HÔTEL DU VICOMTE DE SOBRAL
J'ai vu chez le vicomte de Sobral, plusieurs objets dignes de remarque. Je dois, en premier lieu, rendre mon tribut d'hommage à une petite sainte famille , attribuée au Corrége; je la trouve charmante et je la crois un original. Si c'est une copie, elle est très ancienne et excellente. C'est un délicieux tableau. Mes doutes proviennent bien moins du sentiment éprouvé par moi en le voyant, que de la réflexion. Les Corréges sont rares, et néanmoins ce tableau me fait l'effet d'un ouvrage de ce maître; s'il était à moi, je ne résisterais pas un instant au désir d'en faire constater l'authenticité à Parme même, et il me serait insupportable de vivre à cet égard dans le doute.
Un Salvator Rosa incontestable, représentant saint Ramoldo dans le désert, mérite des éloges. Il a cinq palmes et demi sur quatre et demi (1,24 met. sur 1,02) : les figures peuvent avoir douze pouces (32 centimètres). Je ne connais pas de tableau historique de Salvator Rosa, qui ait à mes yeux, autant de mérite : il est vrai que j'en ai peu vu appartenant à cette catégorie.
Le portrait du comte de Narlonnc, père de madame de Sobral (aide- de- camp de Napoléon, lieutenant général, mort à
Torgau), est de Gérard, et celui de la duchesse de Narbonne Lara, sa grand'mère, do madame Guiard. Le portrait d'un oncle de M. de Sobral, Gerelt Braamcamp, par Therbouché, peintre du roi de France, est celui des trois auquel je trouve le plus de mérite. Les deux autres en ont aussi incontestablement. Ce M. Braamcamp était possesseur d'une riche collection de tableaux à Amsterdam, et M. de Sobral en a encore le catalogue avec le portrait du propriétaire gravé en tête de l'ouvrage. J'ai vu aussi chez M. de Sobral une énorme Bible appartenant à son gendre, le marquis de Ficalho. Les sujets historiques sont traités avec une grande délicatesse. C'est un excellent spécimen des enluminures bourguignones du xv« siècle ; quant aux arabesques , elles sont dessinées et peintes grossièrement.
Madame de Sobral possède aussi un objet d'art curieux, qui est en même temps un souvenir de famille précieux, et un document historique. Ce sont les /?o/'//'«/7.y en émail des enfans de Louis XV. Ces huit portraits sont réunis sur deux plaques de métal, qui se ferment l'une sur l'autre. Ils ont du mérite sous le rapport artistique. En France à toutes les époques, depuis Petitot, jusqu'à Augustin, on a bien peint en émail, et ces portraits quoique maniérés, sont d'un grand fini et d'un dessin irréprochable. C'est Louis XV qui les avait fait faire et les avait donnés à sa fille aînée, madame Adélaïde ; celle-ci en a fait présent à sa dame d'honneur, la duchesse de Narbonne, de qui madame de Sobral les a reçus pour les transmettre à ses enfans.
HÔTEL BORBA,
Parmi les nombreux tableaux qui se trouvent dans cette maison, je n'en ai presque pas vu qui m'aient paru bons Les incendies (je suppose de Diogo Pereira) dont parle Taborda, ne font guère honneur à leur auteur. Il y a là de lui une ville de Troie avec le cheval qui vient d'y faire son entrée, et une autre ville en feu où l'on voit, sur le premier plan, dans un des coins du tableaux , Loth et ses deux filles qui quittent Sodome, I- 18
et un troisièmn tableau. Tous trois sont désagréables à la vue et de très peu de valeur. Ce que j'ai trouvé de mieux dans cette collection , ce sont deux tableaux sur cuivre de l'école de Rubens, dont les figures ont à peu près huit pouces de grandeur : l'une représente une bacchanale , et l'autre un sujet historique où une femme a l'air de vouloir se plonger une épée dans le sein. Un paysage à la gouache, très moderne, mérite aussi d'être cité comme une bonne chose en ce genre. Un vieux tableau dont parle Taborda, page 143, à l'article Alvaro do Pedro, de l'espèce de ceux qu'on attribue à Vasco, occupe le milieu d'un mur. C'est une vierge sur le trône avec l'enfant Jésus et différens saints. C'est ancien, ce n'est guère beau. Il y a encore là d'autres vieux tableaux représentant des scènes du martyrologe, que je trouve aussi fort désagréables.