rapprocha des souliers de soie rouge de saint Edine à Pontigny (pi. XIV), a toujours élé attribuée à saint Thomas de Cantorbéry ; niais rien ne justifie relie attribution aux yeux de l'abbé Chartraire qui la discute. — Ch. de Linas, dans un long développement, attribue ces vêtements sacerdotaux à l'art anglais; saint Thomas fugitif ne dul pas. dans sa précipitation, emporter les ornements de sa chapelle, mais un fidèle serviteur put les lui apporter plus lard, et permettre ainsi à l'illustre exilé d'offrir ces pontilicalia soit à l'abbaye de Sainte-Colombre, soit à Guillaume de Champagne. Dans les étoffes données par lui aux autres monastères du continent où il séjourna, nulle trace de broderie; aussi bien sur la chasuble de Gourtrai que sur celle de Tournai. 11 est invraisemblable qu'alors que les artistes anglais jouissaient d'une renommée universelle, il ait songé à taire travailler des Français, l'n autre argument serait que la forme de la chasuble de Sens Unissant en pointe esl d'un type bien anglo-saxon, les chasubles de Tournai et (le Cologne Unissant arrondies.

Pour en terminer avec les ornements attribuables à Thomas Becket, citons encore la mitre brodée de la cathédrale de Namur, qui appartint à l'évêque Jacques de Vitry, couverte de broderies d'or et d'argent, figurant d'un côté le martyre de saint Laurent, et de l'autre celui de saint Thomas de Cantorbéry. -- Une mitre presque semblable est conservée au musée bavarois de Munich.

A la lin du xinc siècle et au commencement du xn siècle, la broderie anglaise avail une renommée exceptionnelle. Elle était faite sur un fond de lin très fort, entièrement couvert d'or cousu en zigzags (''pais ou en

Arbre de Jessè, brode] ie anglaise uv° siècle (Musée des Tissus de la Chambre de Comraer, Lyon)

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