‹ Les arts en PortugalChapitre 30 sur 138 · EXTRAIT DU DIARIO. — N. 293. — 13 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

EXTRAIT DU DIARIO. — N. 293. — 13 DÉCEMBRE

(I.a truductioo de ccl article de journal et celle de l'article suivant sont de IVf . ^hcilfin.)

Nous avons lu , il y a quelqiies jours, dans une des meilleures publications périodiques de l'Espagne un excellenl article critique sur différens ouvrages de peinture et de sculpture , qui ont paru cette année à l'exposition de l'Académie des beaux arts de S. Fernando, à Madrid. L'auteur de l'article avoue qu'il a parcouru avec un profond dégoût les vastes salons de cette Académie, et qu'il n'a pas rencontré parmi l2s ouvrages qui s'y trouvaient un seul tableau original (i). Il n'a vu autre chose que des portraits et trois ou quatre compositions , dont aucune ne lui a paru exempte de défauts (2). L'auteur se plaint avec raison de la réserve déplacée de quelques artistes notables, qui , par crainte d'une critique incompétente et mesquine, ou pour ne pas exciter la susceptibilité de rivaux peu généreux, se sont refusés à enrichir l'exposition de leurs derniers ouvrages. L'illustre censeur élève sa voix contre cette conduite qui est aussi préjudiciable aux artistes qu'au public. 11 fait observer que ni les coups de dent furieux de l'envie, ni les perfides attaques de l'ignorance ne sauraient entamer le bouclier d'une réputation bien acquise. Mais la cause principale de la pauvreté de l'exposition , d'après le journaliste espagnol , gît dans les oscillations

(1) Il me seml)lt^ que les idées de l'auteur sur la signification du mot tableau or'igiiKil ne sont pas très claires. J'ai entendu souvent employer ici ce mot d'iuic manière impropre. Ainsi, quand vous dites d'un tableau cela n'est pas grand'ciiose, ou vous rcpoud; cela n'est donc pas original? Comme si un détestable ouvrage ne pouvait pas être original.

(2) Les portraits et les compositions sont nécessairement des originaux.

[Notes de fauteur des lettres.)

morales dont sa patrie a été victime. Cependant il n'a garde de préciser les faits et de démontrer ce qu'il avance. Jusqu'ici personne ne s'est encore avisé de soutenir que les arls peuvent prospérer, lorsque le gouvernement n'est pas stable , et lorsqu'ils ne ressentent pas l'influence bienfaisante de la paix et du repos.

Tandis que nos voisins se lamentent sur les effets de cet état de révolution permanente, qui les déchire ; tandis qu'ils se plaignent des agitations au milieu desquelles se forme la tourbe connue sous les dénominations de PatuleaelàeJamancia, qui ne produit que vol et effusion de sang, et qui n'a jamais donné le jour ni à des Murillos ni à des Velasquez : tandis que nous voyons cela chez nos voisins, nous suivons la direction opposée, et nous admirons les progrès de nos artistes {^).

La Revue Universelle s'est occupée dans un dernier numéro, des différens ouvrages qui sont destinés à être prochainement ex[)osés à l'Académie des beaux arts de Lisbonne. D'après cet article, ouvrage d'un talent qui donne les plus belles espérances, on voit que nos artistes cherchent à mériter de plus en plus la haute estime dont ils jouissent. Nous ne parlerons pas ici des ouvrages dont la Revue a fait l'examen d'une manière si approfondie, avec un goût si judicieux et avec une si grande supériorité de talent. Le peu de lignes que nous allons consacrer à notre sujet ne sont destinées qu'à remplir une lacune laissée par la Revue, et à payer le tribut de notre admiration à un artiste qui , comptant à peine trois ans d'étude , peut déjà être rangé parmi les peintres les plus distingués.

Nous regrettons que M. Louis Pereira de Menezès , mû par des raisons qu'il ne fait pas connaître, mais que nous croyons très importantes, ait changé la résolution qu'il avait d'abord prise d'exposer ses ouvrages à l'Académie des arts. Il est vrai que le public peut les voir chez lui ; néanmoins nous regrettons cette résolution ; car parmi les personnes qui iront voir l'exposition publique , il y en aura certainement qui, pour une cause ou pour une autre, seront privées du plaisir d'admirer les productions artistiques de M. Menezès.

Attirés par la réputation bien méritée de M. Menezès et connaissant déjà quelques-uns de ses ouvrages (qui ne figurent point dans la présente exposition), nous nous sommes rendus aujourd'hui à sa maison, et nous avons eu le bonheur de voir et d'admirer aussi bien le rare talent de l'artiste, que sa fertilité surprenante. Un des riches salons de M. Menezès, disposé habilement par la concentration do la lumière et

(1) Nous .sommes ici maintenant (14 février) témoins d'une pareille oscillation. Il faut toujours y regarder à deux fois avaut de dire qu'on est silr de conserver Vonlre. Au moins dans la in'niiisule, l'expérience semljle exclure une trop (grande confiance dans la stal)ilité des choses.

20 niais. L'oscillation dîne encore. [Note de l'auteur des lettres.)

par la couleur du fond sur lequel les tableaux soiU suspendus, a été destiné par lui à l'usage que nous venons d'indiquer. Là, nous avons vu vingt-sept ouvrages de son pinceau dont pas un ne peut être considéré comme de peu de mérite.

Parmi les tableaux originaux figure en première ligne Vafelier de Raphaël (\). Le grand artiste, inspiré de l'idée de son tableau de la transfiguration, trace les premières pensées de cette œuvre merveilleuse. Cette esquisse de M. Menezès, si admirable sous le rapport de la composition et de l'exécution, suffira pour lui assurer une place distinguée parmi les premiers peintres de l'Europe, s'il consent, comme il le promet, à l'exécuter dans d'autres dimensions, ou pour nous exprimer avec plus d'exactitude, si d'une simple ébauche, quelque parfaite qu'elle soit, il fait un tableau dans lequel les figures et les autres objets seront représentés de grandeur naturelle.

La mor<rf'^ 6e/ est un autre tableau original de M. Menezès, dans lequel il a été aussi on ne saurait plus heureux. Les deux figures de Caïnetd'Abel se disputent la prééminence dans les caractères opposés de leurs physionomies, toutes deux si bien exprimées. La transparence du coloris, l'étude des muscles, l'ensemble du tableau, aussi bien que les moindres détails : tout y est magnifique.

Il ne sera pas inutile de rappeler que le sujet biblique , choisi par M. Menezès a été dernièrement traité par M. Fulchiron un des bons peintres que possède maintenant la France. Ce tableau n'a pas obtenu le succès qu'on espérait.

La bataille de Scio, entre les Grecs et les Turcs est d'un bel effet de lumière et d'une touche spirituelle. Cette bataille, peut-être la plus acharnée qui se soit livrée de nos jours en faveur de la liberté et de la foi, ce sujet dans lequel la sublimité et la poésie se donnent la main , n'a jamais pu être mieux rendu sur la toile (2).

Ses mannes, genre dans lequel Gudin s'est tant distingué, prouvent que notre artiste possède, outre le talent de reproduire la nature, une connaissance parfaite de la manière dont ces sujets doivent être traités.

Les deux tableaux originaux qui représentent une soirée d'été et le repos des pêcheurs, sont surtout admirables par la transparence des eaux et par la vérité des attitudes.

Le chef suliole à cheval se distingue par la fermeté de la touche autant que par la force et la noblesse de l'expression.

(1) Je trouve celte esquisse la plus faible de toutes.

(2) Il me semble que celte composilion est une réminiscence tle (jnelque 11thograpliie ou de quelque gravure, je n'en suis pas sur, et je n'ai pas osé adresser à cet égard de questions à M, Menezès, mais telle a été mon impression.

llVotei de l'nulcur des IcKres.)

M. Menezès n'est pas moins heureux dans les produits de sa riche imagination qu'il ne l'est dans les portraits qui cnricliissent son exposition. Dans tous il y a transparence de coloris, correction de dessin , variété dans les poses , et par-dessus tout : vérité et ressemblance. Nous ne conseillerons pas à M. Menezès de trop se livrer à cette spécialité, aujourd'hui réservée en grande partie aux peintres médiocres, à ceux qui ne savent pas cnYisager la nature d'un point de vue élevé ; mais nous disons que , môme Rubens, Rembrandt, Van-Dyck, Raphaël et tant d'autres peintres, connus pour des productions gigantesques, ne dédaignaient pas de faire des portraits. Petitot et Lawrence ne sont pas encore effacés de notre mémoire , et c'est à leurs bons portraits qu'ils doivent leur renommée ; et maintenant, David , Gros (1 ) et Ingre passent bien souvent de la sphère la plus élevée de leur activité artistique à celle moins distinguée des portraits et ne se sont pas pour cela ravalés et déconsidérés. Le talent de M. Menezès paraîtra encore avec plus d'éclat quand nous rappellerons que dans une des dernières expositions de Paris, qui ne comptait pas moins de six cents portraits, à peine pouvait-on en trouver huit ou dix bien faits. Cette opinion n'est pas la nôtre : elle est celle d'un écrivain français, aussi impartial que compétent pour le jugement qu'il a porté (2).

La brièveté à laquelle nous sommes condamnés, nous empoche do rendre compte d'une manière détaillée des différentes copies faites par M. Menezès dans divers genres de peintures. Celles qui nous ont plus particulièrement frappé sont la Vierge avec le Sauveur, une tête de saint Jean-Baptiste et une autre d'un ange, toutes d'après Raphaël, etc.

Pour finir, nous ajouterons que les tableaux de M. Menezès ont un genre de mérite qui ne se rencontre pas souvent, même dans les ouvrages des meilleurs artistes, c'est-à-dire de produire le même effet favorable de loin que de près. Cependant plus nous nous en approchons et plus nous voyons avec quelle suavité et quelle délicatesse ils ont été peints.

En un mot, M. Menezès a reçu du ciel l'inspiration et lé talent. Sa position sociale, et la fortune dont il jouit, non-seulement le mettent à l'abri du sort qui poursuit beaucoup d'artistes malheureux et qui les assimile à des ouvriers, mais ils lui procurent les moyens de voir ce que l'art qu'il cultive a de plus grand. M. Menezès ne cessera jamais s'il le veut d'occuper une place distinguée dans les arts parmi les hommes qui les hohorent le plus. Celui qui, en trois îthnées, a dorlné des pfèuves irrécusables d'un rare talent joint ù un grand amour du travail (qualités qu'il est si rare de rencontrer réunies) fait concevoir l'espoir le mieux fondé

(1) Cci deux poiiitro;; sont morls, David en ISi'i ri Gros en 1835.

(2) Ce qu'il importerait de savoir, c'est comment celte même personne troux'crait les portraits exposés par M. Menezès. [A'otes de l'auteur des leltres.)

qu'il poursuivra avec une ardeur soutenue la carrière glorieuse dans laquelle il est déjà si avancé Nous faisons des vœux pour que cette espérance ne soit pas déçue, car de la réputation et de la gloire de M. Menozès, comme peintre, dépend la gloire de nos artistes; aussi tûchera-t-il de faire en sorte que les étrangers ne croient plus que nous suivons dans les arts une direction rétrograde.

Revista uniuersnl Lisbonense, n. 16 , page 19] , art. 2394.

Les beaux arts renaissent chez nous. Dans l'intervalle du règne de dom Manuel à ces dernières années, ils étiiient en décadence ou presque oubliés dans le crépuscule qui ensuite se transforma en une nuit obscure. Quelques rayons de lumière, quelque clarté vint momentanément scintiller au milieu de ces ténèbres, mais elle s'éteignit rapidement. De créations légitimes, il n'y en avait point, il était même impossible qu'il y en eût

Avec les causes les effets disparaissent. A la deuxième exposition triennale, l'Académie des beaux arts de Lisbonne prouvera aux nationaux et aux étrangers que, si parmi nous les beaux arts ne florissent pas comme dans d'autres pays plus favorisés du côté des richesses et dos formes sociales, ils y ont fleuri aussitôt qu'ils ont aperçu l'aurore de la liberté. Dès qu'un rayon bienfaisant du soleil de la patrie est venu les réchauffer, il a suffi pour faire éclore mille belles fleurs qui ne sont ni exotiques ni artificielles, mais qui sont bien les produits de notre sol

natal

Jusqu'à présent les couronnes et les palmes décernées au talent sont devenues des épines qui blessent, une raillerie qui tue, qui anéantit, une fatalité à laquelle il en est peu qui sachent résister. La plupart meurent au sein do la misère et dans l'abandon! Telles , les plantes de l'herbier du naluralisto, passant aux mains d'un héritier grossier et ignorant, meurent dans leurs germes.

Sous le climat natal et par l'influence de son printemps en fleurs , l'Académie des beaux arts a créé, avec de bien faibles auxiliaires, un prix qui, en d'autres pays, lui aurait acquis un plus grand renom; et qui lui assure le plus brillant avenir

A l'appui de la vérité de cette bonne nouvelle, l'Académie des beaux ails nous en offre déjà une preuve dans l'exposition qu'elle se proposo de faire prochainement de ses meilleurs ou\ rages.

M. François d'Assise Rodrigucs, professeur de sculpture, présentera un groupe représentant le génie de la nation poHwjaise couronnant Camoëns

A cette douce image de mythologie grecque, succède un tableau sévère et tragique, une scène d'iiorreur; un bas-relief de 3 palmes et demie de hauteur sur 4 et demie.de largeur (80 centimètres sur 102). M. François de Paula Araujo Cerqueira, y a représenté le vœu qw* Viriates fait sur le cadavre de sa fille, de se venger de la trahison du préteur Galba

Un autre bas-relief du sieur J.-P. d'Aragon, représente une de ces scènes si communes de notre âge d'or dans l'Inde. C'est dom Bernard Coutinho, arrêtant le roi de Lamo, dans sa cour, en 1589

En architecture, le talent et l'imagination de José da Costa Sequeira ont produit à la clarté d'une des lampes des mille et une nuits , le plan d'une maison de campagne qui ferait envie à un prince. Elle est d'ordre gothique moderne ; le projet a deux plans, trois façades et une cour principale; le tout est admirablement bien dessiné et d'une perspective merveilleuse. Nous le répétons, pour que cette maison devînt une réalité en Portugal, il faudrait l'effet de la lampe magique d'Aladin.

Plusieurs travaux de mérite dus à MM. Lucas Joseph dos Santos et Manuel Joachim de Sousa, y seront admis; M. Lucas présentera deux projets : l'un d'un monument à la mémoire de dom Pedro, empereur; l'autre du Théâtre national; tous deux établis suivant le programme. Ils ont été exécutés en trois mois.

M. Sousa, en 1843, fit le dessin du Palais-Royal, dont la façade principale a 1 ,040 palmes (234,77 mètres), et celles latérales donnant sur les jardins 606 (136,80 mètres). L'édifice ne comprend que son plein terrain , la façade principale et celles des côtés du jardin ; l'idée générale de l'édifice n'y est présentée qu'en esquisse, faute de temps, et vu le besoin de fournir de plus grands développemens sur d'autres points.

Le sieur Antoine Manuel da Fonsoca , professeur de peinture d'histoire, exposera son tableau d'Enée fuyant de Troie avec son père.

Il y aurait de la présomption à vouloir expliquer ici les beautés , la conception poétique, la vivacité de coloris, et surtout l'expression de chaque personnage

Lo tableau Aes derniers inslans d'Alphonse d'Albuquerque, est d'une grâce et d'une poésie ravissantes. La dernière scène de la vie de cet hercule portugais, est digne du peintre, et le peintre est digne d'elle.

M. Cautuno Ayres de Andrade a fait choix do l'un des faits les plus

inléressans de l'histoire de la restauration de <640 : le génie de la liberté brise des chaînes, et, placé à côlé de la duchesse Louise de Gusniào, il semble lui inspirer celte célèbre réponse qui, pour toujours, a marché de pair avec les faits glorieux d'une époque de nobles sacrifices

Il n'est que la belle et fertile nature de tant et de si beaux lieux , dont le charme diminue pour qui les explore souvent sans en faire un sujet d'art, qui ait pu porter M. André Monteiro, professeur de peinture, de paysage, à produire, à l'âge de plus de 70 ans, son beau tableau du soleil couchant

Au sein de l'onde fraîche d'un ruisseau bordé d'hortensia et de marguerites, deux beaux cygnes, blancs comme le lis, innocens comme les rossignols perchés sur la tendre branche, saluent l'aube matinale. Le firmament peint de cette couleur rose que montre le rubis à la rosée du matin, apparaît au loin bordé de festons et des arbustes d'un printemps enchanteur, tel que celui de notre pays. C'est un avril fleuri, une parfaite émaillure de mille produits champêtres, que ce ttibleau du lever du soleil, peint par M. Joseph FranciscQ, professeur-suppléant de paysage : grâce, vérité et une certaine ingénuité de pinceau, y portent un charme, une beauté originale et toute particulière.

APPENDICE B

Discours prononcé à la séance publique de l'Académie des beaux arts de Lisbonne, en présence de Leurs Majestés très fidèles , le 22 décembre 1843, par le directeur de cette Académie, François de Sousa Loureiro (1).

Ce discours a précédé la dislribulion triennale des prix.

Que Dieu protège la reine des Portugais , gage de la paix, de l'union, de la tranquillité de notre patrie. Que Dieu protège le roi don Ferdinand, qui partage son trône; que Dieu protège le prince leur fils , le successeur , l'héritier de la famille bicn-aimée de Bragance ! Tel est le vœu des cœurs fidèles de tous les Portugais , vœu proféré en ce lieu

(1) La (raductiou de ce discours est de M. Roqucmont.

sans flatterie, sans ambition sans hypocrisie. Que le ciel conserve à nos rois la bonne volonté d'honorer nos réunions de leur présence ; et qu'il daigne prolonger de quelques années la durée de mon existence déjà fatiguée, afin de révérer de nouveau Leurs Majestés dans cette Académie qu'elles connaissent déjà, et qu'elles ont honoré de leur bienfaisante protection.

Dans la première de ces solennelles réunions qui fut présidée par S. M. le roi , en 1 837, je vous ai parlé , messieurs , de l'origine des arts en Portugal , qui se confond presque avec celle de la monarchie. Les arts sont nés chez nous au milieu du tumulte des armes et du bruit des combats. C'est au milieu des désordres inséparables de la guerre, que l'on reconnaît les premières traces de l'art purement portugais.

On croit vulgairement que c'est à la première période de la monarchie et de l'art, qui commence avec le premier roi , dom Alphonse Henriquez , et finit avec dom Ferdinand I", qu'appartiennent la chapelle de Notre-Dame de l'Olivier à Guimaraos, berceau de la monarchie, et l'église de Sainte-Marie d'Almacave de Lamego, où dom Alphonse I**" reçut de ses peuples le litre de roi ; mais c'est une erreur, car ces deux monumens remontent au-delà de la fondation de la monarchie. Les monumens qui réellement datent du commencement de la monarchie , sont : l'église de Sainte-Marie de Tarquere près de Lamego , et celle de Sainte-Croix de Coimbre , toutes deux fondées par le roi dom Alphonse Henriquez. L'architecture de ces édifices est encore très simple. Peu d'années après, le même roi fonda Alcobaça et Saint- Vincent de Lisbonne : vastes édifices dont l'architecture est parfaite.

Dans ces édifices , ce n'est pas le style gothique de cette époque ; ce n'est pas le style arabe de l'Espagne au xi" siècle que l'on reconnaît : c'est un type , un caractère lusitanien , parce que la Lusitanie a toujours existé comme une région , comme une nation , comme un peuple particulier et séparé de l'union générale, môme au temps où l'Espagne a été successivomont occujiéo par des puissances étrangères, et malgré l'assertion contraire de l'nn des plus grands penseurs de notre malheureuse époque. Déjà les Carlliaginois, pondant leur longue domination, distinguaient la Lusitanie de l'Espagne. Annibal se servit des Lusitaniens pour détruire les armées romaines ; ni les Scipion , ni Jules César, ni ses lieulenans ne purent jamais subjuguer notre pays; César, dans ses commentaires, et tous les écriviiins latins le disent positivement. Et, aujourd'hui encore , (luel Portugais ne se sent enflammé au

récit des victoires du Lusitanien Viriates, et do celles que remportèrent les Lusitaniens commandes par Sertorius? Quelques-unes des batailles de Sertorius furent livrées dans les plaines d'Evora , que Vos Majestés viennent de traverser. Vos Majestés font le bonheur des Portugais, en visitant les provinces de leur royaume, et c'est ainsi qu'en agissent de nos jours tous les rois qui aiment leurs peuples et qui en sont aimés. Viriates et Sertorius sont l'Arminius ou Herman, et l'Arioviste ou Ehrenfest des Germains; noms que je ne siiis pas bien prononcer, mais que Sa Majesté le roi connaît parfaitement.

Durant la seconde période de l'art portugais, qui commence avec dom Jean I*" et finit avec dom Emmanuel et son fils dom Jean III, les lettres et les sciences firent de grands progrès. C'était dom Denis qui les avait introduites, et elles furent puissamment protégées par dom Jean I*', et par les princes ses enfans. C'est à cette seconde époque qu'appartiennent les églises de Batalha et de Bclem , édifices merveilleux, miracles de l'art, qui tiennent de l'école tudesque, mais qui en réalité sont de l'école portugaise, et qui ont été exécutés presque entièrement par les seuls artistes portugais : Alphonse Dominguez, Martin Vas quez, Ferdinand d'Evora, Mathieu Fernandez; ajoutons maître Iluguet ouHuet, qui se trouvait, on ne sait comment, eh Portugal à cette époque.

Ensuite vint l'oppression espagnole ; et tout tomba dans

l'oubli ! Le mécontentement et l'asservissement des Portugais furent naturellement suivis de ce dégoût , de cette inertie inséparables de l'oppression , aussi la glorieuse restauration de dom Jean IV elle gouvernement de ses fils ne produisirent-ils dans les arts rien qui méritât d'être cité.

No 5.

La troisième période des arts commença à dom Jean V, et finit à la reine dona Maria I'". Les arts, en Portugal, eurent plusieurs phases. L'architecture suivit l'influence de l'école romaine, et les autres arts se ressentirent desdifFcrcns goûts des étrangers ; cependant on vit paraître Alafra , (jui n'est que vaste , riche, somptueux; et plus tard le couvent du Cœur-de-Jésus, beau, élégant; mais, qu'il me soit permis de le dire , très défectueux.

Dans notre secx)nde assemblée solennelle do l'année 1840, à laquelle assistèrent L. M. notre auguste reine et son époux , je vous fis voir clairement et d'une manière qui jusqu'alors n'avait été imaginée par aucun écrivain , que dans les quatre époques fameuses, dans les qua-

tre âges de gloire pour les arts, celui de Périclès ou d'Alexandre pour les Grecs, celui d'Auguste pour les Romains, celui des Médicis et de Léon X pour les Italiens; celui de Louis XIV pour les Français, et pendant le brillant intervalle qui sépare ces deux dernières époques et qui fut rempli par dom Emmanuel en Portugal , par François T'' en France, et par la reine Anne en Angleterre, je vous fis voir, dis-jo, que l'influence des femmes célèbres et des princesses, dans ces cours de luxe , de pompe, et quelquefois aussi de corruption , a le plus contribué au développement de la culture, à la splendeur des cours, au progrès des arts et des lettres

J'ai dit aussi quelques mots sur l'espace de temps, non moins brillant qui s'est écoulé depuis Louis XIV jusqu'à nos jours (1 )

Ayant terminé de la sorte la partie principale de mon discours , comme je l'avais promis , je n'ai plus qu'à vous donner un léger aperçu de l'état actuel des arts en Europe , et à dire quelques mots sur notre Académie, sur ses professeurs, sur ses élèves, sur leurs études et sur les moyens indispensables pour leur avancement (je ne dis pas progrès, car ce mot est de mauvais présage) et pour l'utilité nationale.

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