‹ Les arts en PortugalChapitre 81 sur 138 · AUX NOTICES SUR GRAN-VASGO DE VIZEU · texte numérisé non relu

AUX NOTICES SUR GRAN-VASGO DE VIZEU

PAR M. J. BERARDO.

'■" (Traduction de M. Aleillon.)

Vizcii.SOfévriir 1S44.

Dans mon premier opuscule sur l'existence, la nationalité et les ouvrages de l'insigne peintre Gran-Vasco, j'ai rapporté tout ce qui m'était déjà connu et tout ce qu'il m'avait été possible de recueillir à cet égard. Mais cédant aujourd'hui aux instances de plusieurs personnes très respectables, sachant qu'un motif transcendant a donné lieu à ces recherches et qu'il ne s'agit de rien moins que de l'honneur et de la gloire nationale , je me suis empressé de procéder à des investigations plus minutieuses. Je vais en faire connaître le résultat.

Quelqu'un a dit avoir rencontré, dans la bibliothèque de Porto, un document de 1630, qui fait mention de notre peintre sous le nom de Vasco Feriiandez do Coza^i;. Je ne conteste pas que telle ait été sa dénomination, bien que ,d'aprè3 la tradition de Vizeu qui est la plus constante, il s'appelât Vasco Manoel. Cependant, en consultant les archives des corporations et des anciennes maisons je n'ai, dans les pièces relatives au majorât (morgado) de Gomiraens, trouvé d'indication que sur l'existence d'un Vasco Fernandez do Cazal, fils de Francisco Coclho do Campo, capitaine général de Vizeu , Bcsteiros et Lafoens, et de son épouse Maria Fernandez do Gazai, cousine de l'évêque deCoimbre, doni GaspardoCazal, etc. Tl était fidaJgo 'gontilliomme)de la maison royale, et wdi'o (serviteur) de la chambre du roi dom Jean III, suivant un alvarei, (lu 29 novembre iîJiO, et il l'avait déjà été de l'infant dom Duarto, frère du môme roi, ainsi qu'il est dit dans le môme document. Par «7-

(1) Crs ac\vs (Voyez lettre 8") se réfèrent à nu ynsco Fcniainlez do Caznl, et on a supposé que ce pouvait étie notre peintre, mais cela u'est pas dit daus les actes. {Note de t'aulfiir des lettres.)

rarà dudit roi ce même individu fut appelé à percevoir les rentes de l'évùché de Vizeu (1 ).

Voilà tout ce que je sais aujourd'hui et tout ce que j'ai pu découvrir relativement à l'individu ainsi nommé, qui, selon moi, ne peut être confondu avec notre peintre , d'abord à cause de sa dignité et de son emploi, ensuite parce que cette assertion est en contradiction avec la constante tradition de son origine, dont j'ai déjà fait mention dans les premières notices. Il n'est pas non plus probable qu'un homme d'une telle condition ait pu peindre les nombreux tableaux que nous connaissons de lui ; et, s'il avait été amateur, il n'aurait pu atteindre à la perfection que nous admirons aujourd'hui dans ces chefs-d'œuvre. Quoi qu'il en soit, une tradition que j'ai rapportée ailleurs et mes propres observations me portent à croire que notre peintre a été le fils adoptif ou bien le fils naturel de Vasco Fernandez do Cazal, et qu'on lui aura donné, à cause de cela, le nom de Vasco Fernandez. Cette opinion de ma part est appuyée en quelque sorte par l'existence d'un excellent tableau de Vasco, dans la chapelle de saint Antoine du majorât de Gomiraens, que ce peintre a peut-être offert à cette maison.

Le tableau de quatre palmes carrés, représentant la Mise au tomleau ilu Christ, contient 12 figures exprimant diverses sensations de tlouleuret de componction. Les saintes femmes pleurent et prennent soin du corps du Christ; les disciples, de leur côté, montrent un grand recueillement, contraste naturel et approprié aux sexes, qui fait honneur à l'auteur. Tous ces personnages s'empressent de déposer dans la sé[)ullure le corps pâle et macéré du Seigneur, enveloppé dans de larges draps de toile de lin. Dans le lointain on découvre la ville de Jérusiilem.

Cependant, si le fameux peintre Vasco était fils adoptif de Vasco Fernandez do Cazal, comment expliquerons-nous ce que rapportent les Mémoires de Cyrillo, qui le font exister en 1 480, époque à laquelle, diton, il aurait acheté les moulins où il était né près de Vizeu (2)? Je répondrai à cela que ces Mémoires élant incertains et contradictoires, ainsi que leur auteur le reconnaît lui-même, nous pouvons bien admettre que la date de 1 480 est inexacte, et celte opinion est d'autant plus probable, que personne n'a fourni de preuve à l'appui de cette version, et vous allez voir le contraire. Cyrillo remarque la diversité d'opinions et la contradiction qui existe dans les mémoires où Vasco est cité comme élève de divers maîtres , où l'on parle du lieu de ses études, et

(1) Extrait des archives appartenant au majorât de S. Antonio de Gomiraens, aux environs de Vizeu, in^liluc par Jean do Campo Coellio, petit-ûls de Vasro Fernandez do Cazal.

(2) Voyez Cyrillo Wolkmar Macbado, Mem.yires des peintres, etc., p. 43. — Voyez également mes premières notices sur G ran- f'asco .

où l'on désigne le souverain qui l'aurait envoyé aux écoles célèbres do son époque. Il est, selon moi, vraisemblable que le roi domManoel l'a envoyé étudier en Italie, non-seulement parce que telle est la tradition la plus constante de Vizeu , mais aussi parce que , m'assure-t-on , il existe des documens de ce roi à cet égard (1). Je dois dire en passant qu'un hommed'une naissance aussi humbleque celle deVasco, n'aurait pu faire le voyage d'Italie sans la protection des grands. La noble famille qui le protégeait a pu vouloir contribuer ainsi à ses progrès et à son élévation ; sans doute il a dû bien plus à son propre génie. Nous voyons donc qu'il y a anachronisme dans la date de 1 480 que l'on prétend être celle de l'activité artistique de Vasco, car, selon nous, ce fut postérieurement, c'est-à-dire sous le règne heureux du roi don Manoel et peut-être aussi sous celui de son successeur dom Jean III qu'il alla en Italie.

Quand le temps destructeur a fait disparaître les ocumcns, l'historien, manquant de preuves écrites, est forcé d'avoir recours aux monumens, et lorsque l'archéologue y rencontre des indices favorables à ses recherches, il s'en contente et s'en félicite.

Il existe dans la cathédrale de Vizeu, une cliapcllo sous l'invocation de Jésus. On y entre par la porte dite du soleil. Nous voyons dans cette chapelle le célèbre tableau du Calvaire que j'ai déjà décrit dans mes premières notices. Le plafond en voûte est construit en granit commun du pays. H est orné de reliefs et les ogives qui le soutiennent prennent naissance dans les murs de la chapelle. Une croisée gothique est la seule ouverture qui donne accès à la lumière. On entre dans la chapelle par deux portes : l'une extérieure et l'atitre qui communique avec le cloître de la cathédrale. Deux sarcophages enchâssés dans le mur qui forme l'angle gauche intérieur , sont les ouvrages les plus remarquables de sculpture qu'on voit dans cet édifice. L'autel placé devant ces tombeaux les cache en partie, mais en s'en approchanton en voit un du côté de V Evangile, orné d'armoiries et avec l'inscription suivante : (iCigit letrèshonoréseigneur Pero Gomez de Abr eu, -^elôa calé do VEpiire celui de l'évoque dom Fr. Joào Cliaves qui avait été religieux de VOhservance. Ce sarcophage, présente divers écussons avec des cordes, des disciplines et le blason de l'ordre. Ce dernier n'a point d'inscription. L'opinion la plus certaine, sur la sépulture de cet évèque , est qu'il est décédé en 1 527, etque co fut doniMiguel da Silva qui lui succéda à

(1) Nous verrons plus lard que fasco Fernandcz est né en 135:2, cl dom Manoel (tail tnorl livnte cins atiparavnnl. [Note de l'auteur des lettres.)

(2) Ol individu (Inil disceiidniil de la famille des McUo de Vizou. Il fui jugo ordiruiiie, cl tnoco de cliaml)!»! dt; l'infanl dom Henri, premier duc de "Vizeii. Il élail |»iol)ablemenl frère de. l'évèciue de la même ville. Dom Jean Gomez de Abreu (Voyez Àrclthcs de In Chuidue niuiùcipalc, etc.)

l'évèché. Cette opinion est confirmée jwir l'antiquaire Manoel Botelho Ribeiraqui vivait au commonccmeiit du xvii" siècle (I).

Nous ne pouvons moUre en doute, que le fameux tableau du Calvaire, qui remplit la tribune de l'autel, ait été peint sur la place même où il se trouve aujourd'hui, et après l'année 1527 :

1° Parce que le jour a été calculé comme no provenant que de la seule croisée dont nous venons de parler, et que les figures placées du côté opposé sont dans l'ombre ;

2" Parce que les portes sont trop petites par rapport aux grandes dimensions du tableau, peint sur bois, ainsi que Vasco en avait la constante habitude, et que, nécessairement il ne pouvait venir du dehors ;

3° Parce que d'après les documens, et vu les localités , l'autel a dû être placé après l'année 1327.

De tout ce que j'ai rapporté, jusqu'ici, je tire donc la conséquence tpie notre peintre, ne florissait pas pondant le xv= siècle, comme le dit Cyrillo, mais bien sous les règnes de Manoel et dom Jean III ; et, si à cela nous ajoutons que Vasco ayant , suivant cette opinion, en 4 480, au moins 23 ans, en 1 327 il aurait déjà presque atteint l'âge de la décrépitude (72 ans). Or personne, en exanu'nant les beautés du tableau du I .;iivaire, ne pourra admettre que ce soit l'œuvre d'un homme si avancé i-n âge.

Voilà ce qu'il m'a été possible d'ajouter aux notices du peintre Vasco ot ce que je dois maintenir comme son compatriote; et, je pense que nul étranger, mal informé, n'osera plus mellrc en doute sa nationalité lusitanienne. Je ne me suis pourtant laissé aveugler ni par les préjugés ni par l'amour de la gloire de ma patrie , au point de sacrifier la vérité et d'avoir recours à des fraudes ingénieuses ; et pourtant cela serait pardonnable quand il s'agit d'un grand artiste qui a peint avec Umt de vérité, avec tant de science et avec un fini si délicat et si admirable.

Je dois passer maintenant à la doscrii)tion des tableaux qui se trouvent dans la salle du chapitre de la cathédrale do Vizeu, description que je n'ai pu faire dans les premières notices, à cause de mon aversion pour un certain capitulairo qui, il y a peu de temps, desservait

'lie église et qui est bien digne de l'antipathie humaine. Aujourd'hui, mon estimable ami, le chanoine José Joaquim Pereira, a eu la bonté de me fournir les moyens d'examiner ces objets et je vais en faire mention.

(1) J'ai en mon pouvoir le manuscrit de cet antiquaire, dont parle la hihliollicque luàilanimne, intitulé : Dialogues moraux et politiques sur la fondation de T'izcu. Voye/.'aussi le calnlof;iio des évèqucs de \'izeu par Jean Col, dans la collertioii de i'Aeadémie sur riiisloiie, {innée 1722.

TABLEAUX AYANT TRAIT A l' ADOLESCENCE DU SEIGNEUR.

1 " V Annonciation. — Le peintre a pris pour texte ces paroles de l'évangile : Et inyressus Angélus ad eam dixit : Ave Maria (jratiâ plena : Dominus tecum : Benedicta tu in muHeribus. Quœ cum audiisset turijala est in sermone ejus, et cogitabat qualis esset ista salutatio. L'ange vient annoncer à la Vierge la grande nouvelle qui est reçue avec tout le recueillement que commandait cette sainte mission. Le peintre s'est plus particulièrement distingué dans cet ouvrage. Le symbole du Saintr-Esprit, entouré de lumière, s'aperçoit au haut du tableau.

2" La Visitation. — Marie entrant chez Zacharie, salue Elisabeth, à qui on croit entendre dire : Benedicta tu inter mulieres, et benedictus fructus ventris tui. Les deux figures de ce tableau sont parfaitement représentées.

3° LaiVa/rmïe.— Dans une humble étable de Bethléem nous voyons la Vierge adorer l'Enfant divin après l'avoir mis au berceau. Et pannis eum involvit , et reclinavit eum in prœsepio. Des anges entourent le groupe principal. L'image de la Vierge est peut-être la plus belle production de Vasco , en ce genre.

4° La Circoncision. — Et poslquam consommati sunt dies octo ut circumcideretur puer. Ce tableau renferme cinq figures d'un grand mérite. L'enfant est présenté au grand-prôtre , qui remplit les fonctions de son ministère.

5" Adoration des Mages. — Et intranles domum, invenerunt puerum cum Maria matre ejus, et procidentes adoraverunt eum; et apertis thesauris suis obtulerunt ei munera, aurum, thus et myrrham. On remarque dans ce tableau avec quelle justesse les vêtemens sont appropriés aux didérens personnages, et avec quelle exactitude le peintre reproduit les costumes des trois parties du monde connues à cette époque. Ici on ne voit point d'anachronisme.

6o La Présentation. — Et ut durent hostiam secundum quod diclum est in lege Doinini, par turturum, aut duospullos columbarum. Le grandprôtre reçoit l'enfant au milieu de la multitude, un autre lit un papier, et des femmes présentent leurs offrandes. On y remarque déjà le juste Simon qui bientôt s'écriera : Nunc diinitlis servum tuum Domine , secundum verbum tuum in pace , etc.

7° Fuite en Egypte. — On voit dans un paysage, la Vierge assise sur un Ane, et tenant l'enfanlJésus dans ses bras. Un ange vêtu de blanc leur sert de guide. Joseph les accompagne et semble tourné vers un arbre dont il arrache les fruits pour les présenter à la Vierge.

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