‹ Les arts en PortugalChapitre 76 sur 138 · HÔTEL DE SALDANHA CASTRO ALBUQUERQUE RIBAFRIA · texte numérisé non relu

HÔTEL DE SALDANHA CASTRO ALBUQUERQUE RIBAFRIA

Parmi les cadres qui se trouvent dans cet hôtel, il y en a qui me semblent avoir du mérite. Avant de nous occuper de' quelques-uns d'entre eux, voyons le testament de dom Ferdinand Alvares de Castro de 1632, il renferme des notices intéressantes sur trois tableaux, et me paraît en même temps un document historique de quelque intérêt.

« J.-J.-B. Ferreira notaire public en cette ville, etc.

« Je certifie qu'il m'a été présenté un acte do donation do dom Perce dinand Alvares de Castro, du 4 mai 1632, enregistré en l'étude du « notaire Luiz de Couto, lo 1 9 août 1 G41 , et qu'ayant été invité à altes- (f 1er les passages dudit titre qui me seraient désignés, je me suis rendu « A cotte réquisition dans la teneur suivante :

« Moi, dom Fernando Alvares de Castro, en vertu d'un Alvard que « Sa Majesté que Diou protège, a passé à cet effet, et par lequel elle me « permet de pouvoir renoncer en faveur do mes neveux, petit-fils de feu

(1) Il descend du célèbrR Jean de Castro, et viiMit dtî reprendre un ancien lilrc de la maison : cdiii de roinlt- île Penamnror.

« domManoel de Castro, mon frère, à la conimandorie de Sanm-Miguel « de Nogueira de l'ordre du Christ, qui m'a été accordée et à 500,000 « réisdo pension que je possède sur le trésor royal, je renonce en fa- « vcur de dom Manool, de Castro, mon petit-neveu, fds de feu dom Al- « varo Fornandcz de Castro, mon neveu, et petit- fils de dom Manoel , «rmon frère , à la commanderie de Sanm-Miguel de Nogueira, à « 200,000 réis de pension que j'ai sur trois maisons de Lisbonne et cela « tant qu'il n'obtiendra point une pareille somme dans les ordres mili- « taires. Je fais en même temps donation auditdom Manoel, mon petit- « neveu, des objets ci-après énoncés : — Un grand tableau de la ba- « taille de Pavie, original d'Albert, unique dans le monde et digne de « la plus grande appréciation; un autre d'à peu près égale dimension, « représentant une nuit, et original de Bassano ; un de Saint Dominique « par Morales, original de quatre palmes carrés ; un de la naissance de « Noire Seigneur, copie de l'original du Mudo, qui se trouve à l'Escurial, « de huit palmes de hauteur sur six de largeur ; un autre de dimension « presque égale, copie de l'oraison de Orfo, original du Titien se Irou- « vant aussi à l'Escurial; un du baptême de saint Augustin, original « par François de Hollande, de quatre palmes de longueur sur deux de « hauteur ; deux autres d'égaledimension représentant l'un la création « du monde et l'autre la naissance de Moïse, peintures qui se trouvent « aussi actuellement chez mon frère l'évoque et inquisiteur général, chez « qui elles resteront tant qu'il le désirera; et enfin un autre petit ta- « bleau du voyage de Saint-Dominique , original que je conserverai « jusqu'à ma mort ; car pour des motifs particuliers je ne saurais m'en « séparer pendant ma vie, et je le recommande avec instance à dom « Manoel, le priant de lui consacrer toute sa dévotion et de profiter de « tous les bienfaits que cette sainte image pourra lui attirer; j'adresse « également cette mémo supplique à tous ceux qui après lui en auront « la possessionce Pour copie conforme,

{ « Lisbonne, le 3 janvier 18ii,

0 Signé : J.-J.-B. Feureira. » v

Ce document dont l'authenticitd ne saurait être mise en doute, donne lieu aux observations suivantes.

Quoique les tableaux désignés dans cet acte, aient été déclarés inaliénables, il n'y en a cependant que trois qui aient été conservés à la famille, ce sont :

La bataille de Pavie,

Le saint Dominique de Morales ,

Et le saint Augnstia de Françoi:4 de Hollande,

On ne sait ce que sont devenus les autres. Voici les observations que j'ai adressées au sujet du premier à M. de Saldanha, en date du 27 décembre 1843. « La bataille de Pavie fut livrée <• le 24 février 1525; Durer mourut en 1528; Charles V avait « une haute estime pour lui. Ni la qualité de l'ouvrage, ni les " dates, ni les circonstances historiques ayant rapport à votre « tableau, ne s'opposent par conséquent à ce qu'il soit véri- « tablement un tableau d'Albert Durer. La circonstance qu'il « n'a pas encore été touché , par quelque destructeur de ta- « bleaux, appelé restaurateur, ajoute à son mérite.

« Je tâcherai de vérifier le fait, et si mes recherches répon- " dent à mes souhaits, je vous féhciterai. Monsieur, et je féli- " citerai sincèrement le Portugal de posséder un pareil trésor.

« Dans tous les cas, ce que j'ose affirmer avant même d'a- " voir consulté les livres, les gravures et les littérateurs alle- « mands, qui s'occupent de l'histoire de l'art, c'est que votre » tableau, quel qu'en soit l'auteur, est fort précieux.»

J'ai écrit à Berlin, et d'après les renseignemens que j'ai obtenus du secrétaire de la société artistique de cette ville, j'ai écrit une seconde lettre à M. de Saldanha, dont voici la teneur :

« On vient de m' écrire, qu'il n'existe pas de document his- » torique, qui prouve que votre bataille de Pavie soit une « œuvre d'Albert Durer. Il n'en existe pas non plus de gra- « vure; Durer, à ce que l'on m'écrit, n'a jamais peint de ba- " taille. Il est difficile de croire qu'un ouvrage si important " des trois dernières années de sa vie, ait pu échapper auxhis- " toriens de son temps. Je vous rends compte de tout cela, car " j'avais manifesté un espoir contraire, et j'aurais été heureux « de découvrir une preuve favorable à la tradition ; cependant « je dois renoncer à cet espoir. Dans tous les cas , c'est un " superbe tableau. »«

ïaborda dit au sujet de ce tableau, page 381 : »» et un autre « iableaudy^/berto Durera, pint or Jlanietigo. »»

Il est permis de tirer de ces recherches, et du document qui les a occasionnées , la conséquence suivante : c'est que même après cent ans, on peut déjà perdre le souvenir de la véritable

origine d'un tableau, et qu'une fausse tradition peut, dans cet espace de temps, s'établir d'une manière invariable.

Quant au Morales il ne peut, je crois, exister nul doute sur son authenticité. J'ai reconnu l'auteur de ce tableau, comme par un effet magnétique, au moment même où j'ai passé le seuil de la porte. Il a attiré mes regards avant tous les autres objets. D'ailleurs l'époque à laquelle appartient l'activité artistique de ce peintre, est bien plus rapprochée de celle de l'acte en question, que l'époque d'Albert Durer. C'est un excellent tableau et d'une conservation parfaite. Il faut aussi, je crois, ajouter foi à ce que le document rapporte sur le François de Hollande. Je ne saurais en juger par analogie, car je ne connais aucun autre ouvrage de cet artiste, et je ne sache pas qu'il en ait fait d'autres, mais c'est d'un faire qui atteste le peu d'habitude qu'il avait de peindre à l'huile, et de traiter des sujets historiques ; il montre clairement l'influence de l'Italie; il est en même temps évidemment l'œuvre d'un artiste qui a consacré sa vie à l'étude des arts, et qui avait les grands exemples de l'époque classique, présens à la mémoire. Ce tableau représente le baptême de saint Augustin, par saint Ambroise, en présence de sainte Monique et d'autres saints. Les physionomies ne manquent pas d'expression. Voci ce que Taborda dit de ce tableau, page 181 :

« On aperçoit évidemment dans ce baptême de saint Augustin, com- « bien était grand et incomparable le mérite auquel le rare génie de « François de Hollande était parvenu. Ce tableau se compose do vingt- « etiune figures ; toutes ont l'expression qui convient à leurs diffé- « rens caractères. Si je no craignais pas d'ôfro taxé d'exagération , « je dirais que dans ce tableau se trouvent réunis la composition de « Raphaël, le dessin de Michel Ange et le coloris du Titien. Dans tous « les cas je puis assurer sans liésitation que François de Hollande est a le meilleur peintre que nous ayons eu.-»

François de Hollande dit lui-même qu'il n'était pas peintre. Si Taborda, peintre lui-même, tombe dans de pareilles exagérations, comment écrire l'histoire d'après les données que lui et d'autres auteurs, qui n'entendaient rien à la peinture, nous ont laissées sur cet art ?

Indépendamment de ces tableaux, le salon de M. de Saldanha, en renferme encore plusieurs autres qui ne manquent pas de mérite. Là aussi comme de rigueur, il y a un Gran- Vasco dont on ne connaît pas l'origine.

Dans la chapelle des Castro à Bemfica, se trouvent plusieurs tombeaux de famille, qui ont un intérêt historique incontestable, mais qui manquent complètement de mérite sous le rapport artistique.

HÔTEL DU COMTE d'aTAlAYA, COSTA DO CASTELLO, CALÇADA

do marquez de tancos, maintenant college d'Éducation.

Huit tableaux de Jean de la Corte , représentent des faits de V histoire de Portugal ^ et sont de détestables productions.

J'ai vu dans la demeure louée du comte d'Atalaya. non loin de son ancien hôtel, un excellent tableau de Jean Weenix, représentant du gibier mort et un petit chien sur le devant.

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