I 16 1. OPUS ANGLICUM EN ITALIE
[osantes avec faibles reliefs. De rares exceptions montrent le fond couvert en soirs de couleurs.
Doux des plus remarquables monuments de broderie d' « opus anulicum ». du xme siècle que nous connaissions sont les chapes de Darocca et du monastère de Syon.
L'admirable chape de Darocca est conservée au musée archéologique de Madrid : elle est brodée à l'aiguille au lil d'or, et au point fendu. Tout le fond est décoré de courbes ondulées figurant des nuages conventionnels. L'annonciation, le crucifiement, l'adoration du Christ occupent le centre : sur les côtés la création, Adam et Eve, des séraphins et des anges : 1rs ortïois portent des mis et îles évoques sous des arcatures (Farcy XXI .
La célèbre chape du monastère de Syon, que possède le Kensington Muséum, est entièrement brodée à l'aiguille : sur un fond vert se détachent des médaillons polylobés en suie rouge, avec figures en or, en argent, et en soie, au point fendu, avec représentation de la crucifixion, de la mort el du couronnement de la Vierge, avec anges et ligures d'apôtres.
De ce beau xin siècle en Angleterre sont encore une chape conservée à l'église d'Anagni (Italie . en broderie au point fendu en soie sur fond d'or, décorée de médaillons ronds, avec scènes de la vie de la Vierge el de la vie du Christ, d'un admirable style, (.elle pièce se trouve décrite à I Inventaire du pape Boniface Ylll en 1293 (Farcy III). — Vn autre pluvial splendide est celui que Nicolas IN' donna à l'église d'Ascoli en 1288, qui \ fut volé, et qui, restitué à l'Italie, est actuellement à la Galerie nationale de Rome. Comme aussi le pluvial du Musée civique de Bologne, un des plus beaux de tous.
Il n'est pas très étonnant qu'on rencontre de nombreuses pièces d'opus anglicum en Italie : les papes en furent de grands admirateurs. el après en avoir reçu des princes et des fidèles un grand nombre, ils les distribuèrent partout où ils passaient. Des le milieu du xne siècle, un abbé de Saint-Alban en oHrait plusieurs pièces au pape. Le roi Edouard I en offrait d'autres, en 1291, à Boniface VIII; Edouard II au début du xiv° siècle, en offrait encore. Le Trésor du Saint-Siège s'enrichissait constamment, el les papes on faisaient ensuite île généreuses distributions1. On s explique ainsi qu'il s'en trouve encore tant aujourd'hui au Trésor de la cathédrale d'Anagni. Une exposition de broderies anglaises laites
1 II faul consulter à ce sujel : \lunlzel Frothingham; Il tesoro délia basilica di San Pielro. li.mi.i 1883 — el Frutini ;Sloiia delta basilica di San Francesco in Assisi. PratolSSà.
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au Burlington club de Londres en 1905, a permis de bien étudier cet art, Ffoulkes. L'Arte, 1905), et d'y voir peut-être trois périodes de 1270 à I 330 environ.
L'Angleterre possède encore une splendide pièce bien authentique du xive siècle, fort intéressante, et qui prouve bien qu'à celle époque l'arl de la Broderie n "y avait point dégénéré. C'est un drap mortuaire qui appartient à la riche corporation des marchands de poissons de Londres (Fishmonger's Company . el qui a servi aux obsèques de Sir William Walworth. sous le roi Richard II. en 1381. Comme il est fait pour recouvrir un cercueil, il a une surlace plane faite d'un riche brocart d'or; sur les petits côtés est. saint Pierre en costume de pape, assis, tenant les clefs du Paradis, entre deux anges agenouillés; sur les grands côtés, au centre, le Christ remet les clefs à saint Pierre; adroite et à gauche un chevalier el une sirène portent les armoiries de la corporation des Fishmonger's. Toutes les ligures sont brodées en soie et en or ; cette pièce est d'un dessin magistral, et d'une exécution de broderie merveilleuse.
Lue très splendide broderie du xiv° siècle anglais était cette grande bande représentant l'arbre de Jessé qui Ggurait à la vente Spitzer — dont on pourrait rapprocher cette autre représentation d'Arbre de Jes>é décorant les restes d'une chape conservée au Corpus Chrisli House à Londres, les branches de l'arbre formant compartiments avec des représentations de David, de Salomon. de la Vierge, et d'autres branches renfermant les images des Rois et des Prophètes.
.Mais on ni' saurait, pour tout le XIVe siècle première moitié , citer de plus extraordinaires broderies d'opus anglicum que les deux chapes de Saint-Bertrand de Comminges, la chape île la cathédrale de Pienza, celle de Saint-Jean-de-Latran, et le saint Jacques et le Saint Jean-Baptiste du musée du Pan- du Cinquantenaire île Bruxelles. A Saint-Bertrand-de- Comminges, la chape de la Passion est une pure merveille : sur un champ brodé en or de Chypre, oii figurent dragons, cerfs et aigles, est jeté' un réseau de feuilles de palmiers bleues et roses, à tiges vertes, dont les points de rencontre sont marqués par les hèles. Une foule d'oiseaux occupe les ovales, des cercles encadrent les prophètes, et dans des hexagones se déroule le drame de la Rédemption. Tout cela est brodé au crochet avec une grande fermeté, avec une patience et une habileté insurpassahles. Charles de Linas eu a analysé tous les sujets avec un rare sens archéologique t'arrv XXXI . - La chape de la Sainte Vierge est brodée en or
Croix de chasuble, broderie — Opus anglieûm fin du \iv siècle (Collection <U: M. Martin Le Roy).