‹ Les arts en PortugalChapitre 74 sur 138 · ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS · texte numérisé non relu

ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS

Nous avons une richesse nationale dans les tableaux que nous possédons, mais peu de Portugais la connaissent, faute de galeries où les tableaux antiques soient exposés séparément de ceux qui forment l'exposition. Bon nombre de personnes sortent de l'Académie, après en avoir parcouru toutes les salles, sans savoir que dans l'une de celles-ci se trouve un tableau représentant saint Jérôme ; tableau, qui, par la rigueur du dessin, la sévérité de l'expression et le soin porté au développement des muscles est attribué, à juste titre, pour ce qui concerne le dessin, à Michel Ange, ce grand et singulier artiste, et à Sébastien del Piombo pour le coloris.

Le tableau qu'on attribue, mirabile dictu, à Michel Ange, est en effet un excellent tableau. Je n'ai pas la moindre idée de qui il est : mais je suis tenté de croire qu'il est florentin. Je ne connais pas de tableau, peint à l'huile, qui puisse d'une manière certaine, être attribué à Michel Ange. Je ne nie pas que le dessin, dans cette figure, ne participe du style michelangelesque, mais pas au point de justifier les suppositions dont il est l'objet. Le Panorama continue :

Celte même salle renferme le fond et les portes de Voratoire •portatif de François /"", pris par Charles V à la bataille de Pavie , monument historique des plus appréciables et que la correction du dessin fait attribuer au célèbre , cl pcut-èlro à jamais inimitable Raphaël d'Urbino et pour le coloris à Jules Romain, un de ses élèves les plus distingués.

Quelle que soit l'origine des tableaux attribués ù Jules Romain, ils m'ont paru détestables.

(1) Les passages imprimés en potil-lextc sont des citations iulercalccs pnr rauU-iii- diins le corps de celle lellic.

Panorama, — Près de ces estimables ouvrages est placée une des meilleures pcinliiresqtio possède lePorlugal, l'une des divines madones de Raphaël l'inspiré. La tendre suavité , la transparence du coloris, l'inspiration céleste qui brille sur les joues virginales delà mère du Rédempteur du monde , forment un type de perfection qui enchante et émerveille tous les spectateurs ; l'exécution en est si sublime, la pensée qui l'a fait éclore est si saintement sentie, qu'il est impossible de se soustraire à une profonde émotion, à un sentiment intérieurde vénération à la vue de ces yeux aspirant au ciel, de ces joues plus pures que le lis , de ces mains élevées vers Dieu et exprimant une prière que la Sainte-Vierge, à qui nous devons la rédemption, adresse au Tout- Puissant en faveur du genre humain. La contemplation de ce tableau est le plus grand charme, la plus grande exaltation de l'ùme.

La madone attribuée à Raphaël, a en effet une expression de douceur très grande, mais selon moi, elle n'a rien qui rappelle Raphaël ; cependant encore tout nouvellement , le Journal fies beaux arts, t. 1 , n" 3, se fondant sur l'autoi'ité du professeur Fonseca, affirme que ce tableau est de Raphaël. Je ne serais pas étonné que ce tableau fut allemand. A sa vue, le nom d'Amberger s'est présenté à ma mémoire sans que je puisse dire quel peut être l'ouvrage de ce maître qui m'a fait apercevoir cette analogie. Le comte de Lavradio, m'a fourni en date du 17 avril 1844, les renseignemens suivans :

« Ce tableau, d'après une constante tradition, fut envoyé par le « pape (I) à la femme du roi Charles II d'Angleterre, Catherine do Por- « tugal, qui pendant tout le temps de son mariage (de 1662 à 1685) « rendit de très grands services aux catholicfucs d'Angleterre.

a Catherine malgré la révolution do 1688 conserva l'apanage auquel <i elle avait droit par son contrat de mariage ; elle revint cependant en « Portugal en 169.3, et mourut en 1705, laissant tous ses biens, entre « autres le tableau en question, au roi Pierre II do Portugal, son « frère, qui mourut l'année suivante. Son fils, le roi Jean V, hérita de « ce tableau de Raphaël, qui avait appartenu à la reine, sa tante; il

(1) Les pnpes (|iii gouverncrcnt l'ôglisc pendant le temps que Catherine a élé la femme de Charles II, furent : Alexandre VIII, Clément IX, Clément X et Innocent XI.

« en 6t cadeau à Joseph Pereira de La Cerda, grand prieur fprior-mor) « de l'ordre de Saint-Jacques et qui dans la suite fut évoque de l'Al- « garve et cardinal sous le titre de cardinal Pcroira. Ce cardinal, étant « encore grand prieur de Saint-Jacques, fit donation à l'église du cou- « vent de Brancones, près Setubal, du tableau qu'il avait reçu de la « générosité du roi, et que l'on admirait comme un ouvrage du grand « Raphaël.

« Ce tableau fut conservé très précieusement dans l'église du « couvent de Brancones jusqu'à l'extinction des ordres religieux en « 4833.

« Je tiens cette notice de M. Joaquira Raphaël Limpo de La Cerda, « arrière-pelit-neveu du cardinal Pereira, et membre de l'ordre de « Saint-Jacques (Freire capitular) et celui qui gouvernait le couvent « de Palmella(i), en l'absence du grand prieur, lors de son extinction.

« Le père Agostinho de Santa Thereza, ecclésiastique fort respecta- « ble par ses vertus et par son instruction, et le dernier prélat [Guar- « diôo) du couvent de Brancones, m'a confirmé tout ce que M. Limpo « de La Cerda m'avait rapporté sur l'histoire de ce tableau attribué à « Raphaël.

« Ce tableau a souffert au moins deux restaurations. L'époque de la a première n'est pas connue, la seconde a été faite tout récemment. »

Panorama. — On voit également dans ladite salle un des chefsd'œuvre de l'art de l'un des plus grands artistes dont s'honore le Portugal ; c'est le saint Bruno, production de l'insigne Sequeira, de cet artiste qui par sa vaste conception, sa majestueuse pensée se trouve peut-être sans rival parmi les modernes.

Le saint Bruno de Sequeira, est en effet un très bon tableau ; l'exécution cependant en est faible, mais sous le rapport de la conception et du clair obscur, il est digne d'éloges. Je ne saurais accorder les mêmes louanges à deux autres tableaux du même auteur qui se trouvent à l'Académie, et qui sont d'un coloris cru. Je ne suis satisfait ni de la composition, ni de l'exécution de ces tableaux. Je les trouve d'un effet fort peu agréable. Ce sont saint Paul et saint Bruno à qui un corbeau apporte un pain, et saint Jérôme à qui un ange présente une hostie.

Panorama. — Il y aurait de la témérité de notre part à vouloir exprimer ici toute l'admiration que nous a causée l'idée religieuse et su-

(1) Palmclla était le chcf-Iieii de l'ordre de Saint-Jacques.

blime qui a présidé à cet ouvrage, car nous avons été devancés, avec une supiTiorité reconnue par une notice, fruit de l'étude de M. Antoine- Félicien de Caslilho (1), lequel a ainsi payé une partie de la dette sacrée de la nation envers ce génie sublime. Le tableau de saint Augustin est l'œuvre de Vieira Lusitano, et l'opinion générale est qu'il est le meilleur de tous ceux que nous possédons de lui. Cet artiste réunit trois des élémens qui caractérisent le grand peintre : expression, coloris et correction de dessin. Tout cela se rencontre dans le tableau en question qui est placé dans un jour trop défavorable, pour qu'il soit possible d'en apprécier toute la valeur. Deux tableaux du célèbre Trévisani se trouvent dans le même cas.

Je n'en ai vu qu'un : c'est la Descente du Saint-Esprit. Je ne me rappelle pas le style et le faire de Trévisani, mais je trouve ce tableau très bon.

Panorama. — Il y a là aussi un Seigneur crucifié do Van-Dlck.

C'est un tableau très faible et qui, à ce qu'il me paraît, n'a aucune analogie avec l'école de Rubens.

■ Panorama. — Mais ce qui est encore bien plus à regretter et plus difficile à croire, c'est qu'il n'y a pas jusqu'aux précieuses peintures de Gran-Vasco qui ne soient placées de manière à être exposées à l'oubli. Ces tableaux, monument le plus sublime que nous ayons de l'application et du perfectionnement de nos ancêtres, et qui récemment ont fait l'objet d'importantes investigations, mériteraient bien une place où l'on pût les voir et les juger dignement.

Je ne reviendrai pas sur ce que j'ai dit au sujet de tous les tableaux attribués à Gran-Vasco qui sont réunis à l'Académie, je répéterai seulement que dans le grand nombre de tableaux exposés à l'Académie, il s'en trouve de très intéressans et même d'excellens. Je citerai Nossa Senhora do Rosario par Vieira Lusitano. L'enfant Jésus, au milieu du tableau/est sur un piédestal, et il est entouré de beaucoup de figures. C'est un très bon tableau, bien composé et montrant des tendances sages, je dirais presque élevées.

^L (1) M. Castilho rst très estime comme liltératcur et comme pocte; mois j'ai ^^ftdrjà dit qu'il a le malheur d'être aveugle.

266 UNZIExME LETTRE.

Saint Augustin foulant aux pieds l'hérésie, et un ange, sur le devant du tableau, brillant les écrits hérétiques, est moins bien que l'autre, mais il n'est pas non plus sans mérite. C'est le tableau dont nous venons de voir l'éloge dans le Panorama. Nous étions bien loin, en Prusse, déposséder, au temps de Vieira, un artiste qui le valiit. Je ne pense pas qu'il soit de beaucoup inférieur à Vien.

Vne procession de Corpus Dei, par Taborda, est plus faible que tout ce que j'ai vu de cet artiste.

Panorama. — Il y va de notre gloire et de l'avantage de l'Académie qu'on s'occupe au plus tôt à réparer ce tort, et nous prions humblement toutes les personnes qui sont en position d'obtenir un pareil résultat d'y apporter toute l'attention possible; nous réclamons l'indulgence des artistes nos contemporains, si , rendant hommage à la mémoire de ceux qui ne sont plus, et ayant en vue les intérêts de notre patrie, nous avons peut-être donné trop de développement à cette digression qui précède l'incomplète mais sincère appréciation des ouvrages modernes: appréciation qui, bien à notre regret et pour des motifs particuliers, sera plus succincte que nous ne l'aurions désiré.

Si j'avais à donner mon avis, ce serait de réunir tous les tableaux d'un certain mérite, au nombre d'une vingtaine, dans une chambre de l'Académie, mais de ne pas permettre qu'on les retouchât avant que les arts eussent pris un nouvel essor.

PALAIS d'ajuda.

J'ai visité le palais d'Ajuda, le 22 avril 1844, et une seconde fois le 27 du même mois, avec le professeur Fonseca. Dans la première pièce où j'ai été introduit, j'ai vu au-dessus des portes des sujets de l' histoire de Portugal, auxquels sont mêlées des figures allégoriques. C'est un ouvrage de ïaborda, assez faible, mais d'un effet qui n'a rien que d'agréable.

Dans la seconde pièce du premier étage, on m'a montré des médaillons oblongs renfermant des danses et des allégories peintes à la gouache par Cyrillo. On dirait l'œuvre d'une jeune

fille qui s'est rempli la tête de poésies légères. Le plafond de la salle suivante, est de Monteiro, il représente du gibier mort et des sujets de chasse. Une figure de femme, qui se trouve là comme par hasard (sans doute une allégorie, car tout est allégorie à Ajuda) et le paysage méritent peu d'éloges. Le gibier est mieux ; cependant le sujet me paraît peu approprié à un plafond. Deux dessus de porte de la même pièce, peints à l'huile par Taborda, représentent l'un Mercure et Vulcain, l'autre la Science et la Paix sous la figure de deux femmes.

Dans la salle qui servait aux baise-main, du temps de l'infante régente, on voit sur le plafond la représentation allégorique de la Félicité publique, par Cyrillo, et le Mensojige tout à côté. On ne comprend pas quelle idée ce peintre a eue de représenter allégoriquement, le Mensonge si près de la Félicité Publique. Il est vrai qu'il leur a donné pour pendant la Justice, mais l'impression première est de s'étonner d'une pareille ingénuité. Le Mensonge a assez bien réussi ; quant à la Félicité Publique elle est au-dessous de toute critique.

Le plafond de la chambre à coucher de l'infante régente est composé dans le genre de Neureuter. Ce sont des figures, des animaux, des plantes groupées et entrelacées avec assez de goût. Cet ouvrage a été exécuté en partie par Taborda, et en partie par Foschini. Les plus grandes figures, sans doute de Foschini, sont on ne peut pas plus laides, mais les figures des cintres sont pour la plupart bien dessinées et bien peintes.

De tous les plafonds, le mieux composé et le mieux peint est celui de la chambre où, à ce que m'a dit mon cicérone, dom Pedro a couché pendant le commencement de sa dernière maladie. On n'a pas su me dire à qui on l'attribue. Il est composé dans le genre des loges de Raphaël. On y trouve une exécution facile et un effet général très satisfaisant. Je serais tenté de croire qu'il a été fait par quelque peintre de décor italien ou français ; mais le professeur Fonseca m'a dit que c'était l'ouvrage d'un Portugais.

On m'a fait encore remarquer dans une des pièces du même étage un ])lafond de Sequeira qui m'a beaucoup déplu.

Le plafond de l'escalier est d'une couleur assez vive; cependant il m'a fort peu satisfait. Il est de Xorberto José Ribeiro, disciple de Taborda. Ce peintre est encore aujourd'hui attaché à l'Académie. C'est une composition allégorique dont j'ai été peu curieux de connaître le sens; le coloris n'en est pa.s désagréable quoique bien jaune.

Le plafond de la salle du trône est de Maximo, cette peinture ne m'a pas fait une impression favorable.

Jean VI sur une coquille. — Tel est le sujet d'une peinture qui se voit dans la salle d'audience, et qui représente le retour de ce souverain au Brésil en 182L Le roi se tient debout sur une conque, et il est accompagné de sa nombreuse famille. On ne peut rien voir de plus ridicule. C'est Foschini qui s'est rendu coupable de ce crime de lèse-majesté.

Dans la salle do Stado, Taborda a représenté la proclamation de Jean IV, premier roi de la dynastie de Bragance. Cette peinture fait un bon effet, et elle est bien supérieure à la plupart des autres ; cependant il faut bien se garder d'en examiner les détails. Il y a dans ce tableau de très belles draperies et de belles têtes. La composition en est bonne, l'effet général est tout à fait satisfaisant. De l'avis du professeur Fonseca c'est un des meilleurs ouvrages de Taborda.

Le plafond de la salle des Cortès, par Taborda, ne manque pas d'harmonie sous le rapport du coloris ; la disposition des groupes et des figures est assez heureuse; mais le dessin en est très négligé. C'est dans cette salle que fut proclamé dom Miguel.

Dans une autre grande salle attenante à celle des Cortès, le plafond est de Foschini. Cette composition est encore une allégorie, et elle m'a déplu autant ou plus que tous les autres ouvrages de ce peintre.

Indépendamment des ouvrages de peinture qui couvrent les murs, on voit encore beaucoup de tableaux disséminés dans les couloirs et dans différentes pièces du premier étage. J'ai vu là deux tableaux fort peu agréables de Maximo. L'un représente sainte Isabelle au milieu du tableau; dom Diniz assis sur un trône, et l'infant, son fils, depuis Alphonse IV, implorent

sa protection. L'autre tableau est une décollation de saint Jean.

Il y a plusieurs portraits de Jean FI : un par Taborda. Le roi est représenté à cheval et de grandeur naturelle. Un autre, de même grandeur, par Maximo. Il est horrible. Il y en a encore un de Sequeira dans de petites dimensions. Il est mieux que les autres.

Cinq batailles de Rato, se rapportant aux guerres de la péninsule, ne sont pas d'un effet désagréable. Le plus grand de ces cinq tableaux représente la bataille de Fimeiro; lord Wellington est placé sur le premier plan au milieu d'un groupe d'officiers.

Le tableau peint par la tante de dom Jean VI, dona Maria Benedicta, représentant le cœur de Jésus en feu, et des anges à l'entour, atteste le goût de cette princesse pour les arts, et montre qu'elle s'en est occupée avec amour. Je voudrais bien savoir si elle a peint ce tableau sans l'assistance d'un artiste, car il arrive quelquefois aux amateurs et surtout aux princesses, d'avoir recours à des aides; dans tous les cas si elle a été aidée, ce n'a été ni par Marino, ni par Foschini, ni par Cyrillo , car ce tableau est infiniment mieux que tout ce que j'ai vu de ces artistes.

heniartjre de saint Laurent paraît l'œuvre d'un peintre bolonais de l'époque des Carrache. Je crois avoir vu ce sujet

quelque part, serait-ce une copie? Un Christ mort, avec

saint Jean, Marie Madeleine, et au centre du tableau Notre- Dame des Douleurs, pourrait bien être un tableau original de Louis Carrache. Ce tableau est grave et grandiose, mais fort peu agréable.

Un incendie de Troie, avec son cheval de bois et Enée portant Anchise dans ses bras, est sans doute l'œuvre de Diogo Pereira dont, selon Taborda, il existe une grande quantité d'ouvrages à Lisbonne. Ce tableau n'a nul mérite comme effet de lumière, et les figures en sont horribles.

De huit cents tableaux entassés dans plusieurs pièces du premier, j'en ai vu peu qui ne fussent pas très mauvais. A mon avis , un des meilleurs est un Christ parmi les doc'

leurs dans le genre du Caravage ; peut-être est-il l'ouvrage d'un Espagnol : les physionomies sembleraient l'annoncer. On dit, au sujet de ce taljjeau, qu'un Anglais en a offert 5000 cruzades. Ce genre de fables se renouvelle ici à chaque instant: il est aussi assez commun ailleurs.

On me dira que je trouve tout mauvais, mais il faut prendre en considération, que partout les bonnes choses sont plus rares que les mauvaises. Mon but en écrivant ce livre, est beaucoup plus de débrouiller le chaos dans lequel les arts se trouvent ici, que d'élever un monument à la gloire nationale. Qu'on apprenne à connaître, à apprécier et à aimer les arts et on aura des artistes ; mais si l'on est satisfait des mauvaises peintures, on aura beau faire des articles de gazette louangeurs, voire enthousiastes, on ne relèvera pas les arts dans ce pays. Je crois même que c'est un des moyens les plus siirs pour les empêcher de prendre un nouvel essor. On peut du reste être sûr que, si l'on demande l'avis de quelques autres personnes, qui comme moi aiment les arts et s'en occupent, leur opinion différera souvent de la mienne. On n'a qu'à me croire quand je loue, et à demander à d'autres leur avis quand je parais trop sévère. Du reste, je préfère Tabord a, né en 1766, Vieira Portuense (176.5-180.5), etSequeira (né vers 1760), ;\ notre Weitsch (1758-1828), et à Frisch (1737-1815). Quand à Vieira Lusitano, c'était vraiment un artiste distingué, et à l'époque où il vivait (1699-1783) nous étions bien pauvres en Prusse. Pedro Alexandrino (1720-1710), ce peintre si fécond, était pour le Portugal ce que Rode (1725-1797) était pour la Prusse, avec la différence que le premier avait des tendances plus élevées. L'un avait autant de facilité que l'autre. Le coloris de tous deux était pâle, ils avaient la touche négligée. Je ne trouve pas Vieira Portuense aussi habile que Batoni, mais je lui trouve plus de fond et plus de mérite qu'à Angelica Kauffmann. Je rends compte de mes impressions; mais je suis loin de garantir la justesse de mesjugemens.

HOTEL DE LAVfiADIO.

L'hôtel de Lavradio renferme un assez grand nombre de peintures, parmi lesquelles je citerai deux petits tableaux d'un faire large et facile ; on pourrait dire des Bozzeti très avancés, qui sont nés des influences et des exemples de Rubens. Ils ont été faits indubitablement par un de ses meilleurs élèves, peutêtre par Gaspar Crayer , et il me semble que leur qualité d'originaux ne saurait être l'objet du moindre doute. Il y en a un surtout, celui qui se compose d'un moindre nombre de figures, qui a pour moi bien des charmes. Il a du mérite sous le rapport de la touche et du coloris. La Vierge me rappelle celles de Murillo. J'estime moins le pendant, quoiqu'il soit d'une vivacité de coloris fort remarquable, et que M. Roquemont, qui est assurément très en état de juger du mérite d'un ouvrage de peinture, le préfère à l'autre. Cette collection renferme aussi un bon nombre de tableaux attribués à Rosa di Tivoli (1), grands et petits qui sont faiblement dessinés et grossièrement peints. Parmi tous les tableaux de cette maison, ce qu'il y a sans contredit de plus intéressant, ce sont les portraits de famille, dont le grand nombre atteste l'ancienneté et l'illustration de la famille d'Almeida, dont le Marquis de Lavradio, maintenant à Rome, est le chef. Ils garnissent les murs de deux grandes salles. On voit dans cette collection le portrait en pied de dom François d'Almeida, premier vice-roi des Indes en 1505. Ce tableau a été évidemment peint à une époque bien plus rapprochée de nous (probablement deux siècles plus tard), et il est grossièrement et mal peint. La figure en pied de dom Lopo d'Almeida (1525), grand maître de la cour de la princesse Jeanne, mère de dom Sébastien, qui a été aussi indubitable-

(1) J'ai encore vni dans d'atilrcs maisons particulières des tableaux représentant du l)élail, qui sont du même pinceau et qui sont attiiljtu'S au même artiste. Il y a assiMcment iJenlilé pai faile sous le rapport des sujets et de la composition, mais ceux-ci me pp.raissont hicn inférieurs à tout ce que je connais de Rosa di Tivoli. Il doil v aïoir ici encore une erreur.

ment peinte postérieurement à son époque, est bien dessinée et d'un effet général très satisfaisant. Il était gouverneur de Sofala en Afrique. Je ne trouve pas moins bien fait le portrait, également en pied, du cardinal dom Thomas d Almeida, premier patriarche de Lisbonne en 1720. Il paraît avoir été peint à l'âge de 50 ans. On voit encore les portraits, en pied et de grandeur naturelle, dedoni Michel d y/ /meida,coTnie d'Abrantès, chef des conjurés de la révolution de 1640, peint peu de temps après cette révolution, à l'âge de près de 80 ans, et de dont Jntoine d' Alrneida, deuxième comte d'Avintes en 1658, dans l'habillement de page de la sonnette, et plusieurs autres. La plupart de ces portraits en pied et beaucoup d'autres de demi-corps, n'ont nul mérite artistique.

Page 1