L'Ascension
Et deux petits tableaux.
La Flagellation ; La Prison.
On me mande de Sétubal à ce sujet :
" On dit que ces tableaux sont l'ouvrage de Gran-Vasco, >' mais il n'y a aucun document qui le prouve, cependant om
CnAN-VASCO. 123
« sait positivomont que ces tableaux ont 6X6 donnés à ce coii- " vent, par les rois qui en furent les patrons, dom Joao H » et dom Manuel. ••
M. de Balsemao m'a fourni à l'égard de ces tableaux les renseignemens suivans, extraits de frey Jeronimo de Belem : Chronica serafica da Proi>incia dos Algaives (1753), partie 2", livre ir', chapitre iv% n" 16, page 588 (Manuscrits se trouvant à la bibliothèque nationale de Lisbonne). « Le roi " Emmanuel donna à cette église (du couvent de Jésus) de ri- « ches peintures, lesquelles, avec d'autres de la Passion de « Notre-Seigneur, la rendirent riche et dévote. Ces peintures « consistent en dix-neuf panneaux, dont quelques-uns repré- « sentent des saints de l'ordre de Saint-François et des sujets de « la Passion. C'était un cadeau de la reine Eléonore, sœur du « roi. Celle-ci les avait reçues en don particulier de l'empe- « reur Maximilien, son cousin. Ces tableaux par leur curiosité « et par leur perfection, montrent bien qu'ils sont un cadeau « royal, ils se conservent maintenant avec le même lustre dans « l'intérieur de l'église, où ils furent placés à l'occasion des nou- " veaux lambris dont fut décorée la chapelle principale. " Ces renseignemens ont été textuellement extraits par l'auteur de ces chroniques, d'un manuscrit de sœur Léonore de Joâo religieuse du même couvent, qui en devint abbesse en 1630, et mourut en 1648. Le titre de ce manuscrit, qui se trouve également à la bibliothèque nationale , est Tratado da antiga e curiosa fundaçâo do convento de Jésus. Partie 1", chapitre II* (1).
7. Le peintre des quatre tableaux qui se voient dans la sacristie de Madré Deos à Lisbonne, trouvera sa place sous le nom ^e Madré Deos. Trois figures de saintes, un tiers de grandeur naturelle, dans la même sacristie, sont d'un faire difTérent, mais de la même époque.
Ces tableaux ne peuvent en aucune façon être antérieurs à
(1) En revenant d'Evora (c'était le 11 juillet 1844), j'ai visité l'église de Jésus. Sur l'un des tableaux cités ci-dessus on lit : T. lionufiis Ànclloî. Cette inscription se voit sur un fourreau d'épée dans l'un dos moindres tableaux du clueur, à main gauche du speclatiur.
l'année 1518, car le fait historique représenté sur l'un d'eux, savoir l'entrée de sainte Auta à Lisbonne, eut lieu cette même année; il est également évident que le mariage du roi, qui est représenté sur un autre de ces quatre tableaux, avait eu lieu à l'époque où ces tableaux ont été faits. Dom Manuel a épousé sa première femme Isabelle, fille de Ferdinand et d'Isabelle, eu 1497; la seconde, dona Maria, sœur de la précédente, en 1500, et la troisième dona Eléonore, fille de Philippe V de Castille, en 1518, quand il avait déjà 49 ans. Or, le prince représenté sur le tableau du mariage, a l'air fort jeune, il faut donc croire que c'est Jean III, qui a épousé en 1525 dona Catharina sœur de dona Eléonore, lorsqu'il n'avait que 23 ans. Il résulterait de toutes ces dates que les tableaux de Madré Deos ne peuvent pas être antérieurs à 1525.
Les tableaux de Madré Deos sont peut-être aussi bons que celui de la galerie Boisserée (maintenant faisant partie de la galerie royale de Munich), qui est attribuée à Schorel. Ils paraissent avoir eu d'abord une autre destination, car les pieds des figures du premier plan, ont été sacrifiés aux dimensions de l'enchâssure.
8. Les tableaux du duc de Palmella avaient fait partie, autrefois, de la collection du marquis de Valence (1) ; ensuite ils ont appartenu au comte de Figueira (dom José de Castello Branco) qui en avait hérité par sa femme, une Mello. Ces tableaux qui représentent la vie de laYierge, méritent selon moi peu d'éloges, et il m'est assez indifférent de savoir quel en est l'auteur.
Ils sont au nombre de huit.
Rencontre de sainte Anne, avec saint Joaquiin.
La Naissance de la Vierge.
L'Annonciation.
La Nativité.
La Présentation au temple.
La Circoncision.
L'Adoration des mages.
Les Épousailles.
9. Les grands tableaux de l'église de Saint-Jean àThomar, (1) Je tien» ces renseignemens d'une lies bonne «ource.
GîlAN-VASœ. m
au nombre de huit ou dix, sont évidemment l'œuvre d'un seul et même pinceau, on les attribue aussi à Gran-Vasco. Je les ai vus et examinés avec eoin (le 7 octobre 1843), Ils ne contribueraient guère à la gloire du peintre qu'on saurait être leur auteur. Dans celui de ces tableaux qui représente un festin , les trois figures du premier plan ont de bien moindres proportions que les deux figures principales qui sont assises à une certaine distance au bout opposé delatable. A part cette bizarrerie, il y a à dire en général que ce sont de faibles productions. Ces tableaux peints sur bois, appartiennent à l'époque d'Emmanuel ou de Jean IIÎ. 11 importe très peu d'en connaître l'auteur.
10. Indépendamment de ces catégories distinctes, on rencontre à l'Académie et partout, 'une quantité très considérable de peintures sur bois, appartenant à la même époque, et qui ont le même cachet gothique. Moi-même j'en ai acheté deux qui ne me déplaisent pas, et qui certainement n'ont pas un mérite inférieur à beaucoup d'ouvrages italiens, flamands ou allemands, dont on voit chez nous des collections en grand nombre , et qu'on recueillait il y a 30 ans , avec une ardeur sans pareille.
1 1 . Frey Carlos mérite ici une mention particulière. Ce peintre, à ce que m'assure M. Roquemont, n'est pas sans mérite.
Voici ce que j'ai appris de M. Roquemont, qui est doué d'un sentiment des arts on ne saurait plus éclairé et plus intime. M. Roquemont a possédé de frey Carlos, un Christ au tombeau, figures demi-grandeur naturelle, portant signature et la date 1535x Ce tableau est d'un faire et d'un style qui a une grande analogie avec tous ceux qu'on attribue à Gran- Vasco, et cependant ils sont déjà d'une époque très avancée. Il serait curieux de vérifier, si en Espagne, les tableaux de cette même période ont un caractère analogue à ceux-ci. Ce ne sera pas le cas des ouvrages de Juan de Joânes,
Tabordadit, àj&frey Carlos, qu'il était Flamand de nation, qu'il a vécu et peint à Espinheiro et dans le couvent de Sta- JVIarinha da Costa. Taborda rapporte aussi que le couvent de Belem à Lisbonne, renferme des ouvrages de frey Carlos. Nous reviendrons sur ce peintre et sur ses ouvrages.
na SEPTIÈME LETTRE.
Je terminprai celte lettre en vous soumettant encore une réflexion. Nous sommes loin d'être au bout de nos recherches, et cependant nous avons vu déjà que depuis la fin du xv* siècle jusqu'en 1550, époque dans laquelle il est permis de placer le peintre qui jouit du titre de Gran-Vasco, il y a eu en Portugal un bon nombre de peintres habiles , tant nationaux qu'étrangers. Bermudez , Taborda et Cyrillo , nous en font connaître plusieurs. Il faut que tous ces artistes aient peint-, et comme, à l'exception des tableaux de frey Carlos et d'Abraham Prim, je n'en connais pas parmi ceux qui sont attribués à Gran-Vasco , dont l'origine soit démontrée, il n'y a pas de raison pour que tel ou tel autre tableau soit plutôt de ce dernier que des autres peintres, dont on ne connaît pas non plus exactement le faire , le style, le coloris. La tradition a beau faire, les tableaux que j'ai plus haut classés, ne peuvent être l'ouvrage du même peintre. Ce mot école ne me paraît pas ici non plus applicable. Je ne connais pas encore de maître et à plus forte raison je ne connais pas d! école. Je ne connais jusqu'ici qu'une nombreuse catégorie de vieux tableaux qui, par leur air gothique, appartiennent à une seule et même époque.
Il faut aussi observer que les meilleurs parmi les tableaux attribués à Vasco, les Prim , Bento , Madré Deos , Setnbal, sont postérieurs à l'année 1521 , temps où, sur toute l'étendue de l'Italie , le style gothique venait de faire place au grand style de l'époque de Léon X, et où en Allemagne la peinture n'avait pas encore subi ce changement. Aussi , sans vouloir affirmer que tous les vieux tableaux portugais sont exempts de l'influence italienne, surtout de celle des Vénitiens, contemporains de Bellini, je pense seulement que l'influence qui se fait reconnaître dans les Prim, Bento ^ Madré Deos^ Setnbal, Centurion^ est allemande et flamande. Je ne veux pas dire pour cela que parmi les tableaux de l'époque d'Emmanuel et de Jean III, le plus grand nombre n'ait pas été fait en Portugal par def? Portugais ou par des étrangers, je ne parle (\}ie d' influence . Je pense qu'à force de soins et de recherches , nous parviendrons jusqu'à un certain point à éclaircirces questions.
APPENDÎCF. î.
GRAN-YASCO.