CHAPITRE XI
Page 168. De l'emplacement du motiastère et des maîtres qui présidèrent aux travaux (Sousa, Chap. xiii).
Nous ne croyons pas nécessaire de rien ajouter à ce que dit Frey Luiz de Sousa , touchant les raisons qui décidèrent le roi à édifier, en un tel lieu , un monument si merveilleux.
Il avait promis d'élever ce temple en l'honneur de la religion, de la valeur de la nation, de l'indépendance et de la gloire de la monarchie. Il choisit à cet effet un emplacement voisin du lieu où il reçut du ciel la victoire. On ne pouvait en trouver un qui remplit mieux cet objet, et nous devons compter , sans doute , au nombre de ses plus grands avantages , la proximité de la rivière Lena qui, coulant dans la plaine où est assis le monastère, et fertilisant ses riantes campagnes, offrait en même temps un commode et indispensable secours pour les travaux de bâtisse et pour l'usage et les besoins des religieux ainsi que des autres habitans de l'endroit.
Nous eussions désiré que l'élégant Chroniqueur nous eût donné de plus amples explications sur ce qu'il rapporte en si peu de ligues au commencement de son chapitre xiii. Il dit : « que le roi appela de pays « lointains les plus célèbres architectes que l'on connût ; qu'il réunit « de fous côtés des tailleurs de pierre habiles et instruits ; qu'il ac- « corda aux uns des honneurs, à d'autres de gros salaires, et qu'il en re- « tint plusieurs en Portugal, en leur accordant et honneurs et argent.»
En vérité cette œuvre grandiose méritait bien que le savant et habile écrivain examinât avec plus de soin, et nous rapportât en détail, quels furent ces architectes et ces maîtres appelés de pays lointains pour tracer et diriger l'ouvrage. Certes il aurait rencontré moins de difficulté à faire avec fruit cet examen, que nous, qui sommes séparés de cette époque par deux cents ans. Après tant de changcmens et d'altération dans les temps et les choses, il nous est entièrement
(1) Aujourd'hui cardinal-patriarche.
92 ClNQUIËiME LETTRE.— APPENDICE.
impossible d'entreprendre ce travail avec une égale chance de succès.
Ce silence ou cet oubli du Chroniqueur , la légèreté et l'incertitude avec lesquelles quelques autres écrivains ont parlé sur cet objet, joints à l'incroyable négligence de nos compatriotes pour ce qui regarde les choses de la patrie, voire les propres paroles de frey Luiz de Sousa qui semblent donner aux conjectures et aux suppositions un si vaste champ, ont été cause que la présomption et l'orgueil des étrangers se sont arrogé la gloire de la première invention et de la direction de cesu[)erbe édifice, sans qu'il se soit trouvé un champion portugais pour défendre le crédit de la nation ; tandis qu'il y en a beaucoup qui , par une trop grande affection pour les intérêts d'autrui ou par d'autres motifs encore plus répréhensibles , adhèrent facilement à des opinions hasardées, basées sur de légers fondemens et soutenues au détriment des Portugais.
Quant à nous, nous n'avons pas plus l'intention d'attribuer aux élrangers la gloire qui ne leur appartient pas, que de leur enlever celle à laquelle ils peuvent avoir droit. Nous reconnaissons et respectons le mérite en quelque personne qu'i 1 se trouve , et quand nous voyons que les étrangers surpassent nos compatriotes en quelque chose que ce soit, nous nous bornons à plaindre amèrement notre infériorité , sans cependant nierl'avantage des autres. Le premier sentiment naît du profond amour que nous avons pour notre patrie : le second serait l'effet d'une basse envie qui jamais n'est entrée dans notre cœur. Mais , retournons au point dont pour un moment nous nous sommes éloignés ; nous ne voyons , réellement , aucun motif plausible pour douter de la capacité des nôtres , ni le besoin d'aller mendier à l'étranger des gens capables de l'exécution d'un grand ouvrage quelconque d'architecture, dans un siècle où aucune nation d'Europe , excepté les Italiens , n'était plus avancée que nous dans cet art , non plus que dans les autres; et où aucune nation sans exception, ne nous surpassiiit dans les sciences qui fournissent aux arts les principes théoriques et les règles d'une bonne et satisfaisante exécution.
Cependant laissant de côté cette considération générale , qui toutefois ne doit pas sembler inutile , ainsi que d'autres que nous pourrions ajouter pour la confirmer; nous donnerons ici le catalogue des artistes de Batalha et d'autres qui méritent d'être nommés et que nous trouvons mentionnés dans les documens déposés aux archives de cet établissement; afin que l'on voie ce qui nous appartient en propre et ce qui est dû aux étrangers, et pour que l'on considère, en vue de ce résultat do nos recherches, combien il aurait été facile de trouver, dans des temps plus rapprochés de la fondation du couvent, des notices circonstanciées sur un objet qui n'est pas indifférent pour la gloire nationale (<).
(1) Ce catalogue accompagne la leUre 10* [roycz ArriiHUicE 3^).
Lisbonne , le <0 janvier 1844.
Messieurs,
C'est le catalogue en main que je vais vous rendre compte de la dernière exposition de Lisbonne et de la distribution des prix qui a eu lieu le 22 décembre 1843. Cette solennité se renouvelle tous les trois ans (1 ).
Salle des dessins.
Ce qui m'a frappé tout d'abord, ce sont les bustes du roi et de In reine , placés sur un piédestal élevé et orné de différens
(1) J'ai vu dans retlc exposition trois esquisses que je ne trouve pas dans le catalogue, et que j'aurais crues appartenir à la fin du dernier siècle. Elles sont d'un faire hardi, large, facile : on dirait l'ouvrage d'un Machiante, d'une couleur grise, mais harmonieuse. Ces esquisses représentent la transfiguration , la conception et la moit de sainte Thérèse. Je l'ai déjà dit, je ne les aurais pas crues d'niu! date très récente, mais elles portent le nom de M Joaquim Raphaël, peintre de l'Académie, et d'après ce qu'il m'a dit lui-même, il les a faites dans les années 1813 à 1818. Il a fait un grand nombre de tableaux pour différentes églises. Il ne manque pas de facilité et de talent pour la composition. On m'a dit (pi'il travaille tiès vite. [Noie de l'au'.eiirdes lettres,)
objets d'art, de gravures, de dessins, de sculptures, etc. Cet échafaudage emblématique m'a paru de très mauvais goût et les bustes eux-mêmes d'une exécution excessivement faible.
Je lis dans le catalogue que le professeur Caetano Ayres de Andrade, a exposé une composition dans de petites proportions, se rapportant aux événemens qui ont appelé au trône Jean IV, duc de Bragance (1640). Je conserve un souvenir peu favorable de cette composition.
(Ici suivent dans le catalogue, les dessins des élèves d'après des gravures et d'après la bosse. )
Salle de peinture historique.
Antonio Manoel da Fonseca, professeur de peinture historique : La mort d Albuquerque est une petite ébauche qui réunit plusieurs genres de mérite. Je trouve surtout que cette composition n'a pas l'air de réminiscences rapportées, impression que j'ai reçue de plusieurs ouvrages de M. Fonseca, mais qu'elle semble née d'une seule inspiration ou d'une seule influence. Les figures sont bien groupées, la couleur en est agréable. Cette dernière qualité se rencontre , plus ou moins, dans tous les ouvrages de M. Fonseca. Il faut dire aussi de cet artiste, que, même dans les ouvrages qu'on serait d'ailleurs peu tenté de louer, on découvre toujours du style, une certaine tendance élevée : on reconnaît le peintre d'histoire. M. Fonseca a fait à Rome beaucoup de grandes et de petites copies de Raphaël, l'outes dans leur ensemble rendent très bien l'effet général des originaux, et dans leurs différentes parties on rencontre des têtes, ou même des figures entières, qui sont on ne saurait plus fidèles et plus belles.
Enée sauvant Anchise^ ajant a ses côtés sonfils Ascagne et son épouse Creuse. Tel est le sujet du seul grand tableau qui, dans cette exposition, mérite le nom d'historique. Il y aurait beaucoup à dire sur cet ouvrage.
Ce qu'il y a de sûr, c'est que personne autre que M. Fonseca n'approche ici, môme de loin, du degré d'habileté qu'exige un tableau véritablement historique et exécuté dans de si
EXPOSITION DE 4843. 9îi
grandes dimensions. On reconnaît dans la composition et dans les poses, surtout dans celle d'Enée , l'influence de l'école de David qui a eu aussi ses apôtres à Rome. Il y a du style dans ce tableau; il y en a même beaucoup, et le coloris en est louable. Les figures sont de grandeur naturelle. Le tabeau a 12 palmes sur 8 (2 mètres 71, sur 1,81).
ILes portraits de M. Fonseca auxquels je trouve du mérite, sont ceux du pape régnant , d'un médecin et surtout le sien propre. Dans tous ces ouvrages on reconnaît une tendance historique qui se ressent de l'influence des grands modèles qu'il a cherché à étudier et à imiter; je découvre cette tendance jusque dans le portrait de la reine, qui , du reste, est si mal réussi que je voudrais le voir disparaître. Je ne puis rien dire de favorable au sujet du portrait de M. Costa Cabrai et de ses fils. Le portrait en petit d'un enfant du duc de Palmella, monté sur un cheval de bois , est d'un effet très satisfaisant , bien dessiné, et d"une couleur vive et agréable.
Maintenant voyons les peintres agrégés et les élèves.
Une copie de la Transfiguration de Raphaël^ d'après une copie de M. Fonseca par MM. Ratto et Franco, est d'un effet général satisfaisant.
Suivent quatre tableaux, représentant un même sujet , savoir: la Création de V homme, par quatre élèves de l'Académie, 6 palmes sur 6 (1 mètre 35, sur 1 mètre 13), plus quatre petites esquisses faites en trois heures par ces mêmes élèves, et représentant le Retour de t Enfant prodigue. Ce sont les essais de quatie jeunes gens sur l'avenir desquels on ne pourrait encore sans présomption ou sans flatterie, porter un jugement quelconque. Une chose que je ne puis m'expliquer, c'est que les quatre tableaux de la Création de V homme soient tout à fait pareils sous le rapport de la composition et de la couleur. On dirait que le Saint-Esprit est descendu sur ces élèves de l'Académie, et les a tous inspirés de la même manière. Les noms de ces élèves sont : Fonseca , fils du professeur et qui a remporté le premier prix; Marques, J.-P. de Sousa, F. -A. Metrass.
D'autres élèves, au nombre de quatre, ont fourni des essais
de peinture ù l'huile d'après la statue d'Antinoiig, et d'après une demi-figure de la Vierge, qu'on attribue ici à Raphaël, et qui a si peu l'air d'une œuvre de ce grand maître, que je crois le tableau allemand, sans cependant en être sûr. Tout ce que je sais c'est que ce tableau n'a pas de caractère déterminé, ce qui pourrait bien être l'effet de la restauration.
Le catalogue cite aussi plusieurs ouvrages de petite dimension de M. J.-G. da SilvaRatto, et G.-L.-M. Ratto.
Voilà toute l'exposition sous le rapport de la peinture historique.
Il faut ajouter que M. Roquemont, Suisse de naissance, a exposé plusieurs portraits remarquablement ressemblans, bien touchés, bien dessinés, et que, parmi les paysages de M. Dufourcq.la maison de campagne du marquis de P^ianna à Cintra, a satisfait mon goût. M. Roquemont est un peintre consciencieux, sans orgueilleuse prétention , intelligent, coloriste vrai. Il est doué à un très haut degré du sentiment des arts et il les juge à merveille (1) .
Il y a eu encore à cette exposition trois grands paysages, dont deux de M. F. Freitas, et un de M. Monteiro da Cruz, tous deux professeurs, un tableau de fleurs et un autre de gibier mort.
La salle d'architecture fournit des preuves satisfaisantes de l'existence de cet art en Portugal. Le professeur J. Pires da Fonte, le professeur J. da Costa Sequeira, M. M.-J. de Sousa et M. L. -J. dos Santos Pereira, ont fourni des plans qui prouvent une certaine habileté et des études sérieuses dans la partie à laquelle ils se sont voués. Leurs élèves méritent aussi une mention honorable.
Dans la salle de sculpture, en fait d'ouvrages originaux, je ne citerai que flirtâtes, jurant de se ^venger des Romains ^ bas-relief qui mérite des éloges. Il est l'ouvrage de M. F, Aranjo CerqUeira, professeur.
Je rends compte de mes impressions, chacun son goût.
(1) M. Roquemont vient de faire un portrait en pied de la comtesse PaffofcOf qui sous tous les rapports et dans toutes ses parties me paraît digiie de très grands éloges. Quant à la ressenil)!ancc elle est telle qu'on en est, j« dirais presque, ^balii, {^otc écrite le \k février W\h.]
Je dois faire observer, en passant, qu'à l'Académie de Lisbonne on n'enseigne pas la perspective.
Je ne découvre pas encore dans cette Académie d'élémens de progrès; mais je ne veux me presser de porter un jugement définitif sur rien de ce qui fait le sujet de mes investigations. Quand nous aurons fini de chercher nous verrons ce que nous aurons trouvé.
M. Menezès, élève de M. Fonseca, a exposé ses ouvrages dans sa demeure. Voici ce que je Hs sur ce sujet dans la gazette " la Révolution de septembre^ n. 838, 21 nov., page 2.
" Le 11 courant, S. M. le roi, accompagné de son aide de » camp, a honoré de sa présence la maison de l'artiste distin- « gué, M. Fonseca, professeur de peinture historique à l'Aca- «. demie des arts de Lisbonne. Sa Majesté après avoir témoigné » son admiration pour toutes les œuvres de cet illustre profes- " seur, a daigné manifester combien elle appréciait un tableau, " représentant la mort d'Abel qui lui a été présenté par » M. Fonseca, et qui est une composition de son unique élève, " M. Luiz Pereira de Menezès. Sa Majesté éprouva la satisfac- H tion la plus vive en voyant que l'instinct artistique et le talent " merveilleux de M. Menezès, aidés des conseils de M. Fon- " seca , avaient si bien réussi à représenter dans ce tableau toute " la sublimité d'une imagination féconde , jointe à la perfec- « tion et à la délicatesse de l'exécution. La pensée du tableau •• est encore bien plus grave et plus saisissante que la pensée " du Guerchin dans son sacrifice d'Isaac. La transparence du « coloris nous rappelle les teintes suaves de l'école Lombarde. « Les figures sont saillantes comme celles du Caravage, et " les muscles sont étudiés avec le plus grand soin. L'expres- " sion appartient à l'école de Raphaël ; le paysage est d'un » style aimable et riant, comme celui de ce peintre sublime; » dans l'ensenïble du tableau, il règne un charme qui s'empare " d ^ l'attention ; on aperçoit dans cette composition des " beautés qui sont propres au talent extraordinaire de l'ar- " tiste, et qui sont le fruit de son imagination, plutôt que u de l'étude.
« Si nous parlons si brièvement de ce tableau , c'est I. 7
« parce que nous sommes intimement persuades que le nom " de cet artiste appartient déjà, à des titres incontestables, à « l'histoire des beaux arts en Portugal, et qu'il ne se passera " pas beaucoup de temps avant que tous ceux qui auront vu « ses peintures dans la prochaine exposition, ne reconnaissent « l'exactitude de ce que nous disons. Les tableaux, sublimes " par leur composition et magnifiques d'exécution, de M. Fon- " seca, ceux de M. Menezès, au nombre de dix, et d'autres « chefs-d'œuvre [primores], dont nous n'avons pas encore « connaissance, doivent enrichir la prochaine exposition des »« beaux arts de Lisbonne. Nous profitons de cette occasion « pour prier l'Académie de ne pas hmiter l'exposition à trois " jours seulement. »
J'ai vu l'exposition de M. Menezès, mais je m'abstiens de juger ses ouvrages, car il est sur le point de partir pour l'Italie et pour l'Allemagne, et c'est de ce voyage que dépendra la direction et le développement de son talent. D'ailleurs l'appendice A renferme une énumération de ses tableaux et beaucoup d'éloges.
Cet appendice, qui se compose de passages extraits de deux gazettes le Diario et la Re^^ista unwersal Lisbonense^ rend aussi compte de l'exposition.
L'appendice B renferme la partie du discours du directeur de l'Académie, M. Loureiro, qui n'a pas trait à GranVasco. L'autre partie de ce discours trouvera naturellement sa place, là où je m'occuperai des traditions qui se rattachent à ce nom.
Je joins également ici , dans l'appendice C, le tableau des élèves de l'Académie.
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APPENDICE A