SECONDE PARTIE
Page 38. On procéda à de minutieuses investigations pour connaître le sculpteur d'une œuvre venue du dehors, et on ne fut pas peu surpris de ce qu'un ouvrier rapporta à cet égard : Il dit que, deux ans auparavant , étant un jour occupé à tailler une pierre près de Sainte- Claire , à Lisbonne (1618), il vit arriver cà lui un individu pauvrement vêtu, portant l'habit de religieux, ayant l'air étranger, et qui ayant demandé de l'ouvrage se mit incontinent à l'œuvre et fit un crucifix. On reconnut dans ce travail non-seulement son habileté, mais encore deux qualités bien remarquables: il avait achevé en trois heures une œuvre dont la perfection et le fini semblaient exiger un mois de travail , et il l'avait exécutée avec des outils grossiers. En effet, ce qu'il fit semblait n'avoir pu être fait qu'avec les outils les plus fins et les plus déliés. La pierre, à peu près carrée , a la grandeur d'une brique. Le crucifix est représenté en demi- relief , et n'a pas plus d'une palme (1 ). Page 39. On a^lieu de se plaindre de la négligence dont nos com-
(1) Cette notice semble avoir pour but de constater un miracle, et, clans la sup|)ositiou de l'auteur, ce n'est pas un étranger, mais un envoyé du ciel qui a fait la besogne. , {Note de Patilcttr des lettres.)
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munautés se sont rendues si souvent coupables relativement à la conservation de nos anciens souvenirs , et il faut aussi déplorer le préjugé qui appelle ambition vulgaire le soin de les garder. Nous avons hérité de ce préjugé , et j'ai été souvent dans le cas de m'en affliger. Quant à moi, j'appelle cela non-seulement une négligence mais une faute, car il en résulte que beaucoup de choses qui pourraient servir à illustrer cette histoire et le pays sont ensevelies dans un oubli éternel.
Page 153. Un certain marchand partit pour l'Allemagne , justement à l'époque où les Pères commençaient à affluer dans le couvent de Beniflca. Le roi dom Joâol" fit faire, en 1404, en Allemagne, une image d'albâtre fin de notre saint patron pour en faire don au couvent. Le marchand s'acquitta avec zèle de cette commission , et s'embarqua avec l'image. Pendant la traversée il s'éleva une tempête , et le péril devint si grand , que les gens de l'équipage , se croyant perdus , s'occupaient bien plus du salut de leurs âmes que de la manœuvre. . . .
Page 153. Dans ce même monastère l'on voit une autre image qui ,. suivant la tradition (la certitude nous manque) , fut envoyée par notre grand archevêque de Florence, saint Antonino (1). Elle représente un moine qui , par ses gestes , le mouvement de ses bras et l'expression de ses yeux et de ses traits , paraît prêcher. La matière dont cette image est faite semble être une porcelaine vitrée de l'espèce qui se fabrique à Venise. La figure est toute vitrifiée et blanche , seulement le fond sur lequel elle se détache tire sur l'azur. Elle a la forme d'un camée. Cet ouvrage est tellement parfait en ce qui touche la sculpture , que nous n'avons pas pu le passer sous le silence. Il faut aussi payer un juste tribut d'éloge à la composition de la porcelaine et à la vitrification.
Page 164. Les autres chapelles ont de l'analogie entre elles , sous le rapport de la symétrie , et sous celui des ornemcns en bois dont elles sont décorées. Elles diffèrent seulement par les images qu'elles renferment: les unes étant en relief, les autres peintes; mais toutes sont venues de l'étranger, grâce aux soins du père supérieur, et elles ont été exécutées par les plus habiles artistes de l'Europe.
MÊME PAGE. Les meilleurs peintres de Lisbonne , ayant examiné ce tiibleau pour en faire un autre qui leur fut commandé , avouèrent, et il faut les croire puisqu'ils en conviennent, qu'ils n'osaient en copier {'i un autre pour le placer à côté de celui-là , désespérant de pouvoir l'exécuter avec la même perfection et les mêmes om6res{3).
(1) Suivant l'histoire il était Portugais.
(2) Cette manière de s'exprimer provient d'un manque absolu d'idées claires sur les arts. Sousa voulait dire par copier, faire un tal)leau pouvant servir de pendant; ou plutôt il ne savait ce qu'il disait, ce que font la plupart de ccii.x (jui parlent sur les arts sans les connaître.
(3) Autre confusion d'idées. {Notes de l'auteur des lettre i).
•MÊME PAGE. Dans la seconde chapelle , l'Évangélisle , vrai phénix d'amour, est appuyé sur un livre , qui lui tombe des mains, et dont les feuillets , en s'ouvrant , produisent une illusion tellement parfaite que lorsque ce tableau arriva de l'étranger, qu'on le déroula pour le voir et qu'on enleva les fouilles de papier qui devaient préserver la peinture de tout frottement , on porta la main sur une des feuilles peintes croyant qu'on l'avait mise là pour protéger la peinture. Après cela il n'y a |)as à s'étonner de cette autre histoire qui rapporte que les oiseaux venaient becqueter du raisin peint, ou bien de celle qui parle de l'illusion produite par une toile représentée en peinture.
Page 166. Ces images ainsi que deux autres que nous verrons sur le maître-autel, proviennent du royaume de Castille,etsont dues à un artiste fameux {officiai, ouvrier), que son mérite fit mander à cette cour. Il était Portugais, natif de Porto, et il mérite qu'on garde de lui uu souvenir élernel. Unique dans son art, il est la gloire du Portugal (1).
Même page. Plus haut s'élèvent huit grandes colonnes couronnées d'une belle corniche au-dessus de laquelle on voit , de chaque côté , une niche avec une image. Ce sont celles dont nous avions promis de parler et qui proviennent du même pays que les images sus-mentionnées (2).
Page 1 67. Ici s'élève un tableau plus long que large, du même pinceau que ceux dont nous avons parlé. Ce tableau représente, d'une manière très agréable , l'étable où naquit le Seigneur.
Page 168. Plusieurs personnes étaient d'avis qu'il ne fallait pas couvrir celte imago de plaques, afin de laisser voir toute la perfection et toute la délicatesse du travail ; mais d'autres pensaient que les lieux où le Seigneur était né ne pouvaient se conserver dans cet état de simplicité, et cette opinion prévalut. On appela les plus habiles ouvriers qui recouvrirent le tout d'or fin , en partie mat , eu partie poli.
MÊME PAGE. Sur l'autel (encore dans la même église de Bemfica) se trouve un tableau , représentant la mise au tombeau du Christ : œuvre du peintre le plus habile de ce royaume.
Page 176. Là on voit s'ouvrir deux niches (môme église). Celle qui donne sur le chœur renferme une image de notre patron , saint Dominique. Dans celle qui regarde la chapelle , se trouve une image do Notre-Dame, très estimée pour son antiquité et pour son travail. C'est une demi-figure d'albâtre qui embrasse du bras gauche l'enfant Jésus, debout sur un coussin , et tenant un livre dans la main droite : le tout d'une seule pierre. Les images sont inappréciables par leur antiquité. Chez les nations étrangères ces sortes d'objets sont conservés
(1) Il parait, d'après le sens du passage, que le peintre portugais en question vivait au temps de Jean I.
(2) Par coiisc(iucut d'Espagne. {Notes de l'auteur des lettres.)
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avec plus de soin et d'amour que dans la nôtre. D'après ce que nous savons et ce que révèque lui-même sait avec certitude sur cette image, elle a été cachée et renfermée dans un mur de la ville de Tunis , depuis l'époque où cette ville fut conquise par les Maures sur les chrétiens, jusqu'à celle où l'empereur Charles-Quint la reprit aux infidèles. La découverte de cette imago fut accompagnée d'une circonstance mystérieuse. Quand l'artillerie battait les murailles et les faisait tomber, l'image en question s'en détacha sans éprouver le moindre dommage. L'infant dom Louis prit part à cette affaire à la tète des troupes auxiliaires du Portugal, qui se trouvaient montées sur un seul galion, portant 366 pièces. Il contribua puissamment à la victoire ; et pour prix unique de ses services, il choisit cette image, qu'il donna à dom Joâode Castro, aïeul de l'évèque fondateur (1).