‹ Les arts en PortugalChapitre 127 sur 138 · CADIX · texte numérisé non relu

CADIX

Le 25 juillet, j'étais de retour ici à six heures du matin.

Je vais vous dire encore en confidence un petit mot sur les Murillo. A Séville, il n'y a pas une[seule collection où l'on ne m'en ait montré un certain nombre qui, si je me le rappelle bien, varie entre cinq et quinze. Il est rare qu'on attribue ici un tableau qui ressemble aux ouvrages de Murillo ou qui est censé y ressembler, à un autre peintre , élève ou imitateur de

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ce maître. Je dois dire cependant que même lorsqu'ici on baptise ainsi faussement les toiles peintes, on le fait encore avec discernement et de manière à prouver que l'on connaît Murillo; que l'on connaît l'histoire des peintres espagnols et qu'on sait parfaitement ce qui est de Murillo, ce qui est douteux et ce qui positivement n'est pas de lui. Ce qu'il y a à dire à ce sujet, c'est que tout le monde n'exprime pas toujours tout ce qu'il pense de ses propres tableaux. La crédulité de beaucoup de visiteurs de collections vient en aide à cette propension. Parce qu'on a réussi à vendre fort cher des tableaux faussement attribués à Murillo, les prix de ces faux Murillo ont haussé ridiculement. Je conçois qu'on achète fort cher un Murillo d'une valeur artistique minime, car les Murillo sont un objet de mode, et il est naturel que tant que la mode dure elle nous entraîne ; je conçois aussi qu'on paie un peu plus que sa valeur une bonne chose qui peut servir dans une galerie de spécimen du genre de Murillo, lors même qu'elle est apocriphe ; mais payer les tableaux appartenant à cette dernière catégorie dix, vingt ou trente fois ce qu'ils valent, c'est ce que je ne saurais trouver sage. Au reste, que sont partout la plupart des obscurs magasins de tableaux et les catalogues, voire les musées, sinon des documens de vanité, d'ignorance ou d'imposture?.,.

Chez M. de Gessler, consul de Russie, j'ai vu un bien bel Ecce homo : rien qu'un buste de grandeur naturelle, d'une conservation parfaite qu'il attribue au Spagnoletto et qui a bien l'air d'être de ce maître. Néanmoins il ressemble aussi beaucoup à ceux du Guide qui se rencontrent si souvent et partout. Il possède aussi un superbe portrait d'enfant, à cheval, qu'il m'a dit avoir été copié d'après Velasquez par Sancho Coelho , peintre portugais , que les Espagnols appellent Sanchez Coello, et qui comme artiste appartient bien plus à l'Espagne qu'à sa patrie.

M. de Gessler, qui me paraît être un amateur des arts fort éclairé et qui est très compétent pour bien les juger, m'a parlé avec éloge de M. Esquivel, jeune peintre de Séville établi à Madrid et dont il a vu d'excellens portraits».

Collection de tableaux de M. Manuel Sanz de Tajada.

Dominique Theotocopoli, surnommé le Grec, llflorissait à Tolède et était disciple de Titien . — Saint François a genoux tenant une tête de mort, et un autre moine. Il est signé. Les figures ont une belle expression , les draperies sont bien faites , mais les mains sont d'un dessin et d'un modèle très faible.

Mengs. — Son portrait; il est superbe.

Carlo Maratti. — Repos en Egypte. Ce tableau est attribué à ce maître ; mais c'est mieux que la plupart des ouvrages que je connais de lui.

Un Christ attribué à Juan de Juancs. 50 centimètres de haut, d'im grand fini et très beau.

Un magnifique portement de la Croix avec la marque d'Albert Durer. Si ce n'est pas de lui cela en est digne.

Morales. — Un Christ, demi-figure. Admirable.

Deux têtes attribuées à Velasquez , fort belles , paraissant être des études d'après nature.

Un Christ mort, attribué à Murillo; dans de très petites dimensions, fort beau et d'une conservation parfaite.

Saint Félix de Cantalicio, attribué à Murillo; grandeur naturelle, très beau et d'une bonne conservation.

M. de Tejada m'a dit qu'il possède douze Murillo, et il me les a montrés. Il ne vend pas ses tableaux.

Académie des Beaux- Arts.

Zurharan. — Huit moines; trois quarts de grandeur naturelle ; deux anges et d'autres tableaux tirés tous d'un couvent. Ce sont d'assez intéressans spécimens de ce maître.

Cet établissement m'a paru n'être pas encore mis en ordre.

Sglise des Capucins.

Murillo. — Sur le maître-autel, sainte Catherine à qui apparaissent la yierge et t enfant Jésiis entourés d anges. Cinq

autres compartimens représentant différens sujets sacrés. Le tableau supérieur a été commencé par Murillo qui, étant tombé de l'échafaudage, ne s'est plus remis de la maladie quiia suivi cet accident.

Sur un autel latéral se trouve un saint François , de Murillo, fort mal éclairé, qui cependant me paraît superbe. Sur un autre autel, une Conception du même auteur. Ce sujet et les Assomptions à force d'être souvent répétées ont fini par m'ennuyer.

M. Cazanova possède beaucoup de tableaux et j'en ai vu dans le nombre qui m'ont plu.

Je n'ai rien rencontré en Espagne qui ressemblât au style architectonique de dom Emmanuel .

27 juillet. — 11 est sept heures du matin. Je m'embarque à dix heures sur le Montrose et demain je serai à Lisbonne après cent jours de voyage, de fatigue et de peine.

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