VIII. Alvaro Mourato , peintre , i
C'est ici le lieu d'offrir à nos lecteurs une preuve du peu de fidélité , d'exactitude et d'impartialité avec lesquelles les étrangers écrivent sur le Portugal. L'architecte Murphy , dans l'histoire et dans la description du couvent royal da Batalha , dont il a accompagné ses estampes, page 60, s'exprime ainsi : « Près de l'entrée de l'église, se trouvent les « noms des artistes suivans, qui y furent enterrés :
« Premiers maîtres de travaux,
« Maître Matheus, Portugais, 1515.
« — Congeati , étranger, a — CoNRADO, étranger.
« Premiers maîtres vitriers.
« Maître Ugado , étranger.
<r — WiTAKER, étranger. »
Telles sont les nouvelles que nous donne cet étranger après avoir passé plusieurs mois à Batalha pour examiner l'édifice et pour le dessiner. Sur quoi nous ferons observer : 1° que ni près ni loin de l'entrée de l'église ne se trouve et n'a même jamais existé aucune sépulture des maîtres de travaux avec une inscription qui l'indiquât ainsi , si ce n'est seulement celle de Matheus Fernandez dont nous avons déjà parlé. ^° Qu'on peut difficilement compter Matheus Fernandez parmi les premiers maîtres , quand le même Murphy écrit immédiatement après son nom , « 1 51 5 » année où il mourut en effet et qui était la 1 28'= ou la 1 29® de la fondation du monastère. 3''Qu'il n'y a aucun fondement pour dire que maître Congeati et maître Conrado aient été maîtres des travaux. 4° Qu'il n'est fait nulle part aucune mention de maître Uijado, ni de maître Witaker , et que si Murphy a voulu désigner Ouguet par Ugado et Boutaca par Witaker, celte notice n'en serait pas moins erronée , parce que maître Ouguet fut effectivement maître des travaux et non des vitrages , et qu'il n'est pas certain que maître Boutaca fût étranger ; car, au con-
(i) Ce nom s'applique aussi aux ouvriers qui font de la marqueterie.
{Nofe du vicomte de Juromcnka.)
traire et avec fondement, nous le tenons pour Portugais (1), et nous ne connaissons point qu'il ail été maître des travaux ou des vitreries, etc. L'on peut par là juger du crédit que méritent les étrangers quand ils discourent sur ce qui nous concerne. On dirait qu'ils se fient à notre ignorance ou à notre grande indifférence, tant ils nous débitent de mensonges et d'absurdités sur des choses que nous avons sous les yeux et que nous pouvons facilement examiner.
(1) A ma prière, M. l'abbé de Castro m'a communiqué la note suivante : V. Aux Archives de loire do Tombo, caza da coroa, armoire 26,, se trouve « une liasse de papiers roulés contenant les comptes des dépenses des con- « slructions de Belem, ainsi que du tribunal et de la prison (Camara e Cadea) « de Setubal, où l'on trouve que le premier architecte de Eeleni fut l'italien « Bovtaca ou Roytaqua, Bontaca ou Boutaqua, Botaca ou Botaqua, et c'est « tantôt d'une façon, tantôt d'une autre qu'on voit son nom écrit dans cesdo- « cumens. — Le monastère de Belem fut commencé le 6 janvier 1500. » Je trouve dans \e Conversations-Lcxicon (ou Allgemeine deutsch Rcal-Enc)klopcdie, septième édition, chez Brockhaus, à Leipzig, 1827) le passage suivant qui mériterait bien d'être vérifié. Il me semble avoir été écrit sous l'influence d'un zèle très grand pour la maçonnerie :
« Il serait erroné d'admettre que les associations maçoniques soient nées «1 des maîtrises maçoniques, car il existait des associations d'entrepreneurs de « bâtisse longtemps avant qu'il y ait eu des maîtrises. Ces associations, com- « posées des gens de l'ait de tous les pays, étaient liées entre elles, et for- « maient dans l'Europe civilisée une corporation que dirigeaient un ou plusieurs « chefs. Protégées par des privilèges ou patentes, émanés des autorités ecclésias- « tiques cl séculières, cessoeiélcs entreprenaient les plus grandes constructions « dans toute l'Europe, et elles sont les auteurs de ces magnifiques édifices qu'on « appelle gothiques, et qu'on devrait plutôt appeler Altdcutscli : vieux alle- « mand. Nous trouvons le style de toutes les constructions de celle époque fon- « cièrement identique. Ces corporations se composaient d'architectes et d'ou- « vriers italiens, allemands, flamands, français, anglais, écossaise! même grecs. « C'est de cette manière q'ic sont nés lesmomimens suivans : le monastère de « Batalha, en Tortugal (vers 1400), la cathédrale de Strasbourg (1013-1439), •( celle de Cologne ;9o0-13G5), celle de Meissen (au x'' siècle), celle de Milan ; « le couvent du Mont-Casino, et tous les édifices les plus remarquables des îles « Britanniques. « L'auteur de cet article, en s'appuyant sur une quantité d'autorités, conclut que \a maçonnerie^ comme association, est plus ancienne que les maîtrises, et il affirme en même temps sou étroite liaison avec la grande activité architectonique qu'on a vu se déployer en Europe dans le moyen âge. Ce que cet auteur dit ensuite sur les cliangemens survenus dans le but, dans l'aclivité, dans le caractère de la maçonneiie, est étranger à notre sujet.
( Vo/e (/e l'auteur des lettres.)
APPENDICE IV
Cintra pittoresque. Lisbonne, 183S, page 43.
La salle des pies {das pegas) est une œuvre due au roi Jean I*', à l'origine de laquelle la tradition rapporte l'anecdote suivante (1) :
Ce roi avait été surpris par son épouse dans un moment où il embrassait une de ses dames d'honneur, par amitié et non dans un but criminel j il répondit à la reine irritée qu'il agissait por hem, pour bieti, ou mieux, par pure amitié; puis sous cette légende que nous pouvons bien assimiler au Horini soit qui mal y pense des Anglais, il fit construire, par allusion, une salle dont le plafond représente une multitude de pies, afin que cet oiseau, réputé bavard, publiât son innocence et la pureté de la réputation, injustement attaquée, de la dame d'honneur. D'autres, moins galans, et dont nous ne partageons point l'opinion, prétendent que cette aventure ayant été divulguée à la cour, et ayant passé de bouche en bouche parmi les autres dames, le roi, pour les en punir, fit peindre des pies dans cette salle comme symbole de leur loquacité (2).
Cette salle est une des plus anciennes du palais, car la devise par hem était celle de Jean l"^""^ ainsi que II me plaît (en français) était celle de la reine dona Philippe, sa femme. C'est de cette époque que date chez nous l'usage, que nos princes ont toujours suivi depuis, de joindre des devises à leurs armes.
Camo'éns n'avait pas encore fait retentir l'univers des chants de la gloire lusitanienne , que déjà dom Manuel avait conçu et exécuté le projet d'élever un trophée à la gloire des Portugais, en réunissant les écussons gagnés sur le champ de bataille par les nobles du royaume, afin qu'ils servissent d'exemple à leurs descendans. Il immortalisait ainsi la mémoire et les hauts faits de ces grands hommes. A cet effet, dit son chroniqueur, il fit visiter toutes les sépultures du royaume pour en recueillir les armes, les insignes et les épitaphes qu'il fit peindre dans une magnifique salle du palais de Cintra préparée à cette fin ; il ordonna, en outre, la rédaction d'un livre où se trouvent peintes et décrites les armoiries de la noblesse de ce royaume (3).
(1) Traduclion de M. Abeillon.
(2) Cette salle existe encore. — Les noies de cet appendice sont de l'abbé de Castro.
(3) Ce livre se trouve au Torre Jo Tomlo. Il a été fait par Duarte de Armas, dessiuateur d« dom Emmanuel qui ûurissail vers l'an 1^07.
Cette salle est appelée salie des armoiries ou des cerfs, parce qu'aux cous de ces cerfs sont suspendus 74 blasons, avec les timbres sur les armoiries (1).
On n'y rencontre pas tous les blasons de la noblesse de Portugal , mais seulement, d'après ce qu'il semble, ceux des familles qui faisaient partie de la cour ou qui étaient attachées au service du palais.
On distingue ou milieu du plafond les armoiries royales entourées de celles du prince et des infans dom Luiz, dom Ferdinand, dom Alphonse, dom Henri, domDuarte, dona Isabelle, donaBrites (2). Les familles qui y ont leurs écus sont celles qui suivent :
Abrea.
Alboim.
Aguiar.
Albei^aria.
Albuqucrque.
Almada.
Almeida.
Andrade.
Aiva.
Azeredo.
Ataîde.
Barreto.
Betancour.
Rorçes.
Ki-ito.
Cabrai.
Carvalho.
Castelbranco.
Castro de seis aruellas.
Castro de Ireze.
Coelho.
Corle real.
Costa.
Couiiuho.
Cunba.
Eça.
Farïa.
Fen«'iia.
Gama.
Goes.
Gouvèa.
Goyos.
Uenriqiiez.
Lemos.
Lima.
Lobntos.
Lobeiras.
Lobo.
Malafaya.
Manoel.
Mascarenhas.
Meiras.
Mellos.
Mendonças.
Menezes.
Miranda.
Moniz.
Mata.
Moura.
Nogiieira.
Noronha.
Peçanha.
Pacheco.
Pereira.
Pimentel.
Pinto
Qtieirôs.
hibafria.
Ribeiro.
Sa.
Sampayos.
Scqueira,
Serpa.
Serveira.
Silva.
Silveira.
Soulo-maior.
Sousa.
Tavares.
Tavora.
Teixeira.
Valeiite.
Vasconcellos.
Vieira (3).
(!) Ces cerfs avec les ccussons s'y voient encore.
(2) Ces peintures s'y trouvent également.
\i) Ces s;dles ont été restaurées au temps de dom Pedro II, et une seconde
Page 79. Aussitôt après la Quinta da PenhaVerde se trouve le lieu de Montserrate; il prend son nom d'une chapelle sous l'invocation de Notre-Dame de Montserrate qui y fut édifiée en 1540, par un prêtre nommé Gaspard Creto lequel, dans ce but, fit venir de Rome l'image de Notre-Dame , en albûtre
Page \ i Ô. Dans le lieu appelé da Ribeira da Penhalonga, au bas de la montagne du côté du sud, est situé le couvent de Notre-Dame de la Santé, première fondation qui eut lieu dans ce royaume en faveur des moines de Suint-Jérôme. Le premier fondateur fut le père frey Vasquez Monteiro , de la maison des comtes de Santa Cruz , naturel de Leiria
Page 416. Attirésensuiteparl'agrément et la vénération de ce lieU| les rois dom Manocl, dom Sébastien et dom Henri, ainsi que l'infant dom Luiz augmentèrent considérablement ce monastère; le roi dom Manuel réédifia l'église, et y fit ajouter une habitation pour lui ; le cardinal y annexa diverses dépendances, des fontaines et d'autres objets d'agrément ; l'inf-ant y fit établir le dortoir principal, et dom Sébastien contribua aussi à agrandir cet établissement. Parmi les travaux des particuliers, on remarque encore aujourd'hui, autour dudit monastère, les constructions de dom Jean III, du nonce Zambucano, ainsi que du marquis deCascaes
Page 118. L'église est un ouvrage antique ; sa voûte, en pierre, est ornée de sculptures et elle est soutenue sur des demi-colonnes. Elle a cinq chapelles, et une tribune, d'où la famille royale entendait la messe.
La première chapelle , près de la porte , est celle de Notre-Dame de la Victoire, appelée aujourd'hui Notre-Dame de la Santé. L'image qui décorait cette chapelle a été laissée en héritage par le célèbre capitaine de Malacca, Rui d'Araujo, en 15i6, et de cette chapelle elle fut transportée, en 1685, dans celle du milieu
fois au temps de Joscpli I*"". D'après le vicomie de Juromenha, elles l'auraient même été du temps d'Emmanutl.
{^Note de l'auteur des lettres.)
Du côté du maître-autel, près de la chapelle de Notre-Dame de la Santé, est celle de saint Joseph, où se trouve un tableau de l'adoration des Mages : c'est une peinture sur bois fort ancienne.
La chapelle de Nolrc-Dame de la Pitié, est celle où le père frey Vasquez posa la première pierre de l'édifice. On y voit une image peinte de Notre-Dame. On lit sur une pierre dans cette chapelle l'inscription suivante :
« En l'ère de la naissance de Jésus-Christ 1 452, le jour de saint Jeance Baptiste, on a commencé à célébrer dans cette chapelle de sainte Maa rie, édifiée dans notre couvent de Penhalonga, une messe in perpe- « tuum pour le repos de l'âme des très vertueux seigneurs, et du tou- « jours très vertueux roi dom Jean l", de la reine dona Philippe, son <( épouse, et pour tous leurs descendans, ainsi que pour Antoine Ans, ser- « viteur desdits seigneurs, grand chapelain du roi dom Jean If^"", et prieur « de Saint-Martin de Lisbonne, qui fit de nombreux dons à ce monas- « tère; c'est pour ce motif que le prieur frey Clément et tout son chapitre « contractèrent formellement l'obligation de célébrer une messe par jour « pour le repos de l'âme de Leurs Majestés, ainsi que pour celle dudit « Antoine Ans et de ses parens et amis, en reconnaissance de ses vertus « et des bienfaits qu'il a prodigués pendant sa vie à ce monastère. « Ci-gît ledit Antoine Ans. Écrit à Penhalonga (1 ) pour mémoire, le « 10 juillet de l'ère sus-mentionnée
Page 120. Dans l'une des quatre parties de l'édifice se trouve le réfectoire qui en occupe toute la largeur. Au-dessus de la grande table on voit un tableau peint à fresque représentant le repas du Christ dans le désert. Ce tableau occupait toute la largeur du mur ; l'enfant qui porte les poissons y est peint sous la figure du roi dom Sébastien. Suivant la tradition des anciens moines de ce couvent, pendant que ce roi se trouvait en Afrique, le mur que couvrait le tableau où figurait son portrait, fait en sa présence ainsi qu'en celle du cardinal, son oncle, fondateur dudit réfectoire, s'ouvrit avec éclat. Cet accident eut lieu à l'instant où les moines prenaient leur nourriture. La tète du roi, peinte dans ce tableau, fut fendue par suite de l'écroulement. La semaine suivante on apprit la perte de la bataille d'Alcaçar-Kebir et la mort de dom Sébastien. .
Page 137. Près de celle chapelle, sur une autre colline, est situé le couvent de la Penha. Ce monastère fut fondé autour d'une chapelle qui, d'après la tradition, se trouvait dans cet emplacement et que l'on vénéra longtemps sous l'invocation de Notre-Dame de la Penfia.
(1) Village au pied de Cintra, du côté méridional.
PELNTURE ANCIENNE. 235
La chronique me fournit un document daté du xiv* siècle concernant celte chapelle : il en résulte que le prieur de Sainte-Marie y allait célébrer une messe tous les samedis, et qu'en 1 493, dom Jean II y vint accomplir un vœu qu'il avait fait. Voici comment s'explique le chroniqueur : « Le roi et la reine, afin d'accomplir leur vœu, passèrent une a neuvaine dans la chapelle de Notre-Dame de la Penha, qu'ils habilè- « rent seuls, attendu la petitesse du local ; leur suite fut abritée tout « près sous des lentes que le roi avait fait dresser et où elle était par- « failement logée et nourrie. Onze jours après, Leurs Majestés re- « vinrent à Cintra. »
Le roi affectionnant ce site fit commencer le monastère, sous les règles de saint Jérôme, dans l'emplacement môme où se trouvait la chapelle. La roche fut coupée à grands frais jusqu'à ce qu'on eût formé un emplacement de 80 pieds de surface plane. Il y fit construire en bois cet édifice qui, dit-on, fut un chef-d'œuvre. Ce travail commença en 1303 et finit huit années plus tard.
Le roi dom Manuel voyant que ce bâtiment n'était pas durable, le fit rebâtir en pierre et en voûtes en 1511, ce qui coûta, en outre d'autres frais, 30 mille cruzades ; grande somme pour cette époque. En peu de temps le couvent se trouva en état de recevoir 1 8 moines ....
Page 143. Cette sculpture, dont la pierre provient de la montagne (I \ coûta 4 mille cruzades et fut exécutée par un statuaire étranger nommé Nicolas, de nation française d'après ce que je trouve dans un ancien mémoire, ainsi que l'assure Duarte Nunez de Liaô et bien que quelques-uns le disent Italien.
La correction du dessin de cet ouvrage peut ne pas être trouvée parfaite chez les modernes, toutefois cet artiste jouissait d'une grande réputation parmi les anciens.
(1) Ce tabernacle esl fait de fin albâtre de Florence. On le fil venir à dessein de Toscane poiu" en faire celle œuvre de l'art. C'est par erreur qu'il est dit ici (jne celle pierre est tirée des carrières de Cintra : il n'existe pas de pierre ralcaire dans cet endroit.
APPENDICE V
Observations critiques par Lmz Duarte Villela da Silva. 1828. 1 vol. (1) sur quelques articles de F Essai statistique du royaume de Portugal et des Algarves, publié à
** Paris par Adrien Balbi.
Page 37. « On y trouve (au couvent de Belem) une superbe Bible « manuscrite, dont le pape Jules II fit présent au roi Emmanuel, en « reconnaissance du premier or des Indes que ce monarque lui « avait envoyé. » Cette Bible , qui forme plusieurs volumes , fut enlevée au temps des guerres de la Péninsule. Après la bataille de Vimeiro, les moines de ce couvent firent d'inutiles efforts pour la ravoir. Le roi très chrétien Louis XVIII, la fit racheter et en fit présent à dom Jean VI, qui daigna la restituer au monastère royal , auquel dom Manuel en avait confié le dépôt. Le marquis de Marialva , le commandeur de Brito et M. Verdier ont beaucoup contribué à cette restitution.
Page 41 . « Le père dom Augustin Caetano de Sousa en fait mention a dans le tome m de son histoire généalogique de la maison royale de « Portugal, et s'exprime ainsi : » « Nous croyons que cette Bible est « l'ouvrage de Nicolas de Lyra.»
Nous respectons certainement l'autorité du père Antoine Caetano de Sousa, mais nous n'admettons pas la justesse de son assertion ; car, si la Bible a été finie le 11 décembre 1495, à peine 46 jours se seraient écoulés après l'avènement au trône de dom Manuel , avènement qui ne pouvait être su à Rome que quelques jours auparavant, et il est impossible qu'en un si court délai l'on ait pu compléter ou même seulement tenter de faire une œuvre aussi précieuse, d'un travail immense et conséquemment demandant beaucoup de temps. Le minutieux examen auquel nous avons procédé en présence du père Manuel do Bom Jésus Costa, bibliothécaire du monastère royal de Belem, en passant en revue les sept tomes , nous fait présumer que non-seulement le père Sousa , mais encore beaucoup d'amateurs n'ont consulté que le premier tome et en ont tiré la conséquence que tous les autres avaient
(1) Les guillemets marquent les passages qui sont extraits de Balbi, et qui sont l'olijet des réfutations de L.-D. Villela da Silva. Ce que celui-ci dit sur les artistes de son pays est presque textuellement extrait de Cyrillo. C'est lui qui, d'après ce que m'a dit M. de Balscmâo, a été l'éditeur de l'ouvrage de Cyrillo.
[Note de l'au'.eur des lettres.)
été écrits par le môme auteur et Qnis dans la même année. Pour le premier, nul doute qu'il a été fini la mémo année par Sigismundo de Sigismundis Ferrarais ; mais le second, bien que fini la même année, fut écrit par Alexandre Verzanus; le troisième est de l'année i 496, et ne porte pas de nom d'auteur; les quatrième, cinquième et sixième ne présentent ni date ni nom d'auteur j et enfin le septième porte la date de 1497, époque où il fut terminé •
Quel est le connaisseur portugais qui a dit que les miniatures étaient de Jules Romain ? Il est étonnant qu'on se figure que les Portugais sont si ignorans, ou que l'auteur suppose ses lecteurs assez crédules pour commettre cet anachronisme ! Aucun d'eux, que je sache, ne l'a ditil)
Page 48. Nous avons trouvé assez étrange que M. Balbi, si amateur des beaux-arts, ne mentionnât point un des plus beaux monumens do sculpture que possède le Portugal, et qui embellit tant le célèbre monastère de la Penha près de Cintra, savoir : les sculptures de l'autel de la chapelle (2). Cet édifice a été le sujet des plus belles descriptions de nos poètes et de nos historiens. Le père Antonio Carvalho da Costa dit dans le troisième volume de sa Corographie : « Dans ses limites (parlant de Cintra) se trouve le célèbre couvent des pères hiéronymesde l'invocation de Noire-Dame de la Penha. Il est situé sur une grande roche d'où il tire son nom, et fut commencé en 1503. Ce couvent est remarquable par le tableau en pierre noire et blanche très resplendissante représentant bon nombre des scènes de la passion du Christ et celle de sa glorieuse naissance, toutes sculptées avec finesse et grand art, par Nicolas, Français. »
L'un de nos poêles l'a dépeint dans les vers suivans :
(1) Sans doute, tout liomme qui se donnera la peine de comparer les dates ne pourra souleuir une chose pareille, mais moi-même j'ai entendu émettre cet avis; si bien qu'en revenant de Torre do Tomix) où ces Bibles se trouvent déposées, j'ai chercbé à m'assurer de la date de la naissance de Jules Romain, non pour voir s'il était possible qu'il fût l'auteur de ces enluminures, car la nature et le style de l'ouvrage n'admettent p;is une supposition semblable, maii pour prouver que cela est matériellement impossible.
(3) Cet ouvrage de sculpture dans son ensemble a fort peu satisfait mon goût ; cependant la mise au tombeau, qui occupe le milieu de l'autel, est digne d'éloges. J'aimerais que l'albâtre fût pai tout substitué au marbre gris qui, à mou avis, nuit à l'harmonie de cette œuvre.
{Notes Je fauteur des lettres.)
« Le subtil ciseau sculpte les saints passages
« Avec une délicate main et un savoir profond.
« La finesse du travail et des traits , et
« La justesse parfaite des idées, sont telles
«. Qu'on voit les muscles et les veines. »
Page 1 09. Nous devons confesser que nous n'avons que de bien faibles notions sur nos premiers peintres. Ce défaut était senti par 'immortel Cenaculo et par le conseiller Antoine Ribeiro dos Santos. . .
Page 111. Il nous reste seulement à dire à M. Balbi que l'école de peinture en Portugal n'a jamais été l'école espagnole '1 ). « La restauration de l'art, dit Cyrille (2), commença en même temps que la monarchie portugaise, et nos hisloriens font mention non-seulement de quelques peintures et portraits du temps de dom Alphonse I'='', mais aussi d'un tableau de la prise de Lisbonne (3) qui se conserva jusqu'au tremblement de terre, dans l'église de Nolrc-Dame des Martyrs. L'insigne frey Luiz de Sousa rappelle dans sa chronique (4j un fort ancien tableau de l'adoration des Mages que fit peindre le roi dom Diniz. La bannière de Lisbonne à l'effigie du saint patron de cette capitale, sous dom Jean P"", placée sur les murailles du château de Ceuta, annonçait une grande ancienneté (5), » et nul de nos historiens n'atteste qu'elle fût de l'école espagnole. Ce monarque aussi actif que pieux, jeta au commencement du xv" siècle les fondemens du couvent de Balalha, édiGce gothique, magnifique et d'admirable architecture , et il le fit à une époque où les arts florissaient, il est vrai, en Italie, mais étaient encore à peine naissans chez les autres nations (G). Il fit peindre, sur les vitraux de ce monastère, des passages de l'Écriture sainte, suivant l'usage de ces temps. Pendant que son frère
(1) Je suis bien de l'avis de M.Villela da Silva. Il ne parait pas en efTet que la peinture espai^nole ait jamais exercé une grande influence sur celle du Portugal ,
(2) Nous avons déjà vu cl nous verrons encore jusqu'à quel point nous pouvons adopter les opinions et les reuseigncmens de Cyrille.
(3) Voyez Cyrillo, page 14.
(4) Nous avons consacré la lettre 5*^ à l'examen de ce livre, sous le rapport des arts.
(5) Voyez Cyiillo, pages 16 el 17. [Notes de l'auteur des lettres.)
(6) Au commencement du xv» siècle, l'archileclure gothique était à son apogée eu France, en Bourgogne, en Angleterre, en K'rosse et en Allemagne. La cathédrale de Strasbourg a été commencée en lOlo et terminée en 1439. On a travaillé à celle de Cologne depuis 1*50 jus(iu'cn 1365 ; celle de Meissen est du X* siècle. Les cathédrales d'Anvers, de Keims, de Rouen, d'Amiens, de Notre- Donu: de l'aris, de Saiul«-Gudule de Bruxelles, de Saiut-Éticnne de Vienne,
dom Jean était captif en Castille, le grand-maître d'Avis fit faire le portrait de cet infant. Il est probable que ce ne fut pas par un peintre castillan (1), nous en avertissons encore M. Balbi. Cette effigie fut promenée dans les rues et les places de Lisbonne. En la voyant , l'ardeur qui s'empara de l'esprit des Portugais fut telle que le roi put réunir en peu de jours l'armée qui le fit monter sur le trône. C'est ainsi, dit un écrivain moderne, que si dom Jean F"" aimait la peinture, celle-ci le paya de retour; car, comme autrefois un tiiblcau sauva Rhodes, de même un tableau vint consolider sa couronne. Il Chl rapporté traditionnellement que dans la salle des séances des vingt- quatre de Lisbonne dont 1 institution est attribuée au môme souverain, en l'an du Christ 1384, on conserva pendant longtemps un tableau où il était représerité. Ce tableau fut détruit dans l'incendie de cet établissement, qui était situé sur la place do Rocio, près de l'église de l'hôpital de tous les saints, fondé par dom Jean II. M. Balbi s'est mépris en appelant Nuno Coelho le peintre Nuno Gonçalvez. Cet artiste, dans les temps même où la peinture ne touchait pas à son plus grand pcrfeclionnement, peignit, à ce que dit notre François de Hollande, avec une louable activité, l'autel de saint Vincent de la cathédrale de Lisbonne. Déjà dans ce temps, ainsi que l'affirme Cyrille , un certain Jean Annes reçut u|i brevet de peintre du roi dom Alphonse V, en 1434; Braz de Avellar, Gonçalo Gomez, etc., servirent les rois dom Manuel et dora Jean IIL Ce qui est certain c'est que chez nous l'art de la peinture remonte à la plus haute antiquité et que rien ne prouve que notre école tire son origine de l'école espagnole (2). Les Espagnols à cette époque étaient aussi
les cathédrales de Magdebourg, de Fri[)oiirg en lîrisgau, d'Ulm, de Ratisbonne de Bamlierg, les églises de Nuremberg, les cathédrales deCanlorbcry, d'York, de Westminster, de Saiisbury, de Durliam et cent autres ont été achevées ou sur le point de l'être à l'époque où ont commencé les constructions de Batalha. La peinture gothique du Nord, dont les Van Hyck sont les coryphées, remonte à la fin du xiv* siècle. Hubert Van Eyck est né en 136G, et il est mort en 1426 ; et Jcin Van l'yck, son frère, est mort en 1445. Villela da Silva me parait seulement avoir répété ce qui, l'année d'auparavant, a été imprimé dans les mémoires de l'Académie. Voyez lettre 5'^, dernier appendice. Mémoire de l'Académie, Batalha. Frey François deSam-Luiz, aujourd'hui cardinal patriarche.
(1) Et pourcpioi pas.'
(2) Il y a eu en eiïet une école espagnole au xvii'' siècle, et elle était grande, mais à répo<|ue dont parle ici Villela da Silva, je ne pense pas (pi'il y en eiît une. Au reste, c'est un sujet sur lequel je n'ai que des idées tiès vagues, n'ayant pas fait des arts de TF^spagne le sujet de mes études particulières. Pour ce qui est de savoir si l'activité artistique de l'époque de Jean 1(1 était l'elTet d'une agrégation de peintres, constituant une véritable école portugaise, c'est une question sur laquelle je n'oserai me prononcer qu'après avoir fait encore l^eaucoup de recherches indépendantes de Cyrillo et de l'aborda.
( Ifolts de l'auteur des lettres.'^
arriérés que les Portugais (1), et si les Castillans adoptèrent un style libre et grandiose, abandonnant leur style sec et mesquin, leur Alphonse Berruguele fut imité chez nous par Antonio Campello (2). Noire école fut toujours italienne (3). Gran-Vasco étudia en Italie et Amaro do Valle a demeuré à Rome. On reconnaît le type de l'école italienne dans les tableaux d'Antoine CumpcUo ei de Gaspard Diaz, qui étudia également à Rome; dans ceux de Grégoire Lopes , de Simon Eodriguez et Marcos da Cruz (4). Il est certain que sous les règnes de dom Manuel et de dom Jean III, il existait de fort habiles peintres (5).
Vasco, nonobstant son style un peu sec et gothique, doit être réputé l'un des plus célèbres artistes portugais. Il était très habile en architecture et en perspective. Le Portugal possède une foule de ses ouvrages. Ceux que l'on conservait dans le couvent royal de Thomar étaient d'un fini admirable. Mais , par fatalité , la plus grande partie de ces tableaux fut victime de la turpitude, de la barbare ignorance de l'armée usurpatrice de Masséna , à l'avidité de laquelle n'échappèrent même pas les chaises, les fauteuils d'un travail magnifique, ni les riches volumes, œuvres de notre François de Hollande : ce sont des pertes irréparables !
Antonio Campello imita Michel Ange Buonaroti. Le tableau qui existe dans l'escalier principal de monastère de Belem , représentant Jésus portant sa croix, celui du Couronnement d'épines et celui de la Résurrection, sont de lui. On ne peut s'empêcher d'y reconnaître le goût sublime et majestueux de Michel Ange?
(1) Cela est possible, et même cela paraît vraisemblahle, à voir le peu que dit Bermudez .sur celte épo(jue; cependant je n'oserais l'affirmer d'une manière si positive, à moins de connaître bien la matière, ce qui ne paraît pas être le cas chez l'auteur de ces observations.
(2) A l'époque de la peinture libre, facile, riche de coloris et d'effet (je ne dirai pas d'un style grandiose et classique), chez les Espagnols, c'est-à-dire au xvii^ siècle, le Portugal ne pouvait entrer en lice avec l'Espagne. L'Italie, même à l'époque de Murillo (né en 1618), présente infiniment moins d'éclat que l'Espagne, puisque Murillo est postérieur au Guide, né en 1573, et au Cucrchin, uù en 1390.
(3) Au commencement du xti^ siècle, je découvre au contraire dans la peiu' ture gothique l'influence flamande et allemande presque exclusivement.
(4) Nous verrons en son temps jus<|u'à quel point nous pouvons adopter ces opinions qui sont toutes extraites de l'ouvrage de Cyrillo.
(5) Tout ce que l'auteur de ces observations critiques vient de dire sur tous ces peintres est extrait de Cyrillo, et subira les modifications que mes investigations me feront adopter. Il est superflu de dire que quant à Gran-Vasco, je ne puis admettre ses conclusions. Quand nous aurons fini nos investigations nous verrons ce qui en sortira. {Notes Je l'auteur det lellrei.)
Gaspard Diaz chercha à imiler Raphaël et le Parmesan. On lui attribue le tableau de la Descente du Saint-Esprit, conservé dans la tribune du maître-autel de l'église de Saint-Roch (aujourd'hui de la Miséricorde). Ce beau tableau a fait l'admiration do Pierre Guarienti, qui vint en cette capitale en i740 (1). Celui de Jésus-Christ dans le jardin des Oliviers, existant à Belem , et celui de saint Roch, dans la chapelle dudit saint, sont également de cet insigne artiste.
Nous n'avons découvert de Simon Rodriguez , que le tableau de la naissance de Notre -Seigneur , qui est placé dans le réfectoire du monastère de Belem, et que quelques-uns attribuent à Amaro do Valle. L'opinion penche plutôt en faveur du premier. Ce tableau néanmoins est d'un grand mérite.
Marcos da Cruz, peintre admirable que l'on reconnaît bien dans le tableau de sainte Marie-Madeleine de Paris, placé dans l'église du couvent des Carmes à Lisbonne. On lui attribue les tableaux qui ornent la grande nef de l'église du couvent de Jésus : leur mauvais état, par suite de l'action du temps, n'a pas permis de faire les observations que nous aurions désiré.
Page 119. Nous savons que le comte de la Lippe, qui, aux connaissances de la guerre et de la lactique militaires joignait celles des beauxarts , apprécia toujours hautement le mérite de "Vieira , lusitanien ; il lui faisait de fréquentes visites et emporta de lui en Allemagne le magnifique tableau de saint Antoine. L'Anglais Guillaume Hudson, acheta à grand prix dudit Vieira, le bel original de l'Adoration desMages dont notre collection renferme encore le dessin ; le mérite de cet artiste nous est attesté par ses compositions admirables. Ses tableaux enchanteurs de la malheureuse dona Inès de Castro et de Duarte Pacheco, immortalisèrent sa mémoire. Ce même Yieira, Lusitanien, est l'auteur de l'excellente peinture de saint Augustin qui embellit l'entrée du couvent de la Grâce, de celle do saint François, près du maître-aulel de l'église del'Enfant-Jésus, du tableau de saint Pierre et saint Paul, chez M. le comte dePavolide, et de quelques autres qui embellissent les églises de Saint- François de Paule et des religieux de Saint-Paul I*^»" l'ermite.
Dans des temps plus reculés nous avons eu des peintres de grand mérite. Parmi eux nous pouvons désigner Diogo Pereira , qui sans avoir eu d'autre maître que la nature et le génie , n'a pas laissé cependant d'exciter l'admiration des connaisseurs parles tableaux, où il a représenté des incendies ou d'autres effets de la lumière du feu (2).
Nous citerons parmi les plus précieux tableaux qui se trouvent en
(1) C'est entre 1733 et 1736 qu'il a séjourné en Portugal.
(2) Les tableaux attribués à ce i>eintre que j'ai vus chez le marquis de Barba, méritent peu d'éloges.
{iXoles de l'auteur des lettres.) I. 16
2i2 DIXIEME LETTRE. — APPENDICE V.
Portugal , le petit tableau de Leonnrdo de Vinci , qui existe dans la riche galerie du marquis de Tancos, ainsi que huit autres peintures de Jacob Bassano , que le prince Eugène (1) voulut acheter, par l'entremise de Pierre Guarienti. Celui-ci en offrit, au nom du prince, une somme considérable au comte d\4talaia ; mais ces oflres furent généreusement refusées. Ces tableaux sont vraiment dignes de la plus grande appréciation (2).
Cette galerie renferme des tableaux originaux des auteurs suivans : Antoine Corregio, Michel Ange, Bartholomé Murillo, Angelo Nardi . Jean Payt, Bernardin Leyns, Paul Bril, Pierre Brugola, peintre flamand, Abraham Oléamart, François Salviati, Antoine Tempesla, Paris Bordone, Palma le jeune et autres. N'oublions pas non plus l'admirabh tableau de Louis XIV, à cheval, au moment d'une bataille, œuvre curieuse de Lebrun (31
Page 122. Dans le xvii^ siècle, dit Cyrille , nous possédions quelque: statues qui n'ajoutent pas à la gloire de leurs auteurs. Il désigne entre autres celles de saint Pierre et de saint Paul qui se trouvent ai frontispice de l'église de Loreto , et il n'épargne dans ses critiques n l'Italien Padua dont les ouvrages ornent le chœur de la cathédrali d'Evora, ni la statue de saint Jean Népomucène placée sur le pont d'Al cantara.
Cependant, en 1650, notre insigne compatriote Manuel Pereir vivait déjà. Les magnifiques statues qu'il sculpta à Madrid firent hon neur au nom portugais. Palomino , dont l'éloge n'est pas suspect vante et loue beaucoup la statue de saint Bruno, que Philippe IV n pouvait se rassasier de voir et d'admirer , et celle de saint Jean-de Dieu. Toutes deux sont placées au frontispice des églises des couven fondés sous l'invocation de ces saints. Dans ce temps-là vivait aussi et jouissait d'une grande réputation, Braz de Mendonça, sculpteu lisbonnais. Nous n'oublierons pas non plus Pèdre Ignace de Vascon celles, (]ui a modelé en terre de nombreuses statues et qui savait auss fondre en métaux. Mais dans ce genre, personne n'a, à cette époque surpassé Antoine Fereira. Il semble impossible, selon Cyrillo, de voir d
(1) Guarienti a élé en Portugal de 1733 à 1736, et le prince Eugène de Savoi est mort en 1733, âgé de soixante-douze ans. Ce qu'on raconte paraît invraiscn blable, car ce n'est pas à l'article de la mort (ju'on peut se sentir enflammé poi des IJassano avec dus troupeaux. Encore si c'étaient des Leandro Bassano!...
(a) Ces tableaux] sont en effet des Bassano, mais ils sont loin d'être d'un grande valeur.
(3) La figure du roi est bien dessinée et bien peinte; le cheval l'est si fai biemeut, (pie je m'étonne que ce tableau puisse être l'œuvre de Lebrun.
{AoU's de t'auletiriUs Icllrcs
PEINTURE ANCIENNE. 2i3
meilleures figures champêtres modelées en lerre, que celles que nous connaissons de ce rare artiste du siècle dernier. Nous Siwons que plusieurs connaisseurs étrangers admirent le mérite de sa Naissance du Christ, qui se trouve à la chartreuse de Laveiras.
Nous devons également rappeler le nom de frey Manuel de Teixeira, religieux trinilaire, qui s'est distingué dans ce genre. Il nous est excessivement pénible de dire que l'ignorance et la cruauté de l'armée envahissante de Masséna s'est exercée sur les stiUues qui existaient dans l'église du couvent de la Trinité, à Santarem, et particulièrement sur celles qui ornaient le maitre-aulel. Tout ce qui s'y trouvait montrait certainement jusqu'où peut atteindre le talent, le génie des Portugais. Parmi ces statuaires portugais , un des plus insignes fut Joseph d'Almeida ; ses œuvres sont admirables. Il y a des personnes qui affirment qu'elles peuvent rivaliser avec les ouvrages les plus parfaits et les plus achevés. Celles de saint Paul et celles qui ornent la chapelle de Notre- Dame des Nécessités, sont d'un grand mérite. Ce grand artiste a fait aussi des sculptures en bois. On cite, comme étant de lui, l'image de sainte Camille de Lélis, dans le couvent de cet ordre, les passages de la Passion du Sauveur, qui accompagnent la procession des carmélites, les images de Notre-Dame, mère des hommes, et saint Joseph, dans l'église de Saint-François de Xabregas. C'est également avec beaucoup de justice que M. Balbi prodigue ses louanges à Joaquim Machado de Castro, sculpteur si connu en Europe.
APPENDICE VI
Communication de M. de Balsemâo.
Il est parlé de divers tableaux de Vasco dans le livre de la ville de Celorico de la province de Beira, écrit parle chanoine LuizDuarte, Villela da Silva, (}ui est mort l'année passée (i 843), à l'âge de 80 ans. L'édition porte la date de 1808. A la page 32-34 on lit ce qui suit (il parle de la paroisse de Saint-Pedro) : «C'est laseconde paroisse de la ville, on- « (léc par les templiers en 1230. Cette église contient sc[)t autels. Elle « est d'im caraclère très religieux, car bien qu'on n'y trouve pas do « portiques, de colonnes de marbre et de luxe d'architecture, on est dé- « dommage en entrant dans le sanctuaire. Il est orné d'images, d'autels « et d'ornemcns sacerdotaux tellement précieux, que, sans exagération, « nous osons affirmer que Saint-Pedro l'emporte sur toutes les égliscsde « l'évôché L'image miraculeuie de Notro-Damo do Carmo est la plus
« remarquable de toutes. Sa beauté, sa majesté dignes de l'impératrice « des deux, commandent le respect, touchent le cœur, enchantent la « vue , et excitent à la dévotion. C'est dans cette église que le célèbre « artiste, Isidore de Faria, a déployé son génie. Le panneau de Saint- « Pierre qui se trouve au milieu de ce joli édifice, entouré d'ara- « besquesbrillans et délicats, est si bien terminé, qu'à mon goût il est X inappréciable. Si ce fameux peintre avait plus de correction dans le « dessin, il aurait fait rejaillir sur Francoso , sa ville natale, autant de « gloire qu'elle en a tiré de la naissance du grand historien , père Joâo « de Lucena. » Pour faire plaisir aux amateurs d'un art , qui est d'autant plus admirable qu'il sait ravir à la nature ses perfections , et dont les hommes délicats et les nations les plus civilisées font le plus grand cas , je ne dois pas oublier un panneau très ancien qui se trouve dans cette paroisse , sur l'autel de l'Enfaut-Jésus : Il est l'ouvrage de Gaspard Diaz, contemporain de Gran-Vasco et disciple de Michel Ange Buonaroti. Ce panneau est une merveille de l'art. On y remarque une grande délicatesse de pinceau ; toutes les figures qui forment l'ensemble de cet ouvrage sont pleines d'expression ; le coloris est admirable : on le croirait de Rubens. Ce tableau prouve par ses perfections que son auteur possédait la poésie de son art à un degré sublime. C'est pour ces qualités que Gaspard Diaz mérite d'être appelé le Raphaël portugais, et beaucoup de monde le place au-dessus de Vasco , de Pedro Perugino.deReinoso Avelar et d'autres grands artistes qui, sous le règne doré et très heureux de dom Manuel et de Jean III , ont procuré tant de renommée à la nation. Si seulement nous avions plus de zèle pour étendre et perpétuer le souvenir des grands hommes qui ont illustré les arts et les sciences en Portugal , leurs œuvres seraient plus respectées et plus vénérées.
APPENDICE VIL
f^aratojo.
(C'est à la comtesse de Lavradio que je suis redevable de ces notices. Elle les a extraites de l'Histoire du couvent royal de Varatojo, par le frère Manuel de la très sainte Vierge Marie (1). Eu me peimeltant d'ajouter son nom à mes rfrcherclies, elle a embelli mon livre, et j'attache le plus grand prix à cette faveur.)
Il y a à Varatojo de précieuses images dont je vais rendre compte. A l'entrée du séminaire , à main gauche , se trouve , dans une belle
(1) Hisloria do Real convento c scminario de Varatojo, por frey Manoel de ^laria Sanlissimn,
et magnifique chapelle, la précieuse et dévote image de Noire-Dame du Chêne. Elle est ainsi appelée , parce que suivant la tradition, elle serait restée cachée pendant des siècles dans la cavité d'un grand chêne de la forêt de Varatojo. Elle avait été déposée dans ce lieu par les fidèles, pour la soustraire aux sacrilèges des Sarrasins, lorsqu'ils envahirent l'Espagne et le Portugal. Le chêne dans lequel se conservait cedépôt sacré existe encore. Lorsque la Vierge fut tirée de cette cachette, elle y fut remplacée par une image de saint Antoine» Celle de Notre-Dame fut transférée dans une petite chapelle qui avait été construite à cet effet dans le voisinage du chêne. Elle y resta jusqu'en 1777; alors elle fut transportée dans la nouvelle et belle chapelle que nous avons mentionnée plus haut. En ce temps c'était le père José da Assompçào, qui était gardien du séminaire.
En entrant dans l'église de Varatojo, on admire la précieuse image de Noire-Dame des Douleurs, en relief. Elle est placée dans la chapelle à main droite. Celte douce image et la chapelle furent léguées au séminaire par la très illustre dona Filippa de Noronha, fille du marquis de Tancos,etelle fut placée dans la chapelle en 1740, le père Manuel de la Mère de Dieu étant alors gardien. On voit dans la même chapelle les cinq premiers martyrs de l'ordre de Saint-François, exerçant le ministère de missionnaire et ayant l'image du Christ suspendue au cou.
Entre autres images qui ornent cette chapelle , se trouve à gauche un saint Jérôme tenant le Christ de la main droite, et, de la main gauche, se frappant la poitrine avec une pierre. Les connaisseurs considèrent celte image comme un morceau des plus curieux. Sur l'autel de gauche, se trouve une précieuse et jolie statueiie de l'Enfant- Jésus, pleurant et ayant les yeux fixés sur une croix, à droite de laquelle se trouve un crâne placé sur une colonne. Cette statuette est sous verre. Dona Thérèse de Marcos, marquise de Santa-Cruz, et dame de la reine dona Maria d'Autriche , fit venir d'Italie ce précieux et riche trésor qu'elle fit offrir à Varatojo par son fils frey Gaspar da Incarnaçào , religieux du séminaire de cette ville. On vénère sur le même autel une magnifique peinture de Notre-Dame de la Grâce, tenant dans ses bras un gracieux petit enfant, auquel elle présente le sein. Ce précieux tableau est un legs fait à la ville de Varatojo par le dévot, vertueux et illustre Luiz da Molta Ribeiro. Sur le même autel , on voit en relief la dévote image de saint Pascal , embrassant un crucifix , et, du côlé opposé, celle de saint Pierre d'Alcantara, tenant d'une main une croix et de l'autre une disc:,jline en fer.
Le tableau de .saint Antoine, patron du couvent, qui orne la tribune du maître-autel , est l'ouvrage du célèbre peintre Darcarclli , et le don charitable du Monjado da Torre de Giesteira de Monte-môr o Novo , père de dom frey Joào do Nasciniento , cvêquo de Funcbal, natif de Va-
lie DIXIEME LETTRE. - APPENDICE VIII.
ratojo. Les superbes tableaux latéraux qui embellissent le maître autel, ainsi que deux autres qui se voient dans la sacristie, représentent, l'un saint Antoine, et l'autre la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres dans le Cénacle, lis sont tous peints sur bois et sont dus au pinceau de Gran- Vasco , l'Appelles Portugais. On conserve dans le chœur un gracieux Enfant Jésus, peint sur toile. Il est représenté avec une tunique transparente qui ajoute à sa beauté et à son agrément. On remarque également dans la chapelle du noviciat une belle peinture, sur toile, de Notre- Dame des Douleurs. Ces deux derniers tableaux sont l'ouvrage de l'insigne peintre , portugaise , Josepha d'Obidos. Les restes de cette femme célèbre reposent dans l'église de Saint-Pierre, à Obidos, où elle était née. On croit devoir attribuer au même pinceau un Christ, demifigure et couvert de plaies , que l'on conserve dans la sacristie du séminaire. Il y a là encore d'autres peintures dont on ne connaît pas les auteurs. Telles sont celles représentant saint Michel-Archange protecteur des missionnaires de Varatoj o ; samt Benoît, saint Amaro, saint François, saint Dominique et plusieurs autres. Dans le chœur on vénère un saint François.
Dans la chapelle de Notre-Dame du Chêne , on voit une excellente peinture du très chaste époux de la Mère de Dieu, saint Joseph. Ce tableau, ainsi que les deux autres qui ornent ladite chapelle , et celui de la cène , placé dans le réfectoire , ont été faits dans l'Algarve , par un peintre italien , et ils ont été transportés à Varatojo par les soins, le zèle et la dévotion d'un missionnaire du même séminaire, nommé frey Marcos do Rosario.
APPENDICE VIIÏ.
Manuel de Cenaculo-Villas-Boas , archevêque (TEvora (1776) (déjà cité lettre vri, appendice v, n. 21.)
Cet auteur ajoute , après les mots da escola de Perugin, ce qui suit :
« Marcos da Cruz,
« Vanegas,
« Dom Holiodoro do Paiva , chanoine do Santa Cruz de
Coïmbre, « Campello, « Ferniio Gomez, « Heirioso, « Gaspar Diaz.
Lps quatre derniers étaient des élèves de Michel Ange. A l'époque qui suivit celle de ces artistes, la peinture acquit plus de crédit et fut plus étudiée parmi les étrangers. Cependant , comme parmi nous on commença à faire peu de cas du bon goût dans les arts, il en résulta que l'émulation se perdit et le progrès s'arrètii, ou au moins fut moindre que chez les étrangers, car on ne saurait nier que nous n'ayons eu quelques hommes de talent, môme au xvii*= siècle.
APPENDICE IX
Vahbé Diogo Barbosa Machndo (déjà cité lettre vn, appendice i'^'' (1751).
Il nous donne une énumération de peintres portugais, et cite les noms suivans :
Gran-Vascode Vizeu,
Affonso Sanchez Coelho,
Gaspar Diaz,
Amaro do Valle,
Diogo Reynoso,
Fernao Gomez,
Joseph de Avellar,
Diogo Pereira,
Marcos da Cruz,
Bento Coelho,
Francisco Vieira,
André Gonçîdvez, pintor ingenuo Olysiponense.
Dans ce même ouvrage on rencontre, page 48, le passage suivant* a Même en Portugal nous possédons
« Les deux Christophe d'Utrecht et Christophe Lopes,
a Balthazar d'Alphonse Alvarez,
« Nicolas de Prias,
« Alphonse Sanchez,
« Philippe Terzio, décoré de la croix du Christ,
a Honneur, qui , sous ce règne, n'était pas prodigué. A cette époque « le Portugal ne le cédait à aucun autre pays, en hommes éminens dans « cette branche du savoir et dansd'autres. Malheureusement les génies.
« que la nation produit si abondamment , ne sont pas soutenus par « la considération politique et la^^Iibéralité ne vient pas à l'aide de leur a science (1). »
A la page 50, du même rapport on lit : « Parmi les femmes illus- « très, de haut rang, il faut citer : la comtesse d'Assumar, la mar- « quise de Fronteira, dona Maria-Magdelena de Castro, femme du « grand-maître des postes. Je ferais encore mention d'autres dames « s'il ne suffisait pas pour la gloire de la peinture de placer ici parmi « ses protectrices , la reine d'Espagne , Marie-Louise de Bourbon , la « reine dona Isabelle Farnèse, mère de notre reine, et votre excellence, « dona Anne de Loraine, qui toutes ont augmenté la série des souve- « raines qui ont honoré les arts. »
Relativement à dona Anne de Loraine, on rencontre à la page 57 le passage suivant : « Personne mieux que vous, très excellente et très « illustre dame, n'a donné de témoignage plus gracieux et plus élégant « de cette vérité. Il ne peut y avoir de protectrice plus auguste. » « Et page 58 il est dit : « Et puisque cette haute science jouit de la « félicité de voir en voua une héroïne qui l'ennoblit, etc., etc. »
APPENDICE X
G as par Câo.
( Gommuiiication du vicomte de Juromenha. )
La rencontre d'un chien, dans quelques-uns des tableaux attribués à Vasco , a fait naître la supposition que Gaspard Câo pouvait en être l'auteur. Cet animal est représenté entre autres dans un tableau de 1'^piphanie, attribué à Vasco , qui a appartenu à la maison des marquis de Valence. Emmanuel Marie da Costa et Sa qui avait été secrétaire de l'Académie royale des sciences , et qui a été enlevé depuis peu (en 1843), par la mort, aux lettres et à ses amis , dit, dans la description qu'il fit de ce tableau, que ce chien peut avoir été placé là pour désigner le navigateur célèbre, Jacques Câo, qu'il juge être un des personnages introduits dans le tableau, et aux pieds duquel on voit cet animal.
(1) François de Hollande pensait de même, et cela se réduit à peu près à ce peu de mots : n J'ai du génie, donnez-moi des cnizades. <>
(A'o/e de l'auteur des lettres.)
APPENDICE XI
J'ai vu, le 3 avril 1843, chez M. Tiniranzi, peintre et restaurateur de tableaux, une ylrforo<tondesj|fagies, appartenant à lord Howard et ayant à peu près 4 pieds 1/2 sur 3 4/2 (1,46 met. à 1,14). Les figures sont un peu plus grandes que demi-nature. Ce tableau fait partie de l'innombrable catégorie de panneaux gothiques confondus sous le nom de Gran- Vasco. Il est d'un mérite secondaire et d'un dessin faible dans les figures et dans les draperies. Cependant, ces dernières sont larges et s'écartent déjà du style gothique. La touche, dans ce tableau est assez facile, et le coloris est brillant. Les détails de vases, d'ornemens de broderies sont peints avec précision comme dans presque tous les tableaux de celte époque et de cette catégorie. M. Tiniranzi a découvert sur une des pierres de la muraille le monogramme que j'ai donné dans la lettre X, sous le n' 3.
APPENDICE XII
Passages extraits relatifs aux arts, du premier tome de V ouvrage intitulé : Histoire de Santarem edificada , par le Père Ignace da Piedade et Vasconcellos. 2 vol. in-fol. Lisbonne 1740.
(Extraits faits par M. Santos, graveur de l'Acadétnie.)
L'église de Saint-Augustin de Santarem est d'une architecture ancienne, mais d'un style majestueux. Le portique est décoré de colonnes rondes en demi-relief finissant en pointe. Elle possède une galerie circulaire admirablement construite et d'une seule pièce. Il s'y trouve plusieurs chapelles : entre autres, celle de sainte Rita dont l'encadrement a été fait par le sculpteur Manoel Cardozo. Sous dom Jean V, celte chapelle a été richement terminée par ordre de ce monarque. On y a dépensé cinq mille cruzades. Les meilleurs peintres de la cour y ont été occupés. Le tableau de sanla Rita , a été peint par Ignace Xavier, natif de Santarem , à son retour de Rome où il avait été étudier. La suinte y est représentée en extase devant le crucifix entouré d'anges.
Cet ouvrage a été exécuté vers 4724. — Pages 439 à 142, vol. 4, chap. XV.
Une maison particulière , rue Saint-Nicolas , paroisse dudit saint, à Santarem, renferme une image de saint Pierre, le pénitent. Cette image a plus de quarante ans (on écrivait ceci en 4740); elle est en terre et a été faile par un religieux de la très sainte Trinité, natif de Sanlarera, appelé François da Piedade; grand artiste en ce genre. — Page 308, vol. 4, chap. xii.
Ignace da Piedade e Vasconcellos a modelé, en terre, un grand nombre de statues ; il savait aussi les fondre en métal, ainsi que l'affirme le père Jean Chrysostôme, qui rapporte avoir vu de lui d'excellentes figures de grandeur naturelle. Il était chanoine de Saint-Jean|rÉvangéliste, et a composé, outre l'histoire de Santarem edifîcada, un ouvrage sur les arts, intitulé Artefactos symetriacos e geometricos, qu'il a dédié à dona Mariana d'Austria, en 1732.— Voyez CoUecçào de mémorias, etc., etc., par Cyrille Wolkmar Machado, page 2S3.
Extrait du if tome de Santarem edificada. (Communiqué par M. Santos le 31 mars 1844.)
A une demi-lieue de la ville de Santarem, vers le nord , entre les bois d'oliviers, se trouve la chapelle de Noire-Dame des Anges, près de celle de Notre-Dame de la Pitié. Cette chapelle, ainsi que le constate sa matricule (o Salvador), a été bâtie en 4 260 , du temps de l'évéque don) Jean, qui accorda la permission d'y célébrer la messe. On y distingue la statue de Notre-Dame; cette statue est en pierre et a 5 à 6 palmes de hauteur (4,43 met. à 1 ,35) {Santarem edif. , 2c part. , p. 4 6).
L'église Saint -Benoît, à Santarem, a 4 chapelles, en outre du maître-autel. Il s'y trouve deux images; l'une de saint Benoît, et l'autre de saint Amaro ; elles sont presque de grandeur naturelle et d'une bonne sculpture. La chapelle située vers le sud a un tableau où sont admirablement peints les douze apôtres , entre lesquels est placé Jésus ressuscité et saint Thomas mettant la main sur ses plaies. La chapelle du côté du nord a un tableau de même dimension et du même auteur, représentant la descente du Saint-Esprit sur les apôtres. Tout indique que ces peintures sont très anciennes; elles sont faites sur bois.
Le monastère do Saint-Benoît a été édifié, comme on voit, après que la princesse dona Maria, iillo du roi dom Manuel, se fut retirée au couvent de Notre-Dame da Luz, près de Lisbonne {Santarem edif., i" partic, page 445 à 446).
Près de la porte de Leira, à Sanfarem, existe une chapelle dédiée à Notre-Dame de la Pitié, dont l'image fut commandée par le frey Alphonse da Piedade : elle est en terre, « Elle a été cuite au four d'An- « toine Fernandez, potier ; four qui était situé derrière les murs, à la
« Mouraria et je la fis peindre par un peintre actuellement mort
« appelé Jean da Cunha, demeurant vis-à-vis Luiz de Quintal Mei- « reinha , et nous la transportâmes avec une grande vénération dans « la chapelle que je fis construire près de la porte de Leiria, etc., etc. » Ces paroles sont du frère Alphonse da Piedade, écrites à Arrabida , le 19 septembre 1663 {Santarem edif., 2* partie, page 129).
On croit avec assez de raison que, en 1242, ou environ à cette époque, le couvent de Saint-François de Santarem était en construction ou commençait à se construire. A l'entrée de la porte principale, à gauche, est placée sur un autel une très dévote image du Crucifix. Elle est de grandeur naturelle et a été exécutée par ordre de dom JeanP^ D'après la tradition elle est de la taille même de ce roi {Sont, édif., part. 2', page 190).
Dom frey Fernando de Tavora, religieux de l'ordre de Saint-Dominique, né à Santarem, estimé à la cour de dom Jean IIÏ, confesseur du roi dom Sébastien, était très bon, très humble et très éloquent. Il fut élève de dom frey Barthélémy des Martyrs. Dom Sébastien le nomma évèque de Funchal, mais comme il ne pouvait pas supporter la mer , il renonça à l'évêché et se retira à son couvent d'Azeitâo où il mourut en 1577 après avoir été nommé grand aumônier du roi dom Sébastien.
Il a écrit quelques commentaires sur l'Évangile de saint Jean. Il estimait beaucoup l'art de la peinture, et son amour était si fort qu'il s'y distingua au point de surpasser les meilleurs peintres de son époque en Portugal, témoin quelques-ims de ses tableaux conservés encore aujourd'hui au couvent deBemfica (Sant. cdif., 2^ part., pages 464 et 465).
Dans le couvent da Serra, près de la ville d'Almeirim, appartenant aux moines de l'ordre de Saint-Dominique, le roi dom Manuel fit placer un tableau admirable, dans lequel on voit son portrait, celui de dona Maria sa seconde épouse, et ceux do tous ses enfans {Santarern edif., partie 2», page 355).
APPENDICE XIII
Notices de tahbé de Castro e Sous a.
Lisbonne , le 16 décembre 1843-
Jorge da Costa naquit dans la ville d'Alpedrinha en U06. La protection de la fille du roi Edouard (1) , l'infante dona Catharina dont il était l'instituteur, commença sa fortune. Ce fut à la prière de cette princesse que le roie nomma évêque d'Evora. Alphonse V le fit ensuite archevêque de Lisbonne en 1464. Devenu archevêque il fit bâtir la chapelle deNotre-Dame de l'Assomption dans le couvent de Sainl-Éloi à Lisbonne. Cette chapelle était destinée dès son origine à la sépulture de l'infante Catharina qui mourut fille en 1 463, âgée de 27 ans. Jorge da Costa la fit inhumer dans cette chapelle et y fil placer un petit tableau renfermant le portrait de l'infante Catharina et le sien. Le tremblement de terre de 1755 détruisit presque toute l'église. Une resta que deux arches de la principale chapelle et et le chœur. Les cendres de la princesse furent transportées à Sam-Bento où on y lit l'épitaphe suivante :
Catharina Lusitaniœ infans Eduardi et
Eleonorœ regum ûlia obiit olisipone.
XI Kal. julii A. D. MCCCCLXIII. Translata VII Kal. februari. A. D. MDCCLXXXXII.
Le tableau en question fut aussi transporté dans ledit couvent en même temps que le cercueil , et après la suppression des couvens en 1834, il fut porté dans l'Académie des beaux-arts où il se trouve.
Jorge da Costa mourut cardinal en 1508 à Rome à l'âge de 402 ans.
Tout cela est tiré des ouvrages suivans :
Cuncha, Sur les évêques de Porto, 2e partie, chap. 33.
Severim de Faria, Noticesur le Portugal, discours 8, § 11 .
Duarte-Nunes, Description du Portugal, page 134.
Cardozo, Agiologio Lusilano, tome ir, page 116.
Lima, Geographia historica, tome i, page 372.
Frey, Francisco de Santa Maria, anno historico, tome ii, pag" 550.
Fonscca, Evora gloriosa, n° 512.
'1) II naquit en 1391 et mourut eo 1438.
Jean-Baplisla de Castro, Mappa de Portugal antigo emoderno, lom. m, partie o«.
Chronique des chanoines de Saint-Jean l'Evangéliste, appelé le ciel ouvert sur la terre.
APPENDICE XIV
Antoine Moor et Christophe dUtrechtn
Extrait du Dictionnaire historique de Bermudez, tome m, page 202 ; édition de Madrid 1800.
Moor ( Antoine ) était le plus fameux peintre de portraits de son temps. 11 naquit à Ulrecht en 1512, et fut élève de Jean Schorel avec qui il fit beaucoup de progrès en voyageant en Italie et en y étudiant les œuvres des grands maîtres. Après qu'il eutservi Charles V en Flandre, il fut conduit à Madrid en 1552 par le cardinal Granvelle. Il y peignit le portrait du prince don Philippe, et fut envoyé en Portugal pour y faire celui de la princesse dona Maria, première femme de Philippe II, celui du roi dom Jean III et celui de sa femme, sœur de l'empereur (1). En outre du salaire qu'il recevait en Espagne, ces portraits lui furent généreusement payés par les deux cours qui en faisaient grand cas; ce qui fit que par la suite il n'en voulut plus faire à moins de 100 ducats, et c'est ainsi que les lui payaient ses nombreux admirateurs portugais , en outre des autres présens qu'ils lui faisaient.
De retour à Madrid, il fut envoyé à Londres pour y peindre dona Maria. Il a gagné beaucoup de livres sterling à faire des copies dece portrait que lui commandaient les notabilités anglaises, l'empereur et Granvelle. La paix entre l'Espagne et la France étant conclue, il rentra au service de Philippe II dont il gagna la confiance, à tel point qu'il était envié même des courtisans. Moor connut qu'il n'était pas en sûreté au sein de tant de faveurs et de distinctions, et sous divers prétextes, il obtint du roi la permission de passer à Bruxelles. Il peignit
(1) Ce sont probablement les deux tableaux qu'on voit dans la sacristie de Saint-Rorh à Lisbonne. Us ont dû être très bons avant d^avoir subi l'influence du temps et dej restaurations. Us ont conservé un caractère flamand très prononce. [Note de l'auteur det lettres.)
jtoi DIXIÈME LETTRE. — APPENDICE XIV.
dans cette ville le duc d'Albe et sa favorite. De là il se rendit à Anvers où il avait une fille riche et mariée. Moor mourut dans cette dernière ville, en ] 588, laissant inachevée une peinture de la circoncision de Notre Seigneur, ouvrage qui jouit d'une grande renommée.
Son plus grand ouvrage est à Paris, c'est le tableau du Christ ressuscité entre s'àinlVierre et saint Paul avec deux anges. Ce tableau n'est certainement pas remarquable sous le rapport de la composition, mais il est d'un dessin correct et d'un bon coloris : toutefois il y a à dire qu'il est sec. Ce fut dans les portraits qu'il se distingua le plus tant par la ressemblance que par le colons. Il était du reste d'une grande politesse, vivait honorablement et était d'un ton grave et majestueux, ce qui le faisait respecter de tous.
On conserve encore de lui quelques portraits au palais de Madrid , entre autres ceux de deux dames assises sur leurs fauteuils : l'uned'elles a une rose à la main, l'autre tient une petite chienne. Ces deux portraits ont été gravés à la manière noire dans le style anglais en 1795 par les graveurs Vasquez père et fils. Ses plus beaux ouvrages périrent dans l'incendie du palais del Pardo qui eut lieu en 1G08. Dans la première salle se trouvait le grand portrait de Philippe H, de grandeur naturelle, qu'il avait peint en Flandre quand il passa à Saint-Quentin; ceux de deux filles, l'une Allemande, aux cheveux roux et hérissés représentait une physionomie étrangère, et l'autre, quoique peu âgée avait la barb aussi épaisse qu'un homme de trente ans. On y voit aussi un tableau représentant un repasseur de Flandre, au gros ventre, au visage ridicule et aux vêtemens délabrés. C'est un singulier personnage avec tout l'attirail de son métier ; à côté de lui on voit deux femmes , l'une vieille, l'autre jeune et très jolie. Cette dernière lui donne des instrumens à repasser.
Dans une autre salle appelée salle des portraits, on en voyait quarante-cinq de princes, de princesses et d'autres notabilités. Dans ce nombre, Moro avait peint les portraits suivans : celui de dona Maria i impératrice d'Allemagne, femme de Maximilien II ; celui du prince de Portugal ; dom Jean, père du roi dom Sébastien ; de dom Luiz, infant de Portugal ; de Marguerite , anglaise ; de Milota Dornier, anglaise; de laduchesse de Faria; du duc Dolfoch, fils du roi de Danemark; de Ruy Gomezda Silva, prince d'Éboli, duc de Pastrana et sommeiller de Philippe II •, de Jean de Benavidcz, marquis de Certes ; de dom Luiz de Carjaval, fils aîné de la maison do llodar; le portrait de Moorpeiiit par luimômc; celui de Charles, archiduc d'Autriche, fi ère de l'empereur Maximilien -.celui de Maximilien II, empereur d'Allemagne ; celui de Marie, reine de Hongrie, femme Ladislas, fille de Charles V, et enfin celui de Léonore, reine de France, femme de François l ■■ et sœur de Charles V {Sandrat, Daldinuc, Arcjole de Molina, Carduch, Pacheco, Félibien Valomino).
PEINTURE ANCIENNE. m
Cyrillo, pa;^e 65, article Antoine Moor.
Christophe d'Ulrecht, élève de Moor, vint à la cour de Portugal vers le milieu du xvi^ siècle, soit avec lui, soit, comme d'autres l'assurent, avec un ambassadeur. Il fut au service de dom Jean III, et peignit non-seulement d'excellens portraits, maisméme quelques portraits historiques. Los charmans petits tableaux qui se trouvent au-dessus des caisses de la sacristie de Madré Deos sont peut-être de son école ; ses travaux furent généreusement payés, et il reçut en outre la croix de l'ordre du Christ. Il mourut en 1557, âgé de 59 ans.
Antoine Moor mourut onze ans après à Anvers dans sa 56* année.
Nota bene.— Si ces notes qui sont d'un auteur estimable étaient exactes, l'élève aurait quatorze ans de plus que le maître, chose possible, mais peu vraisemblable.
Le vicomte de Juromenha m'a encore communiqué au sujelde Moor le renseignement suivant, extrait des Archives.
« Envoyé parla reine aux contrôleurs de ses finances , pour prélc- « ver de Alvaro Lopes son trésorier, 500 cruzades qu'elle a données « à Antoine Moor, peintre flamand que la reine de Hongrie envoya a pour faire les portraits de Leurs Altesses :
« Contrôleur de ma maison, je vous ordonne que sur ce seul écrit , « et sans autre ordre ni avis, vous portiez en compte à Alvaro Lopez , a mon trésorier, les 500 cruzades que je donne à Antoine Moor, peintre « flamand qu'envoya de Flandre, ma sœur, la reine de Hongrie, pour « faire d'après nature les portraits du roi mon maître, et le mien, les- « quels 200,000 reis vous devez sans faute lui remettre par l'entremise » dudit trésorier. Fait à Lisbonne, le 22 de septembre 1552, et cela ne « doit pas passer par la chancellerie. La reine.» Archives royales. Corpo chronologico.
Extrait du Dictionnaire historique de Bermudez, tome v, page 97. Edit. de Madrid, 1800.
Christobal d'Utrecht, peintre, naturel de Hollande, fulélèved'Anloine Moor qui l'amena en Espagne. Il passa ensuite à Lisbonne avec un ambassadeur. Il peignit dans celte dernière ville de beaux tableaux et principalement de beaux portraits d'après l'école de son maître. 11 fit celui de dom Jean III qui l'éleva à la dignité de chevalier du Christ en 1550. Il mourut en 1557 à l'âge de 59 ans. Palomino.
M. l'abbé de Castro en s'appuyant sur Taborda et sur quelques autres auteurs, m'a adressé au sujet de Christophe d'Utrecht la notice suivante :
u Christophe d'Ulrcobt, peintre hollandais, né en 1498 en Hollande,
« vint en Portugal en 1552, et mourut à Lisbonne en 1557, âgé de 59 « ans. Il travailla continuellement pour diverses églises et pour les pa- « lais royaux, et exécuta des tableaux d'histoire et des portraits. Il « acquit une si grande réputation que tout le monde l'appelait le grand « Vasco d'Utrecht (1). Ses ouvrages méritèrent et méritent encore de « grands éloges parce qu'ils sont faits dans le goût de Pierre Pérugin et « de Jean Bellini : cependant ils sont d'une touche plus délicate et « plus harmonieuse. Il a donné à ses figures un relief qui trompe agréa- « blement. Beaucoup de tètes de ses tableaux ont assez de ressem- « blance avec celles des portraits de la famille de Thomas Morus, peints « par Jean Holbein deBasle, peintre de l'école flamande, né en 1498 et « mort en 1 554. Les deux portraits de dom Jean III et de la reine dona « Catherine, qui se trouvent dans l'église de Sainl-Roch de Lisbonne et « sont placés au milieu des pilastres sous le chœur, sont de lui, ainsi a que les petits tableaux qui se trouvent au-dessus des armoires a de la sacristie de l'église du monastère de Madré Deos (2). Le mo- « nastère de Madré Deos des religieuses de l'ordre de Saint-François fut « fondé par la reine Eléonore, veuve de Jean II le 23 juin 1509 et fut « achevé par Jean III. L'un des petits tableaux de la sacristie repré- « sente le mariage de Jean III et de Catherine ; l'autre la procession qui « se fit le 12 septembre 1 517 après le débarquement du corps de sainte « Auta , vierge et martyre, qui fut envoyé par l'empereur Maximilien à « dona Eléonore, veuve de Jean II, pour être déposé dans le monastère « de Madré Deos (3). »
(1) Je voudrais bien voir l'aïUeur ancien qui lui applique cette dénomination; cependant Guarienli, qui a visité le Portugal en 1733, rapporte déjà ce fait.
(2) Cyrillo dit seulement que ces tableaux peuvent bien être de l'école de Clirislophe d'Utrecht. Voilà encore une école. Entre avoir des écoliers et avoir formé une école, il y a une distance immense. Toujours même confusion d'idées dans tout ce qui touche aux arts dans ce pays-ci. Quant aux deux portraits de l'église Saint-Roch, ils sont de Moor.
(3) Je ne puis adopter ta première partie de ces observations, elles me paraissent offrir des erreurs, des contradictions et des invraisemblances. Si Christophe d'Utrecht est l'auteur des tableaux de Madré Deos, il ne présente aucune analogie avec Ptrugino et Bellini ; Holbein n'a rien de commun avec l'école flamande; les éloges ne me semblent pas offrir un sens précis. Je n'en accuse pas M. l'abbé de Castro; il n'a fait que me rendre compte de ce qu'il a trouvé dans Taborda et Cyrillo. La partie historique de cette communication me iviraît très intéressante. {Noies de Pauteur des lettres )
POST-SCRIPTUM
Je vous ai annoncé des extraits de Guarienti dans la lettre qui précède ces appendices ; mais je vous prie de prendre encore patience. J'ai longtemps attendu larrivée de ce livre. Il se trouve enfin en ma possession. C'est le premier ouvrage que j'ai pu découvrir jusqu'ici qui renferme des renseignemens nombreux et importans, quoique parfois imparfaits et môme inexacts, sur les arts du Portugal. Guarienti a en effet vécu en Portugal [)endant les années 1733-1736, et il est difficile decroire, qu'étant artiste lui-môme et inspecteur delà galerie de Dresde, il n'ait pas été en état de juger les arts et les artistes ; aussi son langage est-il celui d'un homme du métier. Cependant vous verrez qu'il lui arrive de se tromper et que l'esprit d'investigation n'est pas toujours chez lui très actif et très juste. Je me réserve d'extraire de ce livre tout ce qui se rapporte à notre sujet ; mais cela demande du temps, car les articles sur le Portugal étant disséminés dans tout le livre, il faut le lire en entier. Je ne veux pas retarder l'envoi des lettres 10™*', 11""' et 12""*, vous les trouverez déjà assez longues. Guarienti fera donc le sujet do ma 13'' lettre. Je vais m'en occuper incessamment.
OBJETS D'ABT QU SE TROUVENT EN PORTUfiAl
Lisbonne, le 1er juin 1844
Messieurs,
Beaucoup d'objots prc^cieux attestent que l'amour du beau et le goût pour les arts ont été à différentes époques répandus dans tout le Portugal. Les opinions sur le mérite relatif de ces précieux souvenirs ne sont pas fixées. Telle chose, comme nous l'avons vu, passe pour une relique et n'a souvent nulle valeur; telle autre, dont on ne s'occupe pas, a un mérite réel. Je ne citerai à l'appui de cette assertion que le Holbein de Bemposta; le tableau de Rubens de l'ancien convent de Jésus, maintenant Paroisse das Merces; la bataille de Pavie, de M. deSaldanha Castro ; le livre de prières du comte de Mosquitella; le vitrage de la salle da chapitre à Batalha (1) ; et une quantiié considérable de vases d'or et d'argent si précieux que
(1) Lisf'onne, le Î9 août im. J'ai visité depuis Evora, Porto, Vizoïi et Lamego, et j'ajouterai à cetleliste lu grand tableau d'Evora, au palais arclii-épisropal, représentant la f^ierf^e sur le Irâne entourée d'anges; le lahleau de l'église de la Misérieordfi, à Porto, représentant la Fontaine de Hlisè-icorJe; v\ le Saint-Pierre de Cran-Vasco, à la calliédra'o de Vizeu.
nulle part on n'en peut voir de plus beaux. 11 y a des fragmens architectoniques de l'époque d'Emmanuel, qui sont répandus avec profusion dans tout le Portugal et dont, à ma connaissance, on s'est jusqu'ici fort peu occupé. Beaucoup de tableaux de l'époque de dom Emmanuel et de Jean III, obtiennent tous les jours des ovations, uniquementparce qu'ilssontréputésde Gran- Vasco , mais leur mérite réel ou relatif, et leur véritable origine n'ont été l'objet des investigations de personne. Beaucoup de gens louent avec enthousiasme les arts du Portugal. Personne ne veut dépenser un sou (j'en excepte le duc de Palmella et le comte de Farrobo) ; personne ne veut employer ses soins à leur amélioration. Au reste, il faut l'avouer peu de gens ici sauraient maintenant comment s'y prendre pour rendre ce service à leur pays. On aime mieux soutenir qu'on a pu toujours, sous ce rapport, se passer des étrangers, que de fournir aux nationaux les moyens de se perfectionner dans la partie pour laquelle ils montrent des dispositions. Le pays est en réi^olution. Ce peu de mots explique tout, et je n'en accuse que le constitutionnalisme moderne, la confusion d'idées et le désordre qui en sont la conséquence en Espagne et ici depuis plus de 20 ans. Les intrigans politiques ont beau jeu, ruinent le pays et font des phrases et des mensonges. Le peuple désillusionné souffre, paie et ne dit mot. Cependant il faut convenir que la vieille machine fonctionnait très mal, que depuis deux ans on a fait de grands progrès vers l'ordre et la stabilité, et que ces progrès sont dus à l'administration présente.
Si j'avais à proposer les moyens de (relever les arts en Portugal, voici à quoi se réduiraient mes conseils.
A l'Académie, qui devrait s'appeler école de dessin, on enseignerait le dessin, la perspective l'anatomie. On ferait dessiner d'après la bosse et d'après le nu. Je supprimerais la classe de peinture à laquelle la réunion de mille circonstances n'est pas pour le moment favorable. Ceci soit dit sans attaquer le mérite et les services de M. Fonseca, dont j'ai tâché de vous faire connaître le talent et les tendances dans ma lettre 6
Il faudrait conserver les professeurs mais ne pas en nommer de nouveaux de longtemps.
Il faudrait faire venir d'Allemagne un artiste habile dans la peinture à fresque , lui commander des sujets relatifs à l'histoire du Portugal ; mais se rapportant à une époque qui n'ait rien de commun avec les préoccupations et les passions du jour; car faire concourir les arts aux fureurs des partis, serait le plus ignoble but qu'on piit se proposer; ce serait d'ailleurs exposer les productions artistiques à se perdre à chaque nouvelle oscilition. Il faudrait faire assister ce peintre exclusivement par ie jeunes artistes portugais. Du choix de ce peintre dépen- Iraient les succès qu'on pourrait attendre de cette mesure.
Il faudrait envoyer plusieurs jeunes gens à Munich, car à [unich la peinture pousse des racines, des branches, vit, se léveloppe, porte en abondance des fleurs et des fruits. Sa tenlance est élevée. Il faut commencer par Munich ; car la vie lonnela vie. Que ces jeunes gens aillent ensuite à Rome, à Floînce, à Venise ; les plus grands exemples de l'art ancien et classique sont encore là; bien que depuis deux siècles il n'in- Bpire plus d'une manière bienfaisante même les Italiens, ce peuple le plus intelligent peut-être de la terre, et qui a les plus grands exemples sans cesse sous les yeux.
Dans la classe d'architecture de l'Académie, je découvre des élémens de vie et de progrès.
Je vais, Messieurs, vous faire faire une promenade dans Lisbonne. Je tâcherai de vous donner une idée du caractère qui domine ici dans les arts. Comme de raison c'est l'époque la plus féconde , la plus rapprochée de nous , dont on voit le plus grand nombre de productions. On me dit que les choses les plus précieuses des meilleures époques, ont disparu et on en accuse le tremblement de terre et les invasions. Ces deux calamités ont sans doute détruit beaucoup d'objets d'art, et n'ont pas peu contribuée appauvrir le Portugal ; mais je suis tenté de croire, qu'on leur impute beaucoup plus de méfaits qu'elles n'en ont commis. Partout, en Italie même, ce sont les tableaux des dernières époques, et les tableaux médiocres ou mauvais qui se trouvent en plus grand nombre, et cela pour des raisons bien simples : parce que les choses anciennes avec le temps se perdent ; que les époques du faire facile ont produit davantage
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que celles du faire consciencieux ; et surtout que les mauvaises choses se rencontrent partout en plus grande abondance que les bonnes.
Commençons notre examen par l'Académie des beaux arts : voici ce qu'on lit dans le Panorama, n° 107, p. 13 (1).