BELEM
(J'ai été à Belem, le 14 novembre 1843, avec l'abhc de Castro, et le 27 avril 1844, avec le professeur Fonseca.)
Sur le maître-autel on voit des sujets sacrés de Campello. Le style en est grave et historique. Les draperies sont larges sans être cependant d'un dessin très pur. Elles ont l'air d'être de bois. Il me semble que ces tableaux n'ont pas été restaurés, cependant je n'en suis pas trop sûr.
Au-dessus de l'escalier on voit le Christ tombant sous le fardeau de la croit: , par G. Diaz. Il a l'air repeint. Il est muni de la signature de l'auteur. C'est dur; c'est du bois; les figures sont tozze, les poses monotones.
J'ai vu aussi du même peintre, dans la première pièce où l'on entre après avoir monté l'escalier, le Christ couronné d'épines. C'est également raide, mais sous bien des rapports c'est mieux que le tableau précédent. Les armes et les armures son exécutées avec soin et précision. Il y règne une cer-
taine élévation de style, et dans une ou deux figures un Caractère michelangelesque. Il est signé de l'auteur et porte la date de 1520. Dans la même pièce se trouve CJu-isto nel orto par Campello, qui rend aussi témoignage de l'influence de l'époque classique de l'Italie. Dans tous ces tableaux, G. Diazl'emporte de beaucoup sur Campello.
Les bancs du chaur, sculptés en bois, sont superbes. C'est un spécimen des plus curieux du goût Cinquecento.
Il y a dans la salle de dessin, une Annonciation qui n'est guère bien, mais qui cependant ne manque pas d'une certaine élévation de pensée.
U jénnonciatioji de l'une des chapelles de l'église, peinte à ce que dit l'inscription par Fernandez Gomez dans le xv*^ siècle, fut repeinte par Silva Coelho en 1817. On ne peut pas juger de ce que c'était; mais maintenant c'est bien peu de chose. J'appliquerai la même observation à la yiativité qui se trouve en face.
La salle des rois renferme \es portraits des ?'ois en pied, copiés à ce que m'a dit l'abbé de Castro, par Henrico Ferreira en ] 720, d'après d'autres portraits et bustes de différentes époques, qui se trouvent dans le grand corridor, et dont pas un ne m'a paru bon.
Antoine Moor doit avoir fait les deux portraits de Jean III et de Catherine, qui se trouvent dans l'ancienne bibliothèque, maintenant salle de dessin. Je les trouve, sous tous les rapports, très insignifians et très faibles.
On voit dans la sacristie la vie de saint George, attribuée à José do Avelar Rebello (1643). Ce n'est pas grand'chose. Ce tal)leau paraît repeint; peut-être était-il bon avanfc d'avoir été restauré.
Dans le réfectoire, il y a un grand nombre de tableaux fort grands, cités par l'abbé de Castro, page 33, qui tous sont très mauvais : surtout la Natiinté, par Amaro do Valle.
Je ne sais qui a fait mettre nouvellement des carreaux de vitre de différentes couleurs aux les fenêtres de l'église de Belem. C'est une imitation déiolante des enseignes de vitrier.
l'Église de saint-roch.
L'église de Saint-Roch renferme des spécimens intéressans de la peinture des trois derniers siècles. Il en est rendu compte dans un livret imprimé en 1813, intitulé Memorias dodescohrimento das reliqiùas du Igreja de S. Roque. Cet écrit renferme des notices judicieuses et des renseignemens trcsexacts.
Rebello. — Un des meilleurs tableaux de cette église est selon moi celui de la première chapelle à gauche en entrant : Jésus parmi les docteurs, attribué par Cyrillo à José d'Avelar Rebello. Il se trouve placé au-dessus de l'autel. Cyrillo cite des ouvrages que ce peintre a faits de 1639 à 1656. Le tableau ci-dessus m'a donné une idée très favorable de son auteur. On dirait un Brusasorei ou un Farinati de Véronne. Il me paraît avoir échappé aux restaurateurs , qui sont pour le Portugal ime calamité pire que les tremblemens de terre. On raconte sur ce tableau comme sur tant d'autres, ici et chez nous, une histoire qui doit prouver qu'il a une valeur très grande : c'est qu'on en a offert 8,000 cruzades. C'est un vieillard plus qu'octogénaire et très honorable qui l'affirme, et je le crois; mais celui qui a fait cette offre ne savait ce qu'il disait, ou bien il aurait été très attrapé si on l'eût pris au mot : cependant le tableau est bon. Un petit médaillon qui est audessus, paraît être l'œuvre du même peintre.
/. Reinoso. — A main droite de ce même autel, on voit une Adoration des mages d'André Reinoso contemporain de Rebello. Ce tableau a plus de style que l'autre, et aussi plus de défauts. Plusieurs figures, surtout le roi agenouillé, sont mal dessinées, mais la figure de la Vierge est sous tous les rapports d'un effet satisfaisant, et la tête du roi le plus rapproché du nègre, est fort belle. En face de ce tableau se trouve une Nativité attribuée également à Reinoso, que je trouve faible et qui ne peut en aucun cas être l'ouvrage du même artiste. Dans la sacristie il y a, au-dessus des armoires, une longue suite de tableaux attribués à Reinoso. Les figures n'ont guère plus de 54 à 65 centimètres. Ils représentent la vie de saint François et ne sont pas sans mérite. Je les crois tous du
même pinceau, contrairement à l'opinion du livret ; mais j'ai peine à concevoir comment ces petits tableaux peuvent être du même auteur que celui qui est placé dans la chapelle.
Vieira Lnsitano. — La seconde chapelle renferme deux tableaux de Vieira Lusitano (François) qui sont d'excellens sp(5cimens du talent très distingué de ce peintre, né en 1699, et mort en 1783. Ils ont trait à la vie de saint Antoine. Le livret dit au sujet de ces deux tableaux: « la distribution de la •' lumibre, la composition : imlentia do desen/io, franqneza u e inas'isterio, sont admirables dans ces deux tableaux. » Je me range à l'avis de l'auteur , seulement je substituerais volontiers le mot biefi au mot admirable. En fait d'art il faut réserver l'enthousiasme pour les grandes occasions, autrement on se fait tort et on échappe difficilement au ridicule.
La chapelle de Saint-Jean-Baptiste est d'une très grande richesse. Elle renferme de belles mosaïques faites d'après des tableaux médiocres qu'on pourrait comparer pour le mérite à Carlo Marattaquoiqu'ilsnevaillent pasles œuvres de ce maître. Quant aux bronzes, ils sont superbes; et la quantitédelapislazuli, de vert antiiiue et d'autres marbres précieux qui garnissent l'autel, les colonnes et les murs de cette chapelle, donnent à celieu un air de richesse et de recherche . Tout y est debon goût (car la mode nous a ramenés au rococo), et chaque partie de ce bijou architectonique, du commencement du dernier siècle , est en parfaite harmonie avec l'ensemble. Cette chapelle est venue tout entière de Rome
Bento Coelho. — Bento Coelho de Silveira est, d'après le livret cité ci-dessus, l'auteur de deux tableaux qu'on voit dans la première chaj)elle à droite de l'entrée : l'un représente Jésus apparaissant a la Vierge, l'autre l Ascension. Je trouve surtout ce dernier digne d'éloges. Il est d'un effet satisfaisant sous le rapport de la composition, du dessin et du coloris. Il paraît avoir été fait sous l'influence de l'école de Bologne du xvii" siècle. Coelho est mort très vieux en 1708.
Gaspar Diaz. — Dans le GasparDiaz de la troisième chapelle adroite de l'entrée, représentant saint lloch à qui apparaît un auge., je découvre l'affectation de la force et de la grandrur, et j'en ui été au premier abord désagréablement frappé;
cependant cette affectation même n'a pu empêcher que le style et le caractère historique me parussent dominer dans ce tableau. Il me semble retouché sans que pour cela il soit devenu aussi désagréable que le sont la plupart des tableaux qui ont ici passé par les mains des restaurateurs. En face de ce panneau, on voit un autre tableau dont je ne devine ni l'origine ni la date. La descente du Saùit-Espril qu'on voit à certains jours de fête au-dessus du maître-autel et qui est attribuée à GasparDiaz, n'a jamais pu avoir une grande valeur artistique. Le style de ce tableau n'a aucune analogie ni avec le saint Rock de cette église ni avec les tableaux de Belem du même auteur. Les portraits de Jean III et de la reine Catherine qui sont attribués à Moor doivent avoir été excellens avant d'avoir souffert du temps et des restaurations. Ils viennent de subir cette opération pour reprendre leur ancienne place.
L'architecte qui a fait le dessin de cette église n'a pas déployé dans cette œuvre un grand luxe de goût et d'imagination. C'était un Italien du nom de FiJippe Tercio.
Il y a encore dans la sacristie un tableau sous verre, de Aotre-Ddine qnï, suivant la tradition, a été copié du tableau orighial de samtLuc par le peintre A. doniMappa, Portugais, Vous connaissez. Messieurs, ce genre de tableaux bysantins. La Russie en est remplie et l'Italie n'en manque pas. Dans ce dernier pays ils remontent à l'époque de Giiido da Sienna et aux époques antérieures. Il est très brun et d'un coloris uniforme. La Vierge et l'enfant Jésus ont à peine des figures humaines.
Santo-Donùngo. — Les tableaux de Piedro Alexandrino que cette église renferme en assez grand nombre, valent ceux des autres églises dont il sera question plus loin.
Santo-Pedro d Alcantara. — Saint Jean prêchant sur la montagne pourrait bien être l'œuvre de Piedro Alexand'ino, et si c'est de lui, c'est mieux que la plupart de ses ouvrages. Le tableau du maître autel n'est pas mal : tous les autres, dans l'église comme dans la sacristie, no méritent pas, selon moi, d'être mentionnés.
Os Martyres. — Les tableaux des autels, les saints évan-
gélistes de la sacristie et le plafond de l'église sont l'œuvre de Piedro Alexandrino ; ils montrent tous une grande facilité de dessin et de composition ; mais ils manquent de force, d'élévation et souvent le dessin en est très négligé. Tous ces ta- 1/leaux sont lâches et ternes ; cependant on ne peut refuser à leur auteur une certaine habileté et beaucoup de fécondité.
Sacramento. — Les tableaux de cette église sont aussi de Piedro Alexandrino ; il y a à en dire ce que j'ai dit au sujet de ceux des Martyres.
hicarnaçâo. — Les tableaux de cette église m'ont paru d'une telle faiblesse que ce serait s'intéresser fort peu aux arts que de contribuer à faire connaître leur auteur.
Estrella. — Cet édifice, imité de Saint -Pierre de Rome, a été, à ce qu'on m'a dit, commencé en 1779 et achevé en dix ans par la reine dona Maria \. Cette église est imposante et on ne peut mieux située. C'est l'édifice de Lisbonne qui offre dans son ensemble l'aspect le plus satisfaisant. Cette église est revêtue intérieurement de marbres qui ont été tirés des carrières du Portugal.
Le tableau du maître-autel, peint par Pompeo Batoni est l'œuvre d'un artiste consommé. Il n'est pas libre de manière, il est bien de son époque (il porte la date de 1781); mais il est peint avec habileté et il a satisfait mon goût. Il est également bien dans toutes ses parties. Le sujet est allégorique. Quatre figures de femmes, représentant les quatre parties du monde, occupent le bas du tableau. Le pape montre le cœur de Jésus qu'entoure une gloire d'anges. Sur le même plan la charité est assise au pied d'un autel sur lequel on voit un calice et l'hostie. Au-dessus d'un autel latéral est placée une Cène, de même grandeur, également de Batoni. Il faut en dire le même bien. Cinq autres tableaux de moindre dimension qui paraissent également de Batoni, ornent les autels latéraux de la nef. Dans l'un d'eux on voit la reine Marie qui est assise pendant que sainte Thérèse, du haut du ciel, lui adresse des remerciemens pour la fondation de cette église. Des religieuses de cet ordre fcont à genoux et lui rendent aussi des actions de grâce pour sa pieuse fondation. Un sixième tableau
estl'œuvre de là^puncesse Benedictct, aTpTpeléePrlncessa viin'fi, tante de Jean VI. Ce tableau est bien inférieur à celui qui se voit à Ajuda de la même princesse. Je le trouve même au-dessous de toute critique. Il semble représenter saint Michel et le diable qui se disputent la couronne du Portugal.
Sainte-Isabelle ou Elisabeth. — Parmi les tableaux de cette église il y en a un que j'ai trouvé bien composé et bien dessiné. Il représente lemartjre de saint Sébastien. C'est, à ce que m'a dit M. Fonseca, une copie d'après le Dominicain. Ily a là aussi sainte Anne et la Sainte- Vierge avec V enfant Jésus ^ par Piedro Alexandrino de Joaquim Manuel daRocha, ainsi que l'un des premiers et des plus faibles ouvrages de ce peintre.
Couvent de Jésus, maintenant paroisse das Merces (des Grâces ) .
Dans aucune des églises de Lisbonne, que j'ai visitées jusqu'ici (19mai), je n'ai trouvé réunies tant de bonnes peintures.
Dans le chœur on voit une i?<?'.y«/vecf/o/i attribuée à Rubens ; c'est bien, je crois, une œuvre de ce grand maître ; c'est même, à mon avis, une de ses plus nobles productions. Ce tableau m'a paru intact ou si, comme l'a dit M. Fonseca, il a été restauré, il l'a été d'une manière consciencieuse et avec toute la précaution que méritait une si noble production. C'est un superbe tableau, et un des objets d'art les plus précieux qui se trouvent en Portugal. En face on voit une Adoration des ma ges qui dans plusieurs de ses parties ressemble à Ferdinand Boll. Elle est très inférieure à la Résurrection.
Dans la chapelle de Nossa Senhora on voit un pape et un cardinal •visitant le tombeau de saint François. Ce tableau, d'un style éminemment titianesque, me semble excellent. Celui qui se trouve en face semble du même pinceau; cependant il a moins de mérite. Il représente saint François à qui apparaissent dans le ciel le Christ et la Sainte- Vierge. Dans la même chapelle on trouve encore d'autres tableaux du même faire qui méritent aussi d'être mentionnés.
Dans la Capella INlor , la Visitation de sainte Elisabeth , mère de saint Jean par la vierge Marie, est un excellent ouvrage dont le stylo se rapproche beaucoup de l'époque clas-
sique de la peinture italienne. Trois autres tableaux dans la même chapelle ne manquent pas d'un certain caractère de grandeur, mais du reste ils m'ont paru fort peu dignes d'éloges. Tous ces tableaux, par le caractère qui y domine, paraissent appartenir à la fin du xvi* siècle ou au commencement du xvii'' ; cependant ils participent beaucoup plus de l'époque classique que de celle des Carrache.
On voit dans la chapelle de Saint- Joseph, saint Dominique et saint François à gui apparaissent dans le ciel le Christ et la Sainte- Fierté. Ce tableau semble être du même auteur que ceux de la chapelle deNossa Senhora.
La Capelia da ordem terceira de Saint-François est ornée de sujets ayant rapport à la -vie de saint Louis, Ils sont d'un mérite secondaire.
La chapelle du Saint-Sacrement renferme deux tableaux d'un faire très dur, dont le style ne manque pas cependant d'une certaine élévation et qui a de l'analogie avec celui de Gaspar Diaz. Ils représentent le Christ soriant de prison et le Christ succombant sous le fardeau de la croix. Ils pourraient bien avoir été restaurés ou plutôt grossièrement repeints, comme cela se pratique ici malheureusement trop souvent
Paulistas. — A présent paroisse de Sainte-Catherine.
Une douzaine de grands tableaux de Vieira Lusitano représentant de saints ermites, ornent le haut de cette église et sont d'un faire plus large et plus facile que la plupart de ses ouvrages sans cependant être dénués de style. Je suppose qu'ils appartiennent à la dernière époque de l'activité artistique de Vieira. Ils sont par cette môme raison plus larges de style. Dans la Capelia Mor de la même église on voit la multiplication des pains et Moïse dans le désert. Ce sont des ouvrages d'arts importans sous le rapport de la composition, mais ils ont bien des défauts, et ils ont fort peu satisfait mon goût. Taborda les attribue à André Gonzalvez 11" ; mais je ne suis guère disposé à me fier à cet auteur. Je trouve peu d'analogie entre ces tableaux et d'autres que Taborda lui attribue et que nous avons vus ailleurs.
Saint François de Paule. — Au-dessus du maître-autel, on
voit un grand tableau très faible dont le sujet est saint François h qui un ange présente une couronne. Un excellent tableau est celui qui se trouve au-dessus du premier autel à gauche de l'entrée, et qui représente saint Antoine et d'autres figures. Il est signé de Vieira Lusitano et porte la date de 1763. Partout où je rencontre des ouvrages de ce peintre je me sens attiré par sa nature artistique. Le tableau du second autel et un autre en face sont très faibles, et sont attribués par Taborda à Ignace d'Oliveira. L'un représente saint Joseph faisant de la charpente, la Sainte-Vierge et l'enfant Jésus; l'autre le couronnement de la Sainte- Fierge. Le plafond, à en croire Taborda, est aussi du même auteur sans avoir plus de mérite.
Dos Santos. — Cette église ne renferme rien, à ce que m'a assuré M. Santos, qui vaille la peine d'être vu, aussi ai -je cédé à ma paresse et n'y suis-je pas entré.
Bejn posta (près de Santa- A nna, 26 mars 1844). — Dans la sacristiedelachapelle du château, au-dessus d'une armoire, est placé un tableau signé de Jean Holbein. Il porte la date de 1619. Il a à peu près 2 mètres de hauteur sur 1,30m. de largeur. Les figures du premier plan ont un tiers de grandeur naturelle. C'est un admirable ouvrage, et il est d'une conservation parfaite. Les bourreaux, appelés restaurateurs, n'y ont pas touché (1 ). Le sujet est la Sainte-Vierge assise sur un trône tenant l'enfant Jésus dans ses bras et entourée de beaucoup de saintes. Derrière le trône se voit une riche et belle architecture dans le style de François F' . Ce fut la fille de Jean IV, la reine Catherine de Portugal, sœur de Pierre II et femme de Charles 11 d'Angleterre qui, étant devenue veuve, rapporta ce tableau d'Angleterre et en fit présent à cette chapelle. Je tiens ces renseignemens des ecclésiastiques qui la desservent.
Je continuerai ma tournée, et dans les lettres suivantes je vous rendrai compte de ce que j'aurai vu ; mais avant de terminer celle-ci, permettez-moi une digression.
La valeur artistique des tableaux est ici l'objet de la plus
(1) Il serait supeiflu de dire (Hicje n'appelle liourreaux (pie les mauvais reslatirateors de tableaux, et que toutes les observalious de ce genre que l'on a rcnconirccs dans ces lettres ne s'adresseni qu'à ceux-là. J'ai vu plusieurs restaurations de M. Tiniranzi cpii m'ont paru heureuses.
296 ONZlEiME LETTRE.
grandeincertitude et des plus grandes exagérations. Parce qu'on a entendu parler des prix énormes qui, dans d'autres pays, ont été offerts ou payés pour les ouvrages des grands maîtres, on ne sait pas mettre de bornes à ces sortes d'évaluation. On me dira qu'elles sont toujours arbitraires et qu'on a vu souvent la valeur d'un tableau monter ou baisser sans autre raison que le caprice. Si l'estime des tableaux était impossible, jamais marchand ne saurait ce qu'il peut en demander, et on ne ferait pas d'évaluation avant de mettre des tal)leaux en vente. Je n'oserai pas affirmer que celles que je me permettrai de faire seront toujours d'accord avec l'opinion des experts ; néanmoins je vais dire ce que je pense de la valeur pécuniaire de plusieurs des tableaux avec lesquels je vous ai fait faire connaissance, car mon but est surtout de débrouiller le chaos d'idées qui règne ici dans les arts. Les tableaux, vous le savez, ont une double valeur, celle qu'ils obtiennent de leur mérite et celle que leur donne le nom de l'auteur, c'est-à-dire la valeur artistique et la valeur commerciale. C'est de cette dernière que je veux vous parler, et elle ne peut jamais être tout à fait indépendante de l'autre. Ainsi en Italie on aurait de la peine à vendre pour mille francs un tableau du mérite, de la conservation, de l'époque et de la dimension de celui de l'église de Saint-Roch dont on a, dit-on, offert 8,000 cruzades ou à peu près 24 mille francs. Pour le Portugal il a un prix supérieur parce qu'il est l'ouvrage d'un des artistes les plus estimés de ce pays. Le tableau d'Ajuda dont un Anglais, diton, a offert 5,000 cruzades en vaudrait à peine 600, lors même qu'il serait incontestablement l'œuvre du Spagnoletto ou du Caravagge. D'après le Panorama, les tableaux du château de Ramalhao exposés à Bemposta pour être vendus à l'enchère, pourraientdonnerun produit de 5 à 6 millions de réis ou30,000 francs. Mais je serais bien étonné que leur produit s'élevât à ce chiffre; peut-être n'en obtiendrait-on pas le tiers quoique je sois très disposé à croire que les deux Vernets sont originaux ; et dans ce cas ils pourraient valoir 2000 francs chacun.
e(»0809tt99000000000000d0004»909000i90000900
ORINVASCO.
Lisbonne , le 7 juin 1844-
Messieurs,
Ne voilà-t-il pas que d'après M. Berardo, notre Gran-Vasco serait né en 1552 ! !!
J'ai reçu, le 30 mai, par l'entremise du vicomte de Juromenha , les notices qui accompagnent cette lettre. Il me paraît que nous finirons par connaître Gran - Vasco beaucoup mieux qu'on ne l'a fait jusqu'ici. Quant à son habileté comme peintre, son style et ses ouvrages, ce n'est qu'à Vizeu que je pourrai m'en former une idée. Si nous devons en croire les renseignemens ci-joints, les ouvrages qui pourraient avec le plus de vraisemblance lui être attribués, appartiendraient à l'influence italienne; alors il serait démontré qu'aucun des tableaux d'influence gothique, flamande ou allemande, qui portent son nom, ne pourrait être son ouvrage. Que deviennent toutes les choses qu'on a débitées jusqu'ici à son sujet et au sujet de ses travaux, si comme le croit M. Berardo, son Vasco Fernandez est réellement le Gran-Vasco ! Et si cela n'est pas, nous n'aurons pas encore découvert notre homme t II doit avoir été enlumineur en 1450, Guarienti sup-
298 DOUZIÈME LiîTTRE.
pose qu'il peignait en 1480; il doit avoir été envoyée en Italie par Jean II, avoir été élève de Pérugin qui est mort en 1524, et mille autres contes de ce genre. Ce que l'on rapportait sur ses ouvrages, est tout aussi incohérent, et nous avons vu que les tableaux de Setubal sont un cadeau de l'empereur Maximilien; que sur les tableaux de Sam Bento on a représenté des monnaies de Jean III, que ceux de Paraiso sont signés de Abraham Prim, que ceux de Madré Deos représentent des faits ayant eu lieu en 1515 et 1521 (1). Si Gran-Vasco est né en 1552, il n'a pu commencer à peindre que vers 1570. Il ne faut pas au reste de preuves pour faire voir que tout ce qu'on attribuait à un seul homme, était l'œuvre de cent artistes différens. Lors même que tous ces tableaux auraient entre eux la plus grande analogie, et certes ils ne l'ont pas, il serait matériellement impossible qu'ils fussent du même auteur, leur grand nombre ne le permet pas; quant à la fable d'une école de Gran-Vasco, elle n'est basée sur rien. S'il est méritoire de soutenir que Gran-Vasco a fait tant de tableaux, il l'est, je crois, davantage de prouver que le Portugal au xvi" siècle possédait un grand nombre d'artistes de mérite. Suiim ciiique.
Remarquez bien une chose, c'est que les documens qui accompagnent la lettre huitième appellent notre peintre, Fasco Fernandez sans ajouter le nom de Cazal et que l'acte de 1684 qui accompagne cette même lettre et qui nous fournit la généalogie de Cazal, désigne le serviteur de l'infont dom Edouard par le nom de Fasco Fernandez do Cazal. Le premier paraît être celui qui est né en 1552, et l'autre était déjà au service de l'infant vers 1525. Il ne faut donc plus confondre Fasco Fernandez fils d'un peintre, avec Fasco Fernandez do Cazal, qui, à ce que je crois maintenant, n'a jamais exercé l'état de peintre.
(1) Un peintre, vivant sous le règne de ilom Sébastien, aurait pu, j'en conviens, représenter dans un taljlcan le mariage de son prédécesseur et cimpiante ans après révcncment; mais d'ordinaire les épousailles sont des sujets (pie les peintres traitent à une épo<|ue tiès rapprochée de celle où ils ont eu lieu.
Je m'explique maintenant pourquoi François de Hollande ne parle pas de Gran- Vasco. La raison est toute simple, c'est que Gran-Vasco n'était pas même né à l'époque ou François de Hollande écrivit son premier manuscrit, et qu'à l'époque du second, en 1571 , Vasco n'avait encore que 19 ans.
APPENDICE PREMIER