LISBONNE
29 juillet. — Je suis débarqué hier soir à dix heures.
Voici une lettre que je viens de recevoir de Munich au sujet de la soi-disant Madone de Raphaël qui se trouve à l'Académie de Lisbonne.
" Ayant demandé à voir dans la collection de gravures de » la Pinacothèque les cahiers de Holbein, dans le but de dé- « couvrir quelques indices relativement aux tableaux prove- - nant de S. Bento, qui se trouvent à l'Académie de Lis- « bonne, j'y trouvai une gravure de Madone ressemblant « exactement à celle qui passe à l'Académie de Lisbonne pour « être de Raphaël : avec la seule différence qu'au lieu d'un «< voile, celle de la Pinacothèque porte une toile sur la tête, et « au lieu des lettres qu'on voit sur le tableau de Lisbonne on « voit ici deux rideaux. Du reste , autant que je puis me le M rappeler, les deux Madones sont identiquement les mêmes. •« Je me suis procuré une lithographie de cette Madone, faite " par Schreiner, il y a à peu près vingt ans, d'après la gra- M vure.
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" J'ai appris aussi que le tableau original se trouvait , à « l'époque où la gravure a été faite, dans la galerie du comte « Czernin et je tâcherai d'apprendre si ce tableau se trouve « encore dans la même collection, non que je pense que le " tableau de Lisbonne soit une œuvre de Holbein ou qu'il " soit le même qui a appartenu au comte Czernin , car la « gravure est de la fin du dernier siècle et le tableau de l' Aca- « demie de Lisbonne se trouvait en Portugal longtemps avant, « mais uniquement pour voir si cette recherche peut mener « à quelque nouvel éclaircissement relativement à cet objet.
•' Ce qui me paraît certain, c'est que Holbein donnait à ses
Madones la même attitude que celle des deux Madones en « question, car j'en ai rencontré une autre parmi les œuvres < de ce maître qui , sous ce rapport , ressemble beaucoup à
celles-là. Je tâcherai de la copier et je vous apporterai cette
copie. "
M. Alexandre Lesser, peintre de Varsovie et élève de Schnor, m'a fait à Munich , le 24 juin, la communication suivante :
« Vitt Stoss est né à Cr.icovie, en 1447, où se trouve de « lui , à l'Eglise de Notre-Dame , un fort joli autel de bois , " ainsi que le monument en porphyre du roi Casimir Jagellon. « A Nuremberg , suivant un auteur contemporain , il a exé- «' cuté plusieurs ouvrages dont un pour le roi de Portugal. « C'était un groupe en bois , représentant Adam et Eve de " grandeur naturelle. Ce groupe était peint de manière à faire »> paraître ces figures vivantes. Vitt Stoss mourut aveugle en « 1533 ou 1542. »
Je dois dire à regret que le climat de Munich ne convenait pas à M. Fonseca, et que cet artiste va revenir à Lisbonne. Cependant il n'a pas perdu son temps , car il a appris à connaître et à apprécier la bonne peinture, et les idées saines trouveront en lui un appui .
Avant de fermei- cette lettre , je veux vous communiquer encore quelques notices sur les objets d'art qui existent en Portugal . Si elles ne présentent pas un très grand intérêt, elles ont au moins le mérite de compléter ce que j'ai dit sur cette matière dans mes lettres des l""" juin et 10 janvier 1845.
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Inglezinhos.
Cette église ne possède que des tableaux fort médiocres.
Ermida DOS Freis de Deos.
La Fie de la Vierge, attribuée par Taborda à Bento Coelho da Silveira, forme une suite de tableaux qui relèvent peu la réputation artistique de leur auteur.
S. José.
Histoire de saint Joseph , dans un nombre assez considérable de tableaux, de peu de mérite et très noirs.
Freiras do Carmo.
Histoire de la Vierge de divers auteurs. L Annonciation rappelle le style maniéré de Baroche. Celui de ces tableaux qui m'a paru le mieux est la Nativité. Excepté le tableau du maître-autel, qui est le plus frais et le plus faible de tous, toute cette suite de tableaux me paraît appartenir à la fin du XVII* siècle.
Paroisse de Sainte-Marie-Madeleine.
Cette église renferme des ouvrages de Pedro Alexandrino. J'ai tant vu de tableaux de ce peintre, et il m'a toujours si peu satisfait, que j'ai cédé à ma paresse, et je ne suis pas entré dans cette église.
Saint-Michel d'Alfama.
Les ornemens de sculpture en bois, de la capella môr, sont d'une grande beauté. La sculpture en bois(talha)a été poussée à une grande perfection en Espagne et en Portugal ; mais dans aucune église de Lisbonne je n'en ai vu de plus riches que ceux-ci. Ils manquent de grâce et de légèreté, cependant
ils ont un caractëre particulier qui leur prête de l'intérêt. Je désire beaucoup vous en donner une idée et en reproduire le dessin par la lithographie ou la gravure sur bois. C'est surtout l'époque de Jean IV et de Jean V qui fournit les plus beaux spécimens de ce genre.
Paroisse de Saint-Étienne d'Alfama.
Des deux côtés du maître-autel on voit deux grands tableaux dont je serais fort embarrassé de déterminer l'époque. Ils sont d'un mérite secondaire. L'un des deux paraît restauré et vient de recevoir un vernis. Je n'ai pas pu bien distinguer l'autre. Ce qu'il y a de plus intéressant dans cette église ce sont quatre autels en marbre d'un style architectonique assez curieux. Il y en a deux qui paraissent de cent ans plus anciens que les deux autres.
Saint-Jean da Praça.
On m'a assuré qu'il n'y a rien à voir dans cette église.
Saint-Louis.
Église des Français, fondée en 1622. Elle renferme des panneaux qui offrent peu d'intérêt.
Saint- Antoine da Se.
Dans cette église on voit quatre grands tableaux de Pedro Alexandrino, qui ne sont pas supérieurs à la plupart de se» productions. Je suis très fatigué de voir des Pedro Alexandrino. On m'a assuré qu'il a fait plus de mille tableaux. C'est lui que le sort, dans son indifférence pour les arts du Portugal, a chargé de réparer les dégâts produits par le tremblement de terre de 1755.
ITINÉRAIRE. &ai3
POST'SCRIPTUM
l'aiis, !.■ 1845.
Je suis venu ici pour livrer cette première partie de mon travail à l'impression. Un savant qui a publié sur le Portugal d'importans ouvrages, qui continue à s'occuper de l'histoire de ce pays et à fouiller dans les archives où il a fait déjà d'intéressantes découvertes, M. Ferdinand Denis, possède quelques objets d'art se rapportant au Portugal ; ils sont d'une importance majeure. J'en citerai quelques-uns.
Le portrait de t infant dom Heîirique, fils de Jean P', copié fidèlement et avec talent d'après l'original qui se trouve dans le manuscrit de la chronique de Guinée, par Gomez Eannez de Azurara , appartenant à la Bibliothèque royale de Paris. La reproduction d'une gravure ancienne très intéressante qui représente Vasco Fernandez de Lucena offrant le Quinte- Curce au duc de Bourgogne (vers 1470) . Cette gravure se voit dans l'ouvrage de M. Ferd. Denis, intitulé le Portugal.
Quatre petites aquarelles peintes et dessinées grossièrement, mais représentant d'une manière naïve les vice-rois des Indes, François de Almeida, Jean de Castro, Vasco de Gama et Albuquerque. Ces figures sont également reproduites dans le Portugal, et elles sont copiées de l'ouvrage de Barreto de Rezende, sur les vice-rois des Indes.
Le Cancioneiro de Garcia de Rezende, 1 vol. in-folio, 1516, qui se trouve en la possession de M. Ternaux-Compans, renferme en tête les armes du Portugal , d'un dessin curieux. A la tête de l'ouvrage intitulé Miscellanea , 1629 , in-4'', se trouve le portrait de Miguel Leitâo de Andrada, à l'âge de 74 ans.
Ce dernier ouvrage renferme également des représentations très imparfaites de la bataille d'Alcaçar Kebir, et une autre où un seigneur dévoué , George de Albuquerque , donne son
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cheval à Sébastien , au moment où le sort de la bataille se décide contre lui. Le calme qui règne dans cette dernière composition est bien surprenant et sans doute très loin de la vérité.
Poésies latines et épîtres de Cataldus Siculus, Lisbonne, 1500, que M. Ferd. Denis croit être le premier monument de la typographie portugaise à Lisbonne , et dont il possède un exemplaire.
Le portrait de Jean de Barros , du xvi* siècle , tiré des Noticias de Portugal, par Manoel Severim deFaria.
Une monnaie d'or de Sanche ^^
Mais ce que M. Ferdinand possède à mon sens de plus curieux, c'est une reproduction du sceau de dom Diniz , de la fin du xiii" siècle ou du commencement du xiv". Ce sceau se trouve attaché à une pièce renfermée dans les Archives du royaume de France. Dom Diniz était le fondateur de l'Université de Coïmbre , et beaucoup d'importantes constructions appartiennent à son règne , entre autres Freixo de espada Cinto.
Dans mon dictionnaire , qui formera la seconde partie de cet ouvrage , je donnerai le catalogue des nombreux travaux littéraires de M. Ferdinand Denis, et dans la troisième partie, dans le tableau général des arts en Portugal, je pourrai, je l'espère, introduire plusieurs des souvenirs que j'ai indiqués plus haut.